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DE DIVERS HORIZONS - KIOSQUE - La belle histoire des Missions étrangères, 1658-2008

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La Belle Histoire des Missions étrangères

La Belle Histoire des Missions étrangères

Gilles Van Grasdorff Perrin, octobre 2007, 492 pages

En retraçant dans cet ouvrage les 350 ans de la vie de la Société des Missions Etrangères, Gilles van Grasdorff, spécialiste du Tibet, offre au lecteur une approche nouvelle de l’histoire de cette société missionnaire, tout en rendant hommage au courage et à la ténacité de ces hommes qui ont consacré leur vie à l’évangélisation des terres lointaines.

L’auteur a su d’abord mettre en valeur toute l’originalité de cette société de prêtres séculiers qui décident volontairement de partir en mission depuis le XVIIème siècle. Tout au long de ces siècles, l’apostolat missionnaire s’est appuyé en effet sur trois piliers fondamentaux : les vicariats apostoliques, le Séminaire de Paris et le clergé local.

 

Les vicariats apostoliques sont nés de la volonté du pape Alexandre VII et des principaux acteurs de la fondation de la Société, en particulier Mgr Lambert de la Motte et Mgr Pallu, de démarquer l’activité missionnaire de l’emprise politique espagnole ou portugaise, encore pesante au XVIIème siècle. Les vicaires apostoliques sont désormais nommés par le pape et reçoivent la charge apostolique de territoires qui ne sont pas pour autant des évêchés. Ce qui laisse une grande souplesse d’action vis-à-vis des autorités politiques locales. Quatre vicariats sont ainsi créés en 1658 : la Chine, le Tonkin, la Cochinchine, la Nouvelle France et, un peu plus tard, le Siam. Ces vicaires apostoliques, qui seront 31 au début du XXème siècle, ont constitué durant ces siècles les pivots centraux de l’activité des communautés chrétiennes attachées aux lieux de mission. En ce qui concerne la présence des Missions Etrangères en Nouvelle France, elle subira les contrecoups de la lutte entre Français et Anglais jusqu’à la cession du Canada à l’Angleterre par le Traité de Paris en 1763. Les Missions Etrangères se consacrent alors uniquement aux missions de l’Extrême-Orient.

 

La deuxième particularité de cette société est d’assurer le recrutement de missionnaires en France grâce à l’ouverture d’un séminaire, rue du Bac, recevant et préparant les aspirants à la mission. La formation, rapide dans les deux premiers siècles, deviendra beaucoup plus élaborée et rigoureuse à partir du XIXème siècle.

 

Le troisième pilier est la formation d’un clergé indigène qui doit passer par la création de séminaires en Asie. L’opportunité se présente rapidement pour les premiers vicaires apostoliques, avec la fondation dès 1665 du Séminaire Saint-Joseph près d’Ayuthaya, au Siam, avec l’autorisation du roi Phra Naraï. Premier séminaire d’une longue liste d’établissements qui se construiront au fur et à mesure de l’expansion des missions sur ce continent. Au début du XIXème, l’auteur avance le chiffre de 83 séminaires, avec 1 900 séminaristes et 540 prêtres indigènes qui exercent leur apostolat dans les missions.

 

Forte de ces trois piliers qui resteront les points d’ancrage de son action en Extrême-Orient, l’ouvrage nous relate les différents défis auxquels la Société a dû faire face durant ces trois siècles et demi d’apostolat missionnaire. Défis doctrinaux autour de la querelle janséniste, de la Querelle des rites qui pose la question des limites à établir dans l’inculturation de l’évangélisation ; défis politiques aussi bien en France durant la Révolution française au cours de laquelle la Société s’est battue pour sa survie en préservant le travail missionnaire et l’action des vicaires apostoliques ainsi qu’en sauvant le séminaire de Paris ; défis politiques aussi en Extrême-Orient, les missions subissant un peu partout, au XIXème et au XXème siècles, une répression sanglante de la part des dirigeants locaux martyrisant missionnaires et chrétiens ; sans oublier les défis scientifiques, les missionnaires devant s’investir dans l’étude des langues, de la faune, de la flore pour mieux asseoir leur connaissance du pays dans lequel ils vivent. De nombreux dictionnaires, grammaires, traités de botanique ou autre, déposés dans divers centres d’archives attestent de la qualité de ce remarquable travail.

 

Ainsi forte de ses 350 années d’expérience missionnaire, de ces 4 500 départs de missionnaires depuis sa fondation, la Société des Missions Etrangères de Paris prépare aujourd’hui l’avenir. Gilles Van Grasdorff pose la question de la nouvelle identité missionnaire de la Société au sein de ces Eglises locales si dynamiques et si vivantes. Depuis Vatican II, Rome insiste sur son devoir de continuer à servir ces Eglises d’Asie, en privilégiant la « notion de réciprocité et de communion entre les forces missionnaires et les éléments locaux ». Reprenant ces encouragements et tenant compte de l’évolution politique et religieuse de l’Asie, la Société a redéfini sa vocation de travailler à la continuité de son apostolat au service des Eglises en Asie, tout en développant l’accueil des représentants de ces Eglises en France. Au début de ce troisième millénaire, la Société des Missions Etrangères de Paris désire intensifier son rôle de « pont entre l’Eglise de France et les Eglises locales d’Asie », et même, pourrait-on ajouter, entre l’Eglise en Occident et l’Eglise en Extrême-Orient.