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Esclavage moderne : 60 % des victimes se trouvent en Asie

Esclavage moderne : 60 % des victimes se trouvent en Asie

07/06/2016

Près de 60 % des 45,8 millions de victimes de l’esclavage moderne vivent en Asie. C’est le constat accablant du rapport sur l’esclavage, publié le 31 mai dernier par l’ONG Walk Free. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme, ...

... qui pour cette nouvelle étude a mené 42 000 entretiens dans 167 pays, cinq pays d’Asie arrivent en tête : l’Inde (18,35 millions), la Chine (3,39 millions), le Pakistan (2,13 millions), le Bangladesh (1,53 million) et l’Ouzbékistan (1,23 million). Parmi les pays ayant la plus forte proportion d’esclaves dans leur population, on trouve la Corée du Nord, suivi du Cambodge et de l’Inde.

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Les formes variées de l’esclavage moderne en Asie

Selon l’ONU, l’esclavage moderne se définit comme le fait d’exercer sur une personne les attributs du droit de propriété ou de maintenir une personne dans un état de sujétion continuelle en la contraignant à une prestation de travail ou sexuelle, à la mendicité ou à toute prestation non rémunérée. Les formes contemporaines d’esclavage – trafic de personnes, prostitution forcée, enfants soldats, travail forcé et utilisation des enfants dans le commerce international des stupéfiants – sévissent toujours aujourd’hui, particulièrement en Asie.

« Toutes les formes contemporaines de pratiques de l’esclavage ont été identifiées [en Asie], y compris le travail forcé dans les briqueteries, l’agriculture et l’industrie textile, les enfants soldats en Afghanistan, la mendicité forcée et le commerce d’exploitation sexuelle. » Plusieurs de ces secteurs d’activités fournissent de la main d’œuvre bon marché à des industries qui produisent les biens de consommations pour l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, le Japon et l’Australie, souligne le rapport. En 2015-2016, des pratiques de travail forcé ont également été découvertes dans l’industrie électronique et des plantations d’huile de palme en Malaisie.

Ces formes de pratiques d’esclavage varient néanmoins en fonction des pays : employés domestiques exploités et en servitude dans les riches Etats d’Asie – Hongkong, Japon, Malaisie, Singapour et Taiwan – avec pratiques d’inanition et d’abus sexuels dans certains cas enregistrés en 2015 ; mariages forcés d’enfants au Bangladesh, en Inde, en Indonésie, au Népal et au Pakistan (selon l’ONU, plus de 130 millions de fillettes d’Asie du Sud seront mariées entre 2010 et 2030) ; enfants soldats en Afghanistan, en Inde et en Thaïlande ; servitude pour dettes dans l’industrie textile au Bangladesh et au Vietnam ; exploitation abusive ou travail forcé dans le secteur de la pêche en Birmanie, au Cambodge, au Laos et en Thaïlande.

En mai 2015, à la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie, la découverte dans des camps de trafic de réfugiés Rohingya – ethnie musulmane de l’Etat d’Arakan, à qui la Birmanie refuse de reconnaître la citoyenneté – avait d’ailleurs eu un retentissement international. L’opinion internationale avait alors découvert que les migrants, qui vivaient dans des conditions inhumaines, y étaient vendus pour le trafic de la pêche ou l’esclavage sexuel, alors que d’autres, « plus chanceux », pouvaient espérer être libérés si une rançon était versée aux trafiquants. Entre avril et septembre 2015, plus de 2 000 hommes avaient ainsi été repêchés sur des navires thaïlandais, la plupart travaillant dans les eaux territoriales indonésiennes.

Toujours en Asie du Sud-Est, cette fois-ci au Cambodge, 1,6 % de la population est victime d’esclavage dans les secteurs de la pêche, du travail domestique et du trafic de femmes vers la Chine, où, du fait d’une pénurie de femmes, un trafic en provenance de Corée du Nord, du Cambodge ou du Vietnam est en plein essor.

La Corée du Nord détient, quant à elle, le triste record de proportion d’esclaves au sein de sa population, avec 4,3 % de sa population sujette « aux sanctions de camps de travaux forcés pour les prisonniers politiques et les travailleurs nord-coréens envoyés comme ouvriers sous contrat à l’étranger », indique le rapport de Walk Free. On trouve ensuite l’Ouzbékistan (3,9 %), le Cambodge (1,6 %) et l’Inde (1,4 %), suivi du Qatar (1,3 %), qui fait venir de nombreux travailleurs d’Asie.

