CHINE - KIOSQUE - Le Livre rouge des Martyrs chinois
Bulletin EDA n° 480 du 01/03/2008
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Auteur : P. Jean Charbonnier, MEP
Gerolamo Fazzini
traduit de l’italien par Maria Laura Bardinet-Broso, Salvator, nov. 2007, 314 p.Cet ouvrage, d’abord écrit en italien, doit beaucoup aux témoignages des pères des Missions étrangères de Milan. Familiers des prêtres chinois de la province de Canton grâce à leur mission de Hongkong, ou de fidèles de leur ancienne mission de Kaifeng, ils ont pu recueillir la précieuse expérience de quelques-uns d’entre eux. Ces personnes ont pu sortir vivantes d’épreuves insoutenables. Leur foi profonde leur a permis de survivre et de rayonner leur paix intérieure et la charité de Dieu. Suivant la présentation faite par l’auteur lui-même à la page 20 : « A la rigueur, aucune des histoires racontées ici n’a été reconnue solennellement par l’Eglise comme un « martyre ». Cependant (…), l’horreur des souffrances endurées par les protagonistes, la patience évangélique avec laquelle ils les ont acceptées et vécues, et, surtout, le témoignage de fidélité au Christ qu’elles représentent, leur donne le droit de rentrer dans Le Livre rouge des martyrs chinois. Deux des textes qui composent ce volume – l’autobiographie du P. Tan Tiande et celle du P. Jean Huang – sont les journaux de la captivité et des travaux forcés de deux prêtres (le premier est toujours en vie), respectivement pendant 30 et 25 ans. Le troisième document Pluie de Printemps est l’histoire du P. Li Chang, mort en 1981 (…). Le suivant est le texte autobiographique d’une jeune catholique Gertrude Li (…). Gertrude Li a écrit à la main des pages d’une écriture serrée sur des feuilles de papier découpées en forme de semelle de chaussure. » Un missionnaire italien a pu ainsi les cacher dans les chaussures de toile qu’il portait lors de son expulsion de Chine vers la fin 1952. Le livre cite un dernier témoignage saisissant : le chemin de croix de 33 moines trappistes du monastère Notre-Dame de Consolation à Yangjiaping, au nord de la Chine. L’odyssée de ces moines a déjà été rapportée dans l’ouvrage plus général Monaci nella Tormenta de Frère M. Paolino Beltrame Quattrocchi. L’intérêt de ce livre est de citer des expériences de croyants chinois. Les publications des premières années 1950 reposaient surtout sur le témoignage des missionnaires. Jugements populaires, lavages de cerveau, tortures communistes ont alors été portées à l’attention du public par des ouvrages tels que l’Etoile contre la Croix du P. François Dufay, MEP. Le P. Jean Lefeuvre, s.j., dans Les enfants dans la ville, ou le P. Monsterleet, s.j., dans Les Martyrs de Chine parlent, nous ont déjà fait connaître la foi intrépide de prêtres et de laïcs chinois. Mais il n’est pas inutile d’écouter encore les Chinois eux-mêmes évoquer ce qu’ils ont subi pendant de très longues années. Leur force spirituelle est toujours une inspiration. Qu’en est-il des implications politiques d’un tel livre ? Les interrogatoires répétés, les insultes, les tactiques de dénonciations mutuelles utilisées à l’époque par les cadres communistes soulèvent l’indignation. Pourquoi les évoquer à nouveau alors que la politique religieuse du Parti a considérablement évolué depuis 1978 ? Grâce à sa réforme économique et à son effort considérable de modernisation, la Chine indépendante n’a plus à craindre l’impérialisme étranger. Sa politique de Front Uni reconnaît l’apport des religions à la paix sociale, à la discipline morale, à la culture. Les chrétiens chinois disposent d’une certaine liberté de culte. Et pourtant les interventions policières continuent contre les catholiques et les protestants qui rejettent le contrôle des associations de croyants dites « patriotiques ». C’est qu’il faut aimer le Parti avant Dieu. La Chine n’est pas encore un Etat de droit, mais un pays soumis à la dictature du Parti. Les dirigeants les plus éclairés cherchent à développer une société civilisée et harmonieuse, mais bien des cadres locaux cruels et corrompus continuent à maltraiter les croyants en employant les mêmes méthodes brutales qu’il y a cinquante ans. Ceux-ci peuvent agir impunément, car le Parti n’a en fait rien changé de sa doctrine de fond. Les annexes du livre proposent une « Chronologie de l’Eglise catholique en Chine (1921-2007) ». Cette chronologie, d’une grande précision, peut servir de référence. Pourquoi toutefois la faire commencer en 1921, date de la fondation du Parti communiste chinois ? C’est peut-être un peu trop lier les destinées de l’Eglise en Chine à l’histoire du Parti communiste chinois. Le Parti aura une fin et l’Eglise continuera.