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Bulletin EDA n° 471 du 16/10/2007
Selon des organisations et des responsables d’Eglise, le programme d’éducation sexuelle élaboré par l’Etat n’est pas adapté à l’âge des élèves et manque de sensibilité culturelle, ce qui peut « conduire à l’anarchie sexuelle ». Ainsi, plusieurs écoles du Kerala ont décidé de le boycotter en attendant un manuel plus conforme aux besoins des jeunes scolarisés dans leur établissement. Pas moins de 700 000 élèves sont ainsi potentiellement concernés par ce nouveau programme, l’Eglise catholique ayant la responsabilité de 751 collèges et de 272 lycées au Kerala.
Le ministère fédéral du Développement des ressources humaines a élaboré l’Adolescent Education Program en partenariat avec l’UNICEF et la National AIDS Control Organization pour la rentrée scolaire de juin 2007. Ce programme d’éducation sexuelle, qui encourage l’utilisation des préservatifs pour des relations sexuelles « sûres » et « protégées », s’inscrit dans la politique de lutte contre la pandémie du sida, qui, en Inde, touche des millions de personnes. Selon le P. Kottayil, si la question sexuelle reste, aujourd’hui encore, un sujet tabou dans la société indienne, le programme gouvernemen-tal ne prend néanmoins pas en compte la sensibilité culturelle indienne, ayant été « élaboré dans un contexte dominé par des organisations occidentales ».
L’Eglise catholique n’est pas contre l’éducation sexuelle dans les collèges ou les lycées, mais elle « n’est pas d’accord avec le contenu de l’ouvrage qui préconise l’utilisation du préservatif, contraire à l’enseignement de l’Eglise », ajoute-t-il. Destiné aux élèves des collèges et lycées, ayant entre 13 et 16 ans, le livre d’éducation sexuelle à destination des établissements catholiques sera rédigé par un panel d’experts, théologiens, juristes et enseignants. Sa publication est prévue pour la rentrée scolaire prochaine, à savoir en juin 2008.
Contrairement au programme gouvernemental, qui s’est donné comme objectif prioritaire le contrôle de la pandémie du sida (2), l’Eglise catholique souhaite aller plus loin. « Aujourd’hui, au Kerala, il n’existe pas de discussion saine sur la sexualité, les parents abordant rarement cette question en famille », précise le P. Kottayil, ce qui, selon lui, conduit les jeunes à se renseigner par eux-mêmes, via des magazines ou des sites Internet pornographiques. Le but recherché est d’« éduquer nos enfants à la sexualité dans un esprit catholique. Aujourd’hui, le sexe est considéré comme un symbole d’amusement et la plupart des problèmes sociaux découlent de cette approche. » Pédophilie, grossesses précoces et avortements qui sont en constante augmentation, sont les conséquences directes de cette mentalité, poursuit-il.
Un enseignant catholique, Varghese Thomas, a salué l’initiative de l’Eglise et confié à l’agence Ucanews sa joie de voir « que [l’Eglise] a enfin mis de côté sa réticence à aborder les questions relatives à la santé sexuelle », ce qui va « aider de nombreux adolescents qui ignorent tout d’une sexualité saine et constructive ».(1) L’Eglise catholique au Kerala comprend 31 diocèses catholiques.
(2) Une récente étude sur la sexualité des jeunes âgés de 13 à 17 ans au Kerala révèle que seuls 20 % d’entre eux sont sensibilisés au risque du sida. La même étude, menée en janvier 2007 par une ONG indienne, Sakthi (‘La force’), indique que 9 % des filles ont déjà entendu parler ou vu un préservatif.