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Des responsables bouddhistes et musulmans d’Asie du Sud et du Sud-Est signent une déclaration contre la violence

Des responsables bouddhistes et musulmans d’Asie du Sud et du Sud-Est signent une déclaration contre la violence

09/03/2015

Réunis à Yogyakarta et au temple bouddhiste de Borobudur, en Indonésie, les 3 et 4 mars dernier, une cinquantaine de responsables religieux bouddhistes et musulmans venus de quinze pays d’Asie du Sud et du Sud-Est ont signé une « Déclaration de Yogyakarta » par laquelle ils disent refuser l’instrumentalisation ...

... à des fins politiques et violentes de leurs religions respectives. Le texte est intitulé : « Surmonter l’extrémisme et promouvoir la paix par la justice ».

Affirmant que les fidèles bouddhistes et musulmans ont « développé des relations harmonieuses qui sont devenues les fondations sur lesquelles sont bâties la paix et la prospérité dans de nombreuses régions du monde », ces responsables religieux « réaffirment que l’islam et le bouddhisme sont des religions de miséricorde et de compassion attachées au service de la justice pour toute l’humanité ». Ils écrivent encore : « Nous rejetons toute utilisation de nos religions pour justifier la violence et les discriminations. Le bouddhisme et l’islam ont été instrumentalisés par certains à des fins politiques particulières pour entretenir les préjugés et les stéréotypes ainsi que pour inciter à la discrimination et à la violence. »

Les signataires de cette déclaration s’engagent enfin, à travers le Forum international des relations islamo-bouddhistes, à « servir de plateforme pour des initiatives éducatives et de plaidoyer sur les plans intra-religieux et inter-religieux » ; à, en cas de conflit, « réagir rapidement par des visites de solidarité, des mises en garde, des initiatives de prévention des conflits » ; à développer « des outils » en vue d’un « engagement constructif et d’une action commune » ; et à diffuser des « messages positifs » via les médias, « notamment les réseaux sociaux et les médias alternatifs ».

Plusieurs ministres ont pris la parole devant l’assemblée des responsables religieux réunis à Yogyakarta : le vice-ministre des Affaires étrangères indonésien, Abdurrahman Mohammad Fachir, a inauguré la rencontre ; le ministre bangladais de l’Information, Hasanul Haq Inu, et le ministre sri-lankais du Développement urbain, Rauff Hakeem – qui est aussi le leader du Sri Lanka Muslim Congress –, ont eux aussi pris la parole. Toutefois, la rencontre était organisée par une instance religieuse, le Forum international des relations islamo-bouddhistes (BMF). Ce dernier a été fondé en juin 2013 autour de l’idée qu’il était nécessaire d’établir une instance de dialogue entre bouddhistes et musulmans à l’heure où des extrémistes en Birmanie, au Sri Lanka ou en Thaïlande notamment mettaient à mal la coexistence des croyants de ces deux religions en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est.

Différentes organisations ont apporté leur soutien à la fondation du BMF, telles la Conférence mondiale des religions pour la paix (fondée à Tokyo en 1970), le Mouvement international pour un monde juste (basé en Malaisie) ou bien encore le Réseau international des bouddhistes engagés (fondé en 1989 en Thaïlande). Elles étaient présentes à Yogyakarta les 3 et 4 mars dernier. Le Malaisien Chandra Muzaffar, président du Mouvement international pour un monde juste, a déclaré : « Si nous voulons la paix et la justice, il est très important que les bouddhistes et les musulmans se parlent car ce sont là deux religions mondiales majeures. Si vous observez le cas de l’Asie du Sud-Est, vous trouvez 42 % de musulmans et 40 % de bouddhistes. Les deux communautés sont pratiquement à égalité et elles se doivent d’entretenir de bonnes relations. »

On retrouve les signatures de ces responsables engagés dans le dialogue interreligieux au bas de la « Déclaration de Yogyakarta ». Mais ce sont les responsables religieux eux-mêmes qui sont mis en avant parmi les signataires de ce document. C’est le cas pour le Bangladesh, l’Indonésie, la Malaisie, la Birmanie, le Sri Lanka ou bien encore la Thaïlande. Pour chacun de ces pays, un ou plusieurs responsables religieux bouddhistes a signé en compagnie d’un ou plusieurs responsables musulmans.

Pour l’Indonésie, pays où les bouddhistes ne représentent guère plus d’un pour cent de la population et où l’on trouve la plus importante communauté musulmane du monde (87 % des 253 millions d’Indonésiens), les signataires, côté bouddhiste, sont le vice-président et le secrétaire général de l’Association bouddhiste d’Indonésie (WALUBI), et, côté musulman, le président de la Muhammadiyah, le vice-président de la Nahdlatul Ulama (NU), le directeur de l’Institut Wahid et le vice-président du Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI). La Muhammadiyah et la NU sont les deux plus importantes organisations musulmanes de masse, l’Institut Wahid a été fondé en 2004 par l’ancien président de la République Abdurrahman Wahid, tandis que le MUI représente l’islam officiel, l’instance qui dit ce qui est permis ou interdit pour les musulmans en Indonésie.

Selon Din Syamsuddin, qui, outre sa casquette de président de la Muhammadiyah, préside le MUI, l’extrémisme naît notamment de fausses interprétations des dogmes religieux. Il appartient donc, a-t-il précisé, aux responsables religieux de diffuser la Déclaration de Yogyakarta au sein de leurs communautés respectives. La Déclaration « est très significative ; elle ne s’adresse pas seulement aux bouddhistes et aux musulmans ; elle est universelle », a-t-il déclaré.

Sugino Kyoichi, secrétaire général adjoint de la Conférence mondiale des religions pour la paix et religieux bouddhiste lui-même, a annoncé que son organisation traduirait la Déclaration de Yogyakarta « en neuf langues » pour la diffuser auprès « des jeunes partout dans le monde afin qu’ils puissent reprendre leurs dirigeants quand ils parlent à tort ». Ce souci de publicité n’a pas, semble-t-il, particulièrement touché les médias indonésiens : à part un article dans le Jakarta Post du 5 mars (1), la presse locale a largement passé sous silence ce rassemblement interreligieux régional.

(eda/ra)

Notes

(1) Article repris par la lettre d’information Urbi & Orbi du quotidien français La Croix, le 6 mars 2015.