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Asie du Sud - Sri Lanka

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Les pêcheurs sri-lankais protestent contre l’envolée des prix du carburant

Les pêcheurs sri-lankais protestent contre l’envolée des prix du carburant

21/06/2018

Les syndicats de pêcheurs sri-lankais, chrétiens pour la plupart, continuent de protester contre la hausse du prix du kérosène imposée par le gouvernement. Malgré des tentatives de négociations entre les associations de pêche et le gouvernement, les concessions avancées par celui-ci n’ont pas été suffisantes pour apaiser la situation. Outre la hausse des prix qui a entraîné la chute de leurs revenus, les pêcheurs doivent également faire face à la corruption des élus locaux et aux nombreuses taxes imposées sur les bateaux et sur les filets.

Les pêcheurs sri-lankais appellent le gouvernement à réduire le prix du carburant à 44 roupies par litre (24 centimes d’euro), afin de mieux protéger la pêche sri-lankaise et leur niveau de vie. Ces dernières semaines, l’industrie a vécu une période confuse, les prix du carburant ayant été augmentés puis réduits à plusieurs reprises. Récemment, les associations de pêcheurs ont d’ailleurs rencontré le ministre de la Pêche, des Ressources aquatiques et des Affaires rurales, Vijith Vijayamuni Zoysa, afin de tenter de rétablir la situation. Aruna Roshantha, président de l’association All Ceylon Fisher folk Trade Union, confie que les négociations ont été infructueuses, même si le gouvernement a semblé vouloir chercher un compromis en acceptant de renoncer à des hausses de prix décidées plus tôt. « À ce jour, les petits pêcheurs ont été superbement ignorés. Le gouvernement devrait établir un plan concret avant de décider de monter les prix des carburants », ajoute-t-il.
Plus tôt, en mai, le gouvernement avait pris une décision controversée en augmentant les prix du kérosène de 57 roupies par litre (31 centimes d’euro), du pétrole de 20 roupies par litre (11 centimes), et du diesel de 14 roupies par litre (8 centimes). Cela fait écho à une même tendance en Inde, où les prix du pétrole et du diesel ont connu une hausse record ce dernier mois. Au 23 mai, le pétrole coûtait 77,17 roupies par litre (42 centimes), et le diesel 68,34 roupies par litre (37 centimes). Cela a poussé l’opposition politique indienne à critiquer New Delhi pour son échec à contenir les hausses des prix. Le ministre indien de la Justice a déclaré que le gouvernement cherchait à revoir les mécanismes de fixation des prix du carburant pour les prix à la pompe, afin de mieux protéger les consommateurs de l’instabilité du marché.
Au Sri Lanka, Colombo a justifié les hausses des prix en affirmant que les chauffeurs de bus et de camions faisaient mauvais usage du kérosène en le mélangeant au diesel, avant de revenir en arrière sur les hausses des prix, au moins pour le kérosène, sous la pression des pêcheurs locaux. Dans la nuit du 13 mai, des embarcations de pêche originaires de plusieurs villages de la côte nord-ouest du Sri Lanka ont refusé de prendre la mer. Selon les médias locaux, les marchés aux poissons se sont retrouvés en manque de réserves. Frustrées, les associations de pêche ont organisé une grève nationale le 11 juin, afin de montrer leur opposition à la décision du gouvernement. Dans plusieurs villes portuaires, les bateaux à quai ont hissé des drapeaux noirs en signe de solidarité contre les hausses des prix. Le lendemain, le 12 juin, Colombo a accepté de réduire les prix du kérosène de 101 roupies par litre (55 centimes) à 70 roupies par litre (38 centimes).

Corruption et surimposition

Malgré tout, cette concession n’a pas été suffisante pour apaiser de nombreux pêcheurs, qui se disent découragés après une telle chute de leurs revenus. « Les unions des pêcheurs sri-lankais de la ville de Negombo [dans l’ouest du Sri-Lanka] et de la côte sud ont menacé de poursuivre leur action contre le gouvernement », explique Aruna Roshantha. « La plupart des petits pêcheurs sont en difficulté financière. Ils achètent de petites quantités de kérosène tous les jours. De plus, le gouvernement leur cause beaucoup de soucis en taxant lourdement leurs embarcations et leurs filets, entre autres. » Aruna explique que des prix réduits seraient plus efficaces que des subventions du gouvernement, en raison d’un manque de confiance envers les fonctionnaires locaux corrompus.
Beaucoup de pêcheurs sri-lankais, des chrétiens pour la plupart, perdent déjà un jour de travail par semaine, car ils refusent de partir en mer le dimanche pour pouvoir se rendre à l’église et retrouver leurs amis. Justin Fernando, un pêcheur de Negombo, confie qu’il peut consommer entre 20 et 110 litres de carburant par jour de travail. « Le gouvernement prétend qu’il a instauré ces subventions pour nous, mais c’est faux », affirme-t-il. « Les pêcheurs ont également appelé le gouvernement à réduire les taxes sur l’équipement de pêche, pour que les familles et l’industrie puissent survivre », ajoute-t-il. « La prochaine étape, ce sera la grève de la faim, jusqu’à ce que le gouvernement daigne nous écouter », prévient Justin, qui ajoute qu’ils sont toujours en colère suite à la répression brutale contre un pêcheur qui a manifesté en 2012 : « La police a tué au moins un de nos frères durant ces manifestations. » Le pêcheur en question, Antony Fernando, un catholique, aurait été tué par balles durant les affrontements. Selon le ministre Zoysa, les négociations se poursuivent. Il se dit confiant qu’une solution sera bientôt trouvée.

(Avec Ucanews, Colombo)

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