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En Corée du Sud, l’Eglise catholique s’organise pour faire parvenir une aide alimentaire aux Nord-Coréens [ Bulletin EDA n° 539 ]

05/11/2010

Le 22 octobre dernier, le Comité des évêques (sud-)coréens pour la Réconciliation du peuple coréen a organisé la livraison de 50 tonnes de riz en Corée du Nord. D’une valeur de 95 millions de wons sud-coréens (61 000 euros), la cargaison de riz a traversé la zone démilitarisée (DMZ) par le passage reliant ...

... reliant la Corée du Sud à la zone industrielle de Kaesong, située à une dizaine de kilomètres au nord de la frontière qui sépare les deux pays. Là, elle a été remise à l’Association (nord-)coréenne des catholiques, laquelle a organisé sa distribution à la population du district de Kaesong.

Selon le P. John Baptist Kim Hun-il, secrétaire exécutif du Sous-Comité pour l’aide à la Corée du Nord du comité épiscopal sud-coréen, cette livraison était la première que la Corée du Nord recevait depuis la crise consécutive au torpillage du Cheonan, ce navire de guerre sud-coréen coulé le 26 mars dernier en mer Jaune (1). A la suite de cet incident, Séoul avait annoncé la suspension de la majeure partie de ses aides humanitaires à la Corée du Nord. « La situation alimentaire des Nord-Coréens s’aggrave et leur gouvernement n’est pas en mesure d’y répondre. Il est de notre devoir d’apporter davantage d’aide », a argumenté le prêtre catholique, précisant la livraison de ces 50 tonnes de riz avait été rendue possible grâce à la mobilisation conjointe du diocèse d’Uijeongbu, de la Conférence des supérieurs majeurs et du Mouvement catholique des agriculteurs (sud-)coréens.

Quelques jours plus tard, le Centre catholique de Séoul accueillait un colloque organisé par le Conseil catholique pour l’apostolat des laïcs sur le thème : « Ouvrons la voie de la réconciliation nationale ». Les dirigeants de cette organisation entendaient faire pression sur l’opinion publique afin que le gouvernement sud-coréen reconsidère sa politique de sanctions envers la Corée du Nord et reprenne les envois d’aide alimentaires aux Nord-Coréens. Joseph Myung Gil-lang, vice-président du Conseil pour l’apostolat des laïcs, a souligné le paradoxe qu’il y a à voir le Nord manquer de nourriture pendant que le Sud dépense année après année des sommes considérables pour stocker ses surplus de riz ; il a notamment dénoncé le fait que le gouvernement sud-coréen envisage d’utiliser ce riz comme aliment pour le bétail, à l’heure même où les prévisions indiquent que la Corée du Nord sera cette année déficitaire de 900 000 tonnes de riz. Intervenant au colloque, Yang Mun-su, professeur à l’Université pour les études sur la Corée du Nord, a déclaré que les dons de riz sud-coréen était la meilleure manière de convaincre les Nord-Coréens des intentions pacifiques des Sud-Coréens ; de tels gestes ne peuvent qu’être favorables à la cause de l’unification de la péninsule, a-t-il précisé.

Dans les semaines qui ont précédé ce colloque, le gouvernement de Lee Myung-bak, qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2008, s’est toujours montré partisan d’une politique de fermeté envers Pyongyang, a annoncé qu’il comptait reprendre les envois d’aide alimentaire vers le Nord. En septembre, un accord avait été trouvé entre Pyongyang et Séoul ; d’une valeur de 6,1 millions d’euros, le plan d’aide comprenait la reprise des rencontres entre les familles séparées après la guerre (1950-1953), un envoi de médicaments et de sacs de ciment (prévu pour décembre 2010) et l’expédition de 5 000 tonnes de riz ainsi que de trois millions de sachets de nouilles instantanées.

Selon la Croix-Rouge, le riz et les nouilles pourraient nourrir 325 000 personnes pendant un mois, mais certains en Corée du Sud émettent la crainte que ces envois soient détournés et conservés par l’élite politique et militaire. Le pays traverse actuellement une phase critique, notamment du fait des inondations qui ont sévi cet été. Les Nord-Coréens manquent de riz, de sucre et d’huile. Un rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) estime qu’un tiers des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition. A l’agence Aujourd’hui la Corée (2), Tim Peters, fondateur de l’ONG Helping Hands Korea, déclare qu’« il serait mieux de faire distribuer l’aide par de petites ONG sur place car ce sont elles qui sont en mesure d’envoyer l’aide alimentaire dans les provinces de l’intérieur du pays et dans les villes reculées ».

Pour Mgr Yeom Soo-jung, évêque auxiliaire de Séoul, les chrétiens ont le devoir de se soucier du sort de leurs frères et sœurs dans le besoin, quelles que soient les tensions politiques qui peuvent surgir de part et d’autre de la frontière entre les deux Corée.

Par ailleurs, fin octobre, quatre membres – dont deux prêtres catholiques – de Corea Peace 3000, une ONG réunissant des catholiques, des protestants et des bouddhistes (3), ont franchi la DMZ pour se rendre dans la région du Mont Geumgang, zone touristique ouverte aux Sud-Coréens, pour y livrer une cargaison de 100 tonnes de farine. En lien avec l’Association (nord-)coréenne des catholiques, Corea Peace 3000 a organisé une distribution de farine à quelque 2 500 foyers affectés par les inondations de cet été. Selon Andrew Kim Do-hyung, logisticien du groupe, ce sont des enfants et des personnes âgées qui ont été les premiers récipiendaires de cette aide. La Corée du Nord n’ayant pas fourni d’information quant aux zones touchées par les inondations, ce sont des repérages menés au préalable avec l’aide de photo-satellites qui ont permis de choisir les villages où serait distribuée la farine. Lors des distributions, les Sud-Coréens ont été informés que d’autres régions, également situées dans l’est du pays, avaient aussi beaucoup souffert des inondations.

Notes

(1) En mai 2010, une équipe d’enquêteurs internationaux a imputé le torpillage du Cheonan à Pyongyang, le régime nord-coréen niant pour sa part toute implication dans l’affaire et menaçant de riposter militairement à ces « accusations mensongères ».
(2) Aujourd’hui la Corée, 28 octobre 2010.
(3) En 2006, Corea Peace 3000 avait mené un projet à Pyongyang, obtenant d’installer un atelier de production de lait de soja sur un terrain attenant à l’unique église catholique de la capitale nord-coréenne, l’église de Changchung.