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Bulletin EDA n° 465 du 16/06/2007
Les médias se sont vu interdire d’annoncer cette conférence avant son ouverture, en raison de son thème sensible. Elle était présidée par l’ancien président indonésien Abdurrahman Wahid, figure majeure de la Nahdlatul Ulama, la plus importante organisation musulmane de masse d’Indonésie. « Même si je suis un bon ami du (président iranien) Mahmoud Ahmadinejad, je dois dire qu’il se trompe, a déclaré Abdurrahman Wahid. Il a falsifié l’histoire. » Tenu dans l’île à majorité hindoue de Bali, le colloque a vu la participation de personnalités telles que l’hindou Sri Sri Ravi Shankar.
La présence de rabbins s’exprimant publiquement en Indonésie est un événement rarissime. La présence d’un rabbin israélien l’est encore davantage. Le rabbin Daniel Landes, directeur de l’Institut d’études juives de Jérusalem, a expliqué se sentir à son aise même si l’Indonésie n’entretient pas de liens diplomatiques avec Israël. « Etant donné que la plupart des histoires relatives à l’holocauste se sont produites en Occident, rares sont les témoins naturels dans les pays musulmans qui peuvent dire : ‘Nous savons la véracité des faits’ », a-t-il déclaré à l’AFP. « Il s’agit d’une occasion unique de briser les stéréotypes qui sont enracinés dans le monde musulman », a estimé Abraham Cooper, un rabbin américain du centre Simon Wiesenthal. « La plupart des musulmans d’Indonésie ignorent ce qu’est l’holocauste, mis à part ceux qui ont étudié au Proche-Orient, a souligné Ahmad Suaedy, directeur du Wahid Institute, association prônant un islam modéré. Certains n’ont eu que la version diffusée par les universitaires égyptiens ou iraniens. »
Ce colloque est à replacer dans le cadre de l’actualité politique domestique. En mai de l’année dernière, Mahmoud Ahmadinejad était à Bali pour le sommet des grands pays musulmans (Iran, Egypte, Indonésie, Pakistan, Turquie, Nigeria, Bangladesh, Malaisie) et l’Indonésie siège en ce moment (en tant que membre non permanent) au Conseil de sécurité de l’ONU. Le jour même où s’ouvrait à Bali le colloque de la Libforall Foundation, l’Indonésie rejetait la résolution du Conseil de sécurité condamnant les propos du président iranien relatif à la destruction d’Israël (1). Selon le Jakarta Post, le président Susilo Bambang Yudhoyono a agi ainsi pour montrer aux musulmans d’Indonésie qu’il n’est pas aligné sur la politique américaine ou occidentale. Peu avant ce vote du 12 juin, l’Indonésie avait voté la résolution 1747 du Conseil de sécurité appelant à un durcissement contre le programme nucléaire de l’Iran. Susilo Bambang Yudhoyono s’était alors fait critiquer par les islamistes mais aussi par le Golkar et le PDI-P pour ce vote.
(1) Préparée par la France, cette résolution devait recevoir l’assentiment des quinze membres du Conseil de sécurité pour être adoptée. L’Indonésie a été le seul des quinze membres du Conseil de sécurité à s’y opposer, au motif qu’il est injuste de s’en prendre au président iranien pour des remarques purement « rhétoriques », alors que l’ONU est resté silencieuse face à des situations où la paix et la sécurité de la communauté internationale étaient menacées. L’ambassadeur américain à l’ONU a déclaré qu’un nouveau texte serait prochainement présenté au Conseil de sécurité en des termes acceptables par tous.

