Vous êtes ici : » Asie du Sud-Est » Laos
Bulletin EDA n° 470 du 01/10/2007
S’exprimant devant des journalistes ce même 21 septembre, Mgr Fernando Filoni, n° 3 de la secrétai-rerie d’Etat et prélat très au fait du dossier chinois (2), a déclaré que l’installation du nouvel évêque, reconnu conjointement par le Vatican et par le gouvernement chinois, était « indubitablement un signe positif ». La nomination des évêques en Chine populaire demeure une question difficile, a ajouté Mgr Filoni, mais l’ordination de Mgr Li Shan « est un signe positif (qui ouvre), nous l’espérons, le premier chapitre d’une longue histoire, celui d’une réalité nouvelle ». Poursuivant sur le même ton, il a précisé que les points d’achoppement des relations sino-vaticanes « [étaient] bien connus et ont [été] souvent soulignés aussi bien par la partie chinoise que par nous-mêmes : il y a des conditions qu’ils posent pour lesquelles nous sommes disposés à nous montrer ouverts ».
L’article de l’Osservatore Romano, daté de l’édition du 22 septembre, est inédit. C’est la première fois en plus d’un demi-siècle que ce journal du Vatican mentionne l’ordination d’un évêque en Chine continentale. Sous le titre « Ordinations épiscopales en Chine continentale », le quotidien en italien rapporte l’ordination, le 8 septembre, du P. Paul Xiao Zejiang comme « archevêque coadjuteur de Guiyang (Kweyang), dans la province du Guizhou », et du P. Li Shan comme « archevêque de Pékin » (3). Il précise que « les deux prêtres ont été signalés au Saint-Siège par leurs communautés catholiques locales respectives comme des candidats dignes et appropriés » (4).
L’Osservatore Romano ne fait pas référence au mode de sélection des deux nouveaux évêques, qui ont été élus, chacun dans leurs diocèses respectifs, par un presbyterium élargi, composé des prêtres, de quelques religieuses et représentants des paroisses et communautés catholiques. Au sens strict, ce mode de sélection (l’élection) d’un candidat à l’épiscopat n’est pas contraire au droit canon (5), mais il pose de toute évidence des questions, nul ne pouvant être certain que des pressions ne sont pas exercées sur les membres de ces presbyteriums élargis. Ainsi que le notait un éditorialiste du South China Morning Post (6), « un rituel permettant de sauver la face semble émerger quant au fait de savoir qui a le pouvoir de nommer les évêques ». Parce que Pékin continue d’affirmer avec force que le pouvoir de choisir et de mettre en place les évêques lui appartient, il est improbable de voir émerger une solution à la vietnamienne, où c’est le Vatican qui propose le nom de candidats à l’épiscopat et où Hanoi choisit celui qui sera ordonné. Mais, parce que l’heure n’est pas à la confrontation, Pékin agit de telle manière que les candidats élus soient acceptables par le Vatican – à ceci près que l’évêque récemment ordonné pour le diocèse de Kunming, dans le Yunnan, l’a été alors qu’il était connu qu’il n’avait pas l’accord du pape (7).
A ce jour, le Saint-Siège, ainsi qu’on peut le lire dans l’article de l’Osservatore Romano du 22 septembre, se contente d’exprimer l’espoir « que tous les diocèses » en Chine continentale « auront des pasteurs dignes et qualifiés, à même de vivre en pleine communion avec l’Eglise catholique et avec le Successeur de Pierre, et d’annoncer l’Evangile de Jésus-Christ au peuple chinois ».(1) Voir EDA 469
(2) Mgr Fernando Filoni a été nommé, le 9 juin 2007, substitut pour les affaires générales à la secrétairerie d’Etat. Après le secrétaire d’Etat, Tarcisio Bertone, le secrétaire pour les rapports avec les Etats, Mgr Dominique Mamberti, le substitut pour les affaires générales est une sorte de secrétaire général chargé de mettre en œuvre, concrètement, les décisions du pape. Italien, Mgr Filoni a passé les années 1990 à Hongkong, où il était le représentant officieux du Saint-Siège.
(3) Au sujet de l’ordination de l’évêque de Guiyang, voir EDA 469. On notera que l’Osservatore Romano utilise le terme d’archevêque pour les deux nouveaux évêques, là où les autorités chinoises persistent à ne mentionner que des « diocèses ».
(4) L’article de l’Osservatore Romano cite le nom des évêques « en communion avec le pape et reconnus par le gouvernement », qui ont participé aux cérémonies d’ordination de Msgr Paul Xiao Zejiang et Li Shan. Pour l’ordination de Mgr Paul Xiao, sont ainsi cités Mgr Aniceto Wang Chongyi, archevêque de Guiyang, Mgr Louis Yu Runchen, évêque de Hanzhong (Hanchung), et Mgr Paul He Zeqing, évêque auxiliaire de Wanxian (Wanshien). Pour celle de Mgr Li Shan, sont cités Mgr John Fang Xingyao, évêque de Linyi (Ichow), Mgr Peter Fang Jianping, évêque de Yongping (Tangshan), et Mgr Paul Pei Junmin, évêque coadjuteur de Shenyang (Mukden). L’Osservatore Romano note également, pour le regretter, que « des évêques qui ne sont pas en communion avec le Saint-Siège » ont pris part aux ordinations. Il ne les cite pas, mais il s’agit de Mgr Ma Yinglin, de Kunming, et Mgr Jin Daoyuan, de Jilin.
(5) Code de droit canon de 1983, art. 377, al. 1 : « Le Pontife Suprême nomme librement les Évêques, ou il confirme ceux qui ont été légitimement élus. » ; al. 5 : « Désormais, aucun droit ou privilège d’élection, de nomination, de présentation ou de désignation d’Évêques n’est accordé aux autorités civiles. »
(6) South China Morning Post, 22 septembre 2007
(7) Mgr Joseph Ma Yinglin, secrétaire général de la Conférence des évêques « officiels » et vice-président de l’Association patriotique des catholiques chinois, a été ordonné évêque de Kunming (province du Yunnan) le 30 avril 2007. Voir EDA 440, 441




