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Crise des migrants : les Philippines se déclarent prêtes à accueillir 3 000 boat-people rohingya

Crise des migrants : les Philippines se déclarent prêtes à accueillir 3 000 boat-people rohingya

19/05/2015

Alors qu’un sommet en urgence réunissant les ministres des Affaires étrangères malaisien, thaïlandais et indonésien doit se tenir demain, 20 mai, à Kuala Lumpur, le gouvernement philippin a fait savoir que les Philippines étaient prêtes à accueillir sur leur sol les quelque 3 000 Bangladais et Rohingya ...

... qui ont fuit leurs pays respectifs et qui se trouvent actuellement à la dérive dans le golfe du Bengale, les bateaux à bord desquels ils se trouvent étant repoussés par tous les autres pays du Sud-Est asiatique.

Ce 19 mai, à Manille, Herminio Coloma, porte-parole du président Benigno Aquino, a déclaré que « les Philippines avaient apporté une aide humanitaire aux ‘boat-people’ [vietnamiens] et, dans les années 1970, avaient mis en place un centre d’accueil et d’orientation des migrants vietnamiens. (…) Nous continuerons à faire ce qui nous revient pour sauver des vies, en conformité avec les mécanismes qui existent de longue date et avec nos engagements envers les conventions [des Nations Unies] »

La déclaration philippine intervient alors que se poursuit en mer d’Andaman un sinistre « ping-pong humain » qui voit les gardes-côtes et les marines des pays riverains, à savoir la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande, repousser au large les bateaux de migrants qui cherchent à accoster leurs côtes. Venus du Bangladesh où ils fuient la misère et de Birmanie où les Rohingya, minorité musulmane dans ce pays très majoritairement bouddhiste, sont privés de citoyenneté et en butte à toutes sortes de discrimination, ces migrants, de religion musulmane, tentent de gagner par voie de mer la Malaisie, pays à majorité musulmane. Ces derniers jours, plusieurs embarcations ont pu atteindre Aceh, à la pointe nord-ouest de l’île indonésienne de Sumatra, et quelques milliers de réfugiés s’y trouvent désormais. D’autres bateaux ont été repoussés au large par les gardes-côtes de l’un ou l’autre de ces trois pays ; certains n’ont plus donné de nouvelles et on craint pour leur sort, d’autres poursuivent leur navigation sans destination finale ; le nombre des personnes à bord, hommes, femmes et enfants, est estimé à plusieurs milliers.

Le 18 mai, une première déclaration officielle philippine avait laissé penser que Manille adoptait la même attitude que Djakarta, Kuala Lumpur, Bangkok et Canberra, à savoir repousser hors des eaux territoriales les bateaux chargés de migrants, quitte à leur fournir de l’eau, des vivres et du carburant. Si les réfugiés arrivent sans papiers, ils seront repoussés, seuls les porteurs de documents officiels pouvant déposer une demande d’asile, avait déclaré le porte-parole présidentiel à Manille. La déclaration d’aujourd’hui du même porte-parole ouvrant la voie à un accueil de plusieurs milliers de réfugiés représente donc un changement d’attitude du gouvernement philippin. Selon les observateurs, il pourrait être dû aux pressions que les Etats-Unis exercent dans la région afin que cette crise des migrants rohingya soit résolue sans tarder. Il suscite aussi quelques interrogations : comment les migrants qui se trouvent sur des bateaux surchargés navigant en mer d’Andaman pourraient-ils accomplir sans danger le long trajet qui les verrait passer le détroit de Malacca, remonter au nord le long des côtes de Bornéo pour enfin atteindre le rivage philippin ?

Quoi qu’il en soit de sa mise en œuvre pratique, l’offre d’accueil philippine laisse entrevoir une solution à la crise humanitaire qui se développe en mer. « C’est un signe encourageant. Nous espérons que les gouvernements dans la région vont faire de même », a déclaré Joe Lowry, de l’Organisation internationale pour les migrations, non sans souligner que, depuis dix jours que cette crise monte en puissance, nul ne sait combien de migrants ont péri en mer.

Selon l’agence Fides, l’Eglise catholique aux Philippines salue la décision de Manille. Directeur des Œuvres pontificales missionnaires aux Philippines, le P. Socrates Mesiona a confié : « Il est de notre devoir d’accueillir ces personnes. Si cela est nécessaire, elles sont les bienvenues et nous ferons notre possible pour leur garantir une vie digne. Ce sont des êtres humains et des enfants de Dieu, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le fait qu’ils soient de religion musulmane ne nous pose aucun problème et ne change rien à l’affaire. L’Evangile nous l’enseigne, nous sommes prêts à leur accorder l’hospitalité. »

Sans faire directement référence à cette actualité, le cardinal Tagle, archevêque de Manille, était à Rome où il vient d’être élu président de Caritas Internationalis, structure qui fédère les 165 Caritas implantées dans le monde. Dans un communiqué relayé par Caritas Philippines, le cardinal archevêque de Manille dénonce « les typhons de pauvreté » et « les tremblements de terre de corruption, d’injustice et de trafic d’êtres humains » qui attentent à la dignité de la personne humaine.

En Birmanie, d’où viennent les Rohingya, le gouvernement est sous pression de ses voisins. Après avoir nié le problème, il vient de déclarer comprendre « l’inquiétude » de la communauté internationale, sans pour autant évoquer sa propre responsabilité dans le drame de ces migrants rendus apatrides dans leur propre pays. L’opposition n’a pas réagi très différemment : Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, a certes déclaré que ces migrants étaient « des êtres humains » et « avaient en tant que tels droit au respect de leurs droits », tout en ajoutant : « S’ils ne sont pas acceptés [en tant que citoyens], ils ne peuvent pas être simplement jetés à la mer. »

A Djakarta, la ministre des Affaires étrangères, Retno Marsud, a déclaré ce 19 mai que son pays, qui a accueilli à Sumatra ces jours-ci environ 3 000 réfugiés de la mer, avait « fait plus qu’il ne le pouvait » pour venir en aide aux migrants. « Les migrations clandestines ne sont pas l’affaire d’un ou deux pays pris isolément. C’est un problème qui se pose dans d’autres régions. C’est aussi un problème mondial », a-t-elle précisé à l’issue d’une réunion ministérielle au palais présidentiel.

(eda/ra)