EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris

Vous êtes ici : Accueil Asie du Sud Sri Lanka De rudes conditions pour les cueilleuses de thé

Rechercher

Recevoir gratuitement nos dépêches

Asie du Sud - Sri Lanka

Imprimer

De rudes conditions pour les cueilleuses de thé

De rudes conditions pour les cueilleuses de thé

09/02/2018 - par Ucanews reporter, Colombo

Déjà isolées, les cueilleuses de thé ne savent plus vers qui se tourner, face à des attaques répétées de léopards. La migration des félins serait due notamment à la déforestation, les repoussant hors de la jungle.

Une série d’attaques de léopards, ces derniers mois, a effrayé les cueilleuses de thé de Nawalapitiya, à 112 kilomètres de Colombo. Mais pour celles qui nourrissent leur famille, il n’est pas question de démissionner. Depuis ces attaques, Sajeevani Tharuki, 48 ans, a changé sa routine : désormais, elle allume une lampe avant d’aller travailler le matin, priant Dieu de la protéger pour qu’elle puisse prendre soin de ses trois enfants.
Toutefois, cela ne calme pas sa terreur quand elle ou ses collègues entendent des rumeurs, quand elle entend qu’un léopard a été vu en train de rôder autour des plantations. Elle confie que ces derniers mois, plusieurs cueilleuses ont été blessées, et que beaucoup refusent désormais de travailler à cause de la menace grandissante.
Tharuki ajoute que c’est devenu une situation préoccupante pour les communautés rurales, dont les travailleurs gagnent un salaire journalier. « Les attaques de léopards blessent des cueilleuses et certaines ont même été tuées », explique-t-elle. « Au début de l’année, un léopard a commencé par attaquer une femme qui travaillait dans la plantation, puis s’est tourné vers quatre autres qui essayaient de l’aider. Certaines s’évanouissent à la vue d’un léopard. » Tharuki gagne en moyenne 620 roupies (5 dollars US) par jour pour la cueillette de près de 18 kilogrammes de thé.
Les travailleuses sont presque toutes Tamil, et descendent de ceux que les britanniques ont amené depuis l’Inde dans les années 1820, pour procurer de la main d’œuvre à bas coût à leurs plantations. Environ 52% des cueilleurs sont des femmes.
Elles sont plutôt isolées des autres communautés. Elles sont extrêmement pauvres et ne peuvent pas bénéficier de congés de maternité. Le Sri Lanka est le quatrième plus grand producteur de thé au monde. Une industrie particulièrement rentable favorisant la balance commerciale du pays. Pour autant, les cueilleuses de thé sont défavorisées et sans terre. Elles vivent dans des communautés pauvres et isolées du reste de la société, aussi bien politiquement qu’économiquement.

La déforestation en cause

Par ailleurs, le léopard du Sri Lanka est l’une des espèces félines les plus rares au monde, ajoutant un degré de complication à l’affaire. Les experts environnementaux disent qu’on en trouve près de neuf cent dans le pays. Plusieurs seraient morts l’année dernière, mais la mort de centaines d’autres pourrait n’avoir pas été reportée, car des fermiers ont l’habitude de laisser de la nourriture empoissonnée, parmi d’autres méthodes.
Comme les léopards ont beaucoup de mal à se nourrir dans la jungle, certains ont été vus en train de parcourir les plantations de thé ces deux dernières années, d’après Arul Swamy, qui travaille pour le Ceylon Workers Congress (Congrès des travailleurs de Ceylan). Swamy explique que les herbes hautes poussant dans les plantations les rendent plus facilement accessibles aux léopards, aux serpents et autres animaux, qui s’y infiltrent depuis les forêts alentours sans pouvoir être détectés.
Le dernier cas d’attaque d’un léopard sur un groupe de travailleurs de Hatton souligne également le danger qu’a représenté pour eux l’interdiction, en octobre 2015, du glyphosate, un insecticide populaire. Swamy ajoute que les attaques de janvier, au cours desquelles sept personnes ont été blessées, et qui ont bloqué le travail pendant trois jours, reflètent les conditions de travail dans les plantations, qui s’apparentent de plus en plus à la jungle.
« La plupart des enfants de cueilleuses de thé quitteront les plantations pour chercher meilleures opportunités à Colombo ou dans d’autres villes », confie Swamy. Les activistes environnementaux disent que les conflits des léopards face aux communautés locales viennent de la déforestation, et que beaucoup de morts de félins ne sont pas reportées. Arulthas, activiste écologiste chrétien dans le district de Kandy, explique que les léopards n’ont pas l’habitude de s’en prendre aux hommes, et que les animaux eux-mêmes risquent de se faire tuer durant la nuit. « Les gens ont détruit des parcelles de forêt pour faire pousser du thé, ce qui prive les animaux de nourriture et d’eau ; c’est donc un problème très compliqué », regrette Arulthas. « Ce problème dure depuis des années, mais malheureusement, peu y prêtent attention ou essaient de trouver une solution. »
Un officier du département pour la conservation de la faune sauvage, qui tient à rester anonyme, explique que les léopards préfèrent vivre dans les vallées et sur les pentes raides dans les régions encaissées, et ne migrent vers les régions peuplées que par nécessité, quand leur survie en dépend. L’officier ajoute que son département a entendu parler de plusieurs cas de félins tués, et qu’ils envisagent de lancer un programme de mise en garde pour instruire la population sur la situation.
En attendant, en dépit des risques, les cueilleuses continuent de se rejoindre les plantations pour pouvoir joindre les deux bouts.

Copyright

 Ucanews