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Le Bhoutan envisage le possible retour au pays de certains de ses réfugiés au Népal [ Bulletin EDA n° 493 ]

16/10/2008

Le 24 septembre dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, les Premiers ministres du Népal et du Bhoutan ont, pour la première fois, évoqué ensemble l’épineuse question des milliers de réfugiés bhoutanais qui attendent, depuis les années 1990, au Népal, où ils ont été expulsés de leur pays, que l’on statue sur leur sort. Pushpa Kamal Dahal, Premier ministre népalais, a pressé son homologue bhoutanais Jigme Thinley de tout mettre en œuvre afin que les réfugiés puissent réintégrer leur pays d’origine.

Alors qu’au Bhoutan, le retour au pays des Lhotshampas, ethnie d’origine népalaise installée dans le petit royaume bouddhiste depuis le XIXème siècle, est toujours contesté au sein du pays, le gouvernement bhoutanais, sous la pression internationale et tout particulièrement du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), a accepté tout récemment d’envisager une réinstallation « sous conditions ». Les autorités du Bhoutan avaient violemment expulsé au début des années 1990 plus de 100 000 de leurs ressortissants, dans une vaste entreprise de « nettoyage » ethnique aussi bien que religieux, les Lhotshampas étant non seulement d’origine népalaise et nord-indienne mais aussi hindoue, dans un royaume où le bouddhisme est religion d’Etat.

 

Parmi les objections formulées par le gouvernement bhoutanais au retour des réfugiés figure en premier lieu la crainte que les Lhotshampas aient été « contaminés » par les maoïstes népalais et n’engagent des activités séditieuses après leur réinstallation. Seuls 4 % des quelque 130 000 réfugiés sont ainsi autorisés à revenir sans astreintes particulières dans le pays qui les a exilés. Pour Jigme Thinley, 75 % d’entre eux ne pourront revenir qu’à certaines conditions précises, comme le fait d’accepter de vivre dans des logements spécifiques et de subir des examens linguistiques (ils parlent essentiellement le népali).

 

Las d’attendre depuis plus de quinze ans le règlement de leur situation de réfugiés et d’apatrides, de nombreux Lhotshampas ont commencé à faire des demandes de réinstallation dans des pays tiers, sous la coordination du HCR. Quelque 5 300 réfugiés bhoutanais ont d’ores et déjà été installés à l’étranger depuis le début d’une opération internationale lancée en 2007. Ils sont actuellement plus de 50 000 à attendre les autorisations de pays comme les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark. Le Canada, quant à lui, a déclaré en mai 2008 qu’il acceptera sur son sol environ 5 000 réfugiés bhoutanais au cours des quatre prochaines années (1). Tous ces pays se seraient engagés à accueillir 70 000 réfugiés dans les cinq années à venir, selon le Jesuit Refugee Service (JRS), présent dans les camps pour la formation, l’éducation et la protection de ces populations très fragilisées.

 

En effet, depuis leur exil forcé au Népal, les réfugiés bhoutanais vivent dans des conditions particulièrement difficiles (2). Les affrontements entre villageois népalais et habitants des sept camps de réfugiés installés dans l’est du pays, près de la frontière indienne, sont fréquents. La criminalité, l’alcoolisme et le trafic de femmes et d’enfants ne cesse d’augmenter, avec une population dont une bonne partie n’aura connu que l’univers des camps et une absence totale de statut ou d’existence reconnue.

Notes

(1) Voir le rapport du Service d’immigration du Canada, daté de mai 2008. (2) Voir EDA 460.