 

L’Inde en tête

 

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une petite fille de 4 ans, dans une briqueterie, en Inde
©Aide et Action

 

Si, selon les derniers chiffres, l’Inde enregistre la plus forte croissance économique sur l’année fiscale 2015-2016, avec un taux 7,6 % de son PIB, devançant même la Chine, elle détient également le triste record du pays ayant le plus d’esclaves au monde, avec 18,35 millions d’Indiens victimes d’esclavage, soit cinq fois plus que la Chine.

Les formes d’exploitations sont variées : prostitution, travail des enfants, mendicité forcée, travail et mariages forcés. Plus de la moitié des Indiennes se marient avant 18 ans, l’âge de la majorité civile, souligne l’étude. Les secteurs d’activité impliqués dans ces trafics : l’industrie du sexe, la construction, l’agriculture et la pêche.

Autre point propre à l’Inde : le taux de travail forcé des enfants – y compris la mendicité forcée –, notamment dans les secteurs de la briqueterie ou de la vannerie, est particulièrement élevé chez les populations les plus pauvres et les castes les plus vulnérables (OBC). Tout comme les mariages forcés qui restent fréquents.

« De jeunes filles sont emmenées de leur région tribale vers les villes pour travailler comme employée domestique et une fois entre les mains des agents et de leurs employés, elles sont exploitées et abusées », s’insurge Mgr Oswald Lewis, évêque catholique de Jaipur et président du Bureau du Travail de la Conférence des évêques catholique d’Inde (CBCI). « La dignité du travail et des travailleurs doit enfin être pris en compte afin de stopper ce mal », a-t-il ajouté en précisant que l’Eglise catholique milite activement pour éradiquer les pratiques de travail d’enfants et qu’elle a mis en place des cellules venant en aide aux travailleurs domestiques exploités.

 

 Boom de l’esclavage au Bangladesh

 

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Bangladesh, 3 enfants travaillant dans une usine de fabrication de ballons
© EPA/Abir Abdhullah

 

Le Bangladesh, qui se trouve en 4ème position mondiale, avec 1,53 million d’esclaves, a vu ce chiffre augmenter de près de 681 000 par rapport à l’étude précédente de 2014, soit un nombre d’esclaves qui a quasiment doublé en l’espace de deux ans. Ici aussi, mariages forcés, servitude pour dettes et prostitution forcée sont les secteurs les plus concernés par cette croissance fulgurante.

Pour le P. Theophil Nokrek, secrétaire de la Commission épiscopale ‘Justice et Paix’ au Bangladesh, « la faiblesse de notre système judiciaire contribue à alimenter l’esclavage, car la loi n’est pas appliquée ». De plus, « dans la plupart des restaurants, et même chez des défenseurs des droits de l’homme, vous trouverez des enfants employés comme domestique. C’est comme si chez les riches et les puissants, c’était une habitude de maintenir des personnes en esclavage », s’indigne-t-il.

Le P. Nokrek, également président de Caritas au Bangladesh, précise que l’association vient justement en aide aux nombreuses victimes de l’esclavage grâce à différents programmes d’assistance et de prise en charge implantés dans les zones urbaines, lieux où se concentrent le trafic d’êtres humains, la prostitution forcée et le travail forcé d’enfants et d’adultes dans l’industrie textile. « Ces programmes visent à contribuer à l’élimination de ces vices sociaux que sont le travail des enfants, les mariages et le travail forcés ».

 

La traite des êtres humains, un « crime contre l’humanité »

Pour le pape François, ces trafics, qui affectent plus de 45 millions d’hommes de femmes et d’enfants dans le monde, « doivent être reconnus comme des crimes contre l’humanité par tous les leaders religieux, politiques et sociaux, et sanctionnés comme tels par les lois nationales et internationales ». « L’adage » qui veut que des trafics comme la prostitution « existent depuis le début du monde » n’est plus acceptable, a-t-il affirmé avec vigueur devant une centaine de magistrats du monde entier, réunis au Vatican, le 3 juin dernier.

Ce jour même, il a signé, devant les magistrats présents, une déclaration renforçant la lutte contre le crime organisé et la traite des êtres humains. Dans la déclaration finale adoptée le lendemain par les participants, le trafic d’êtres humains, le travail forcé, la prostitution, le trafic d’organes et le crime organisé sont désormais définis comme des crimes contre l’humanité.

(eda/nfb)