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TAIZE : LA MEMOIRE DE FRERE ROGER SALUEE A TRAVERS L'ASIE [ Bulletin EDA n° 424 ]

01/09/2005

Depuis quelques années, une fois l'an, nous avons la chance de vivre une rencontre animée par un frère de Taizé. Nous y invitons plutôt les chrétiens de la base, ceux pour qui le nombre de propositions de formation est plus restreint, afin qu'ils aient eux aussi le bonheur de découvrir l'amitié de Dieu. Et nous n'oublions jamais les jeunes.

Cette année, la semaine de rencontre dans notre diocèse a été découpée en deux temps : le premier fut une retraite pour les adultes du 7 au 9 juin, et le deuxième, une rencon-tre pour les jeunes le week-end des 11 et 12 juin. Vingt-deux adultes sont venus, les jeunes étant une soixantaine.

C'était ma première expérience directe de Taizé. J'ai été très touché par la simplicité de l'enseignement du frère, très imagé et facilement accessible pour tous et donc pour moi. Il nous a entraînés à comparer notre vie avec une maison, celle de Marie, celle d'Elisabeth, celle de Zachée... et à dis-cerner la manière dont Dieu s'implique dans nos existences. La comparaison avec la harpe à dix cordes a été l'occasion de découvrir ce qui dans notre vie rend un son sublime et ce qui rend un son pauvre. Ces faiblesses et ces souffrances sont à remettre entre les mains de Dieu. C'est lui qui va re-tendre nos cordes. Cette réflexion était bien sûr ponctuée par les deux prières du matin et du soir. J'ai apprécié les longues plages de silence et la répétition des refrains qui nous font oublier notre temps pour entrer dans celui de Dieu. C'est une façon de se détacher de soi, de se décentrer pour se tourner vers Celui qui est tout. Les Cambodgiens ont une capacité quasi innée de faire silence, de prendre ce recul nécessaire qui donne sa respiration à notre vie. C'est certainement le fruit du long contact de leur culture avec le bouddhisme.

Comme c'était ma première expérience de Taizé, j'avoue que j'étais très inquiet quant à la traduction puisqu'on m'avait demandé de la faire. Mais le langage du frère étant abordable et simple, ce travail s'est révélé passionnant. Car il s'agit vraiment de connaître le peuple et la langue - et les catégories - dans lesquelles il s'exprime. Pour moi, c'était une occasion de transmettre à nos chrétiens d'autres mots et d'autres manières de vivre leur foi. Il faut en fait avoir à l'esprit qu'en pays de mission, la foi est souvent transmise par une seule personne ou un seul groupe. Varier les propositions est donc extrêmement important pour aider les fidèles, qui pour la plupart sont des néophytes, à entrer dans la dimension catholique du peuple de Dieu.

A Kompong Cham, nous cherchons encore une voie pastorale qui puisse réellement donner aux Khmers la possibilité de vivre leur foi selon les attitudes profondes de leur cour. Ils sont très demandeurs en ce qui concerne les valeurs de paix, d'harmonie, de silence, de calme, de discipline, de vie fraternelle... Il me semble ainsi que la vie paroissiale devrait s'inspirer plus de ces valeurs pour toutes ses activités et sa structuration. La présence de ce frère et l'expérience de Taizé sont donc un laboratoire intéressant et une avancée sur ce chemin-là !

Merci encore. A l'année prochaine ! D'ici-là que Dieu bénisse nos frères et sours cambodgiens en faisant abonder pour eux les fruits de sa grâce. Amen !

Ndlr

[NDLR - Frère Roger, le fondateur de la communauté ocuménique de Taizé, a été tué par une déséquilibrée le 16 août 2005, lors de la prière du soir, au cour de l'église de la Réconciliation, à Taizé, en Bourgogne. Ses obsèques ont été célébrées en présence d'une grande foule le 23 août dernier. Répandues à travers le monde, des "fraternités" de Taizé étaient présentes en Asie. De ce continent, de nombreux messages de condoléances ont été envoyés à Taizé, marques de reconnaissance pour l'ouvre d'évangélisation et de réconciliation menée par Frère Roger et les proches de Taizé. Au Bangladesh et en Corée du Sud, où des fraternités de Taizé sont implantées, la mémoire de Frère Roger a été saluée. Au Japon, un ami proche de la communauté de Taizé rappelle ainsi l'influence de Frère Roger, notamment sur le mouvement ocuménique dans son pays : "Les chants et la musique de Taizé sont utilisés dans les églises et les maisons religieuses à travers tout le pays. Lorsque vous voyez le nombre de jeunes qui ont été encouragés dans leur foi au contact de Taizé, il est évident que Frère Roger était un don précieux." Dans presque tous les pays d'Asie, où les fraternités ne sont pas présentes mais où des frères et des sours de Taizé se rendent régulièrement, des messages de condoléances et de sympathie ont été exprimés. Ainsi, au Népal, une religieuse indienne, membre des Sours de Cluny : "Je connais des hindous qui avaient coutume de passer par Taizé. Toute personne qui y passait était touchée d'une manière ou d'une autre. Nous pouvons compter sur les prières de Frère Roger, depuis les cieux, lorsque nous, ici, dans cette Eglise locale, nous sommes accusés de faire le lit des influences étrangères et de financer nos écoles avec de l'argent venu de l'étranger." Dans plusieurs pays d'Asie, des membres de la communauté de Taizé passent régulièrement, une ou plusieurs fois par an. Au Cambodge, le P. Gérald Vogin, missionnaire des Missions Etrangères de Paris, prêtre du vicariat apostolique de Kompong Cham, se souvient de sa dernière rencontre, en juin 2005, avec des membres de la communauté de Taizé. Phnom Penh, K'dol leu et Kompong Cham étaient les haltes principales sur le parcours de la visite de cette année au Cambodge, en juin 2005<br />

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(EDA, septembre 2005)<br />