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Pour leur rencontre annuelle, les épiscopats coréen et japonais appellent à dépasser les blessures nées de l’histoire

Pour leur rencontre annuelle, les épiscopats coréen et japonais appellent à dépasser les blessures nées de l’histoire

17/11/2014

« Une vie évangélique qui transcende le nationalisme. » Tel était le thème de la XXe rencontre des épiscopats catholiques sud-coréen et japonais organisée la semaine dernière à Séoul, dans un contexte par ailleurs marqué par de vives tensions entre les deux gouvernements.

Durant trois jours, du 11 au 13 novembre, dix évêques japonais et dix prélats coréens ont multiplié les rencontres, les visites et les conférences, dans le but de travailler au rapprochement de leurs deux nations malgré les profondes blessures nées de l’histoire du XXe siècle. Signe de l’importance donnée à cette rencontre, les deux délégations épiscopales étaient menées par les présidents des deux conférences épiscopales, à savoir Mgr Okada Takeo, archevêque de Tokyo, et Mgr Kim Hee-geun, archevêque de Gwanju.

Lancées en 1995, organisées alternativement dans l’un ou l’autre pays, les rencontres annuelles entre les évêques catholiques de Corée et du Japon s’inscrivent dans une démarche de réconciliation entre ces deux nations qui partagent une histoire contemporaine encore marquée par les blessures de la colonisation et de la guerre. Au fil des années, les évêques ont su établir des liens de confiance et n’ont jamais hésité à se saisir de sujets de société sensibles, tels, par exemple, l’accueil des migrants (en 2008), le suicide (en 2010), ou la défense de l’environnement (2011). Leurs échanges ont toujours été nourris de leurs expériences respectives dans un contexte social en partie semblable (une économie développée) mais un environnement religieux assez différent (si le christianisme est fortement implanté en Corée du Sud, les Eglises chrétiennes constituent une très petite minorité au Japon).

Cette année, le thème d’un « nationalisme transcendé » était tout particulièrement d’actualité, ces derniers mois ayant été caractérisés par une montée des tensions entre les deux capitales. A Tokyo, le conservateur et nationaliste Abe Shinzo ne fait pas mystère de son désir de revenir sur le système mis en place dans son pays à la suite de la défaite de 1945. A Séoul, ce programme politique ne passe pas, et il a fallu attendre le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), qui vient de se terminer à Pékin, pour qu’enfin la présidente sud-coréenne Park Geun-hye rencontre le Premier ministre japonais. Isolé face à la Chine, le Japon tente actuellement d’améliorer ses relations avec la Corée du Sud et Abe Shinzo souhaite une rencontre entre les chefs d’Etat des deux pays, mais, côté sud-coréen, l’entourage de la présidente a signifié qu’un sommet entre les deux dirigeants ne serait possible que si le Japon prenait des mesures concrètes sur la question ultra-sensible des « femmes de réconfort ».

A Séoul, les évêques japonais n’ont pas éludé la question, bien au contraire. Avant le début de la rencontre, dix évêques japonais accompagnés de dix évêques coréens ont rendu visite à une maison de retraite qui héberge plusieurs de ces « femmes de réconfort », qui, à l’époque de la seconde guerre mondiale, furent contraintes à se prostituer dans les bordels réservés aux soldats et aux officiers de l’armée impériale japonaise. A cette occasion, Mgr Matsuura Goro, évêque auxiliaire d’Osaka, a prononcé les mots suivants : « En tant que peuple devant assumer la responsabilité de l’histoire de notre nation, pour ce que le Japon vous a fait subir, je vous présente nos excuses les plus sincères. »

Mgr Matsuura a ajouté que l’Eglise catholique au Japon avait, pour sa part, fait son propre examen de conscience quant à son attitude durant cette période de l’histoire et qu’elle veillait à le transmettre aux nouvelles générations. D’autres visites à des lieux symboliques, tel le mémorial érigé pour An Jung-geun, héros nationaliste coréen (1), ont été organisées durant ces trois jours.

A l’issue de cette XXe rencontre, Mgr Kim Hee-geun a déclaré que « si la Corée et le Japon pouvaient sembler à la fois très proches et très éloignés, les évêques de ces deux nations étaient frères aujourd’hui comme nous [ils] l’avaient toujours été ». « A travers ces échanges, nous ferons en sorte de devenir des ponts pour renforcer la paix en Asie du Nord-Est et dans le monde », a ajouté le président de l’épiscopat sud-coréen.

Mgr Okada a, pour sa part, souligné l’importance que revêtaient à ses yeux ces rencontres annuelles « dont l’objet initial était précisément d’aider à dépasser les blessures issues de l’histoire de nos deux pays ». « Nos deux nations continuent de faire face à des défis partagés », tels les inégalités de revenus et de richesse, les discriminations ou bien encore le suicide, mais « quelles que soient les difficultés, nous savons que nous pouvons œuvrer ensemble à faire advenir le Royaume de Dieu », a précisé le président des évêques japonais.

(eda/ra)

Notes

(1) An Jung-geun assassina Hirobumi Ito, premier Résident général japonais en Corée (fonctions s’apparentant à celle de gouverneur militaire), à Harbin, en Chine, le 26 octobre 1909. Remis aux autorités japonaises, il fut condamné et exécuté par un tribunal japonais le 26 mars 1910. A la suite de cet assassinat, le Japon annexa purement et simplement la Corée.
Né en 1879, An Jung-geun avait été baptisé dans l’Eglise catholique en 1897 et est toujours resté proche d’un missionnaire français auprès de qui il avait découvert l’Evangile.