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En Asie, la vitalité spirituelle offre Le CHOiX De La Vie une chance à l’Occident

En Asie, la vitalité spirituelle offre une chance à l’Occident

Les vocations sont en plein essor, même si les catholiques demeurent souvent très minoritaires. Cependant, prêtres et religieux venus d’Orient communiquent leur ferveur aux congrégations de la vieille Europe.

 

A scruter la froide réalité statistique, l’avenir de l’Église est en Asie : cette partie du monde, qui ne regroupe que 12 % des catholiques de la planète, fournit chaque année un quart des prêtres nouvellement ordonnés. Même la très dynamique Afrique ne fait pas aussi bien, avec « seulement » un cinquième des nouveaux prêtres de l’Église uni- verselle. La tendance se retrouve partout dans l’Église en Asie, que ce soit chez les novices qui deviendront des religieuses ou les séminaristes qui se préparent à devenir prêtres diocésains ou à pro- noncer des vœux religieux. À l’heure où un pape jésuite monte sur le trône de Pierre, un chiffre frappe l’imagination : sur les presque 20 000 membres que compte la Compagnie de Jésus à travers le monde, 4 034 se trouvent dans le sous-continent indien. Si l’on y ajoute les jésuites de l’Asie-Pacifique, on arrive à presque 30 % du nombre total des membres de la Compagnie. Et les années à venir ne feront que ren- forcer cette tendance : en 2012, sur 2 896 scolastiques en formation dans le monde, 1 389, soit presque la moitié, sont en Asie !


 En 2007, un symposium sur les vocations organisé par la FABC, la Fédération des conférences épiscopales d’Asie, ne tirait pourtant aucun avantage de ces statistiques, qui feraient des envieux dans les séminaires européens. Réunis à Bangkok, les organisateurs du symposium notaient que « ces statistiques globales » se heurtaient à une « réalité majeure : le manque de prêtres ». Dans une région du monde où les catho- liques ne représentent pas plus de 3 % de la popula- tion, « nous sommes une petite minorité, vraiment le petit troupeau auquel il est fait référence dans l’Évan- gile », écrivaient ces responsables catholiques en citant la parabole de la moisson abondante et des ouvriers peu nombreux. Le défi du fait minoritaire « prend une signification encore plus grande lorsque l’on considère le contexte actuel qui est le nôtre en Asie et son impact sur les familles et les vocations, à savoir une pauvreté massive, un environnement multiculturel et plurireligieux source de fréquentes tensions, l’intru- sion subtile, mais certaine, d’une culture matérialiste et sécularisée dans les cultures profondément reli- gieuses de l’Asie ». Dans le document de conclusion du symposium, ils affirmaient : « Nous ne devons pas tant rêver à des vocations en grand nombre qu’à des personnes qui puissent former une minorité créative véritablement prête à répondre à un appel à la radicalité et au sacrifice. »

Dans l’immense Asie, difficile de trouver des points communs entre des églises qui vivent dans des contextes très différents. Quoi de comparable, en effet, entre la petite Église renaissante du Cambodge, où cinq jeunes sont en formation en vue du sacerdoce, et sa voisine du Vietnam, où les évêques érigent des quasi-moratoires au recrutement en imposant des examens sélectifs à l’entrée au séminaire ? Des ten- dances émergent cependant, et certaines laissent à penser que le dynamisme des vocations en Asie pour- rait n’avoir qu’un temps. Depuis plusieurs années déjà, le séminaire régional de Sheshan, près de Shanghai, en Chine, ne connaît plus d’entrées en provenance des communautés catholiques de la métropole ; les vocations viennent des campagnes alentour ou des provinces avoisinantes. L’urbanisation croissante va de pair avec le matérialisme et la sécularisation.

Sur les presque 20 000 membres que compte la compagnie de Jésus, 4034 se trouvent dans le sous-continent Indien.

Professeur émérite au séminaire Saint-Pierre (St Peter’s Institute), à Bangalore, en Inde, Lucien Legrand, prêtre des Missions étrangères de Paris, dresse le même constat : « Les séminaires sont pleins, les congrégations religieuses continuent à puiser à cette source généreuse, mais il semblerait que le flot commence à baisser. Ainsi, à Bangalore, l’an dernier, il n’y a eu que 29 entrées en première année au séminaire tandis qu’il y en avait eu près de 50 il y a seulement six ans. » Amé- lioration du niveau de vie ? Planning familial qui, en se généralisant, rétrécit la taille des fratries ? Le mis- sionnaire français, présent depuis plus d’un demi- siècle en Inde, se refuse à toute conclusion hâtive. « Curieusement, cette baisse se montre moins sensible dans les diocèses de milieu urbain où le niveau de déve- loppement est plus avancé, comme à Bombay, Mangalore ou Bangalore », souligne-t-il, démentant ainsi que la vocation, religieuse ou sacerdotale, soit utilisée par certains comme un ascenseur social. Plus sûrement, l’investissement constant des Églises dans l’éducation, en milieu rural défavorisé ou au sein des élites sociales, ouvre vers un potentiel important de vocations.

Pour certaines congrégations internationales, le bas- culement vers l’Asie est déjà une réalité. Nées en Europe, notamment au cours de la grande réévangélisation du XIXe siècle, elles ont essaimé en Afrique et en Asie et, face au tarissement des vocations européennes, se voient aujourd’hui renouvelées par leurs membres venus des « pays du Sud ». Sœur Anne-Marie Berckmans est assistante de la supérieure des Sœurs de la charité de Jésus et de Marie, congrégation belge fondée en 1803, dont les 478 religieuses européennes sont aujourd’hui presque toutes âgées de 60 ans et plus. En 2003, pour leur bicentenaire, il était évident pour elles que « c’était fini », que la congrégation « avait fait son temps » et qu’elle devait fermer. C’était compter sans les 312 Africaines et les 583 Asiatiques qui avaient rejoint la congrégation. En 2005, une Indienne, sœur Chennakadan, était élue supérieure. « Elle a su nous renouveler, par un retour à l’intuition de notre fondateur, proche des pauvres, témoigne Anne-Marie Berckmans. Avant la réunion du chapitre général de 2011, elle avait demandé à toutes les déléguées de passer une semaine
en contact avec les plus pauvres. Cela a constitué un vrai changement, en nous recentrant sur une plus grande simplicité, sur un plus grand sens de l’Évangile. »

Assistant du supérieur de la Province de France, le jésuite Arnaud de Rolland perçoit lui aussi les signes des changements qu’implique cet essor des vocations asiatiques. Outre le fait que supérieur général de la Compagnie de Jésus, l’Espagnol Adolfo Nicolás, a une longue expérience de missionnaire au Japon et aux Philippines et qu’« il vient provoquer la vieille Europe avec son passé asiatique », le basculement démogra- phique des jésuites vers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine fait que « si les points de vue peuvent encore être européo-américano-centrés, l’Europe n’est d’ores et déjà plus l’organisatrice des discussions ».

À mesure que les provinces d’Asie s’ouvrent au service universel de la mission, « on peut constater que [les jésuites] du Sud discutent entre eux, sans plus passer par l’Europe », observe Arnaud de Rolland, pour qui cette évolution ne doit pas être source d’in- quiétude en Occident. « Notre tradition spirituelle constitue un trésor à transmettre et c’est sans doute ainsi que l’Europe renouvellera son apport à la Compagnie universelle », analyse’celui qui fut directeur du centre Manrèse, à Clamart.

 

Régis Anouil