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Asie du Sud - Sri Lanka

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Un nouvel évêque pour Jaffna

Un nouvel évêque pour Jaffna

08/12/2015

Le 28 novembre dernier, lors d’une matinée pluvieuse, le diocèse de Jaffna, au nord du pays, a célébré, à la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption, l’ordination épiscopale de son nouvel évêque, Mgr Justin Bernard Gnanapragasam. Parmi les nombreux participants à l’événement : le nonce apostolique, ...

... Mgr Pierre Nguyên Van Tot, le cardinal archevêque de Colombo, Mgr Malcolm Ranjith, treize évêques et 500 prêtres et religieuses.

« Nous espérons que notre nouvel évêque s’impliquera dans nos combats et nos difficultés quotidiennes, tel un frère et un leader spirituel », a déclaré à l’agence Ucanews, Anjalidevi Pushparatha, veuve de 56 ans, dont le mari a été tué lors d’une attaque militaire en 2008.

 

 

Région majoritairement tamoule et bastion de la rébellion durant la guerre civile qui a opposé Cinghalais et Tamouls pendant 26 ans, la région de Jaffna reste encore très sensible politiquement, avec une forte présence de militaires, toujours très influents dans la péninsule, six ans après la fin de la guerre qui s’était soldée par un massacre de civils dans la région.

De nombreux chantiers attendent donc le nouvel évêque, avec, comme principal défi, la paix et à la réconciliation. Mgr Gnanapragasam aura en effet à composer avec d’une part, un clergé local et une communauté catholique amputée et profondément marquée par la guerre, et d’autre part des forces militaires qui contrôlent la région, alors que la population reste très hostile à l’armée gouvernementale, accusée, ces dernières années, de disparitions forcées et de violations des droits de l’homme.

« J’élèverai la voix au nom des veuves de guerre, des prisonniers politiques et des personnes qui se trouvent toujours dans des camps de rétention. Six ans après, il est urgent d’aider rapidement les victimes », avait notamment déclaré le nouvel évêque lors de sa nomination, en octobre dernier. D’après le ministère de l’Enfance et de la Condition féminine, Jaffna compterait 27 000 veuves de guerre qui ont charge de famille. Plus de 4 000 personnes seraient toujours incarcérées dans des camps de rétention, dont des centaines de prisonniers politiques tamouls, incarcérés depuis des années, sans motif d’inculpation.

Autre défi : celui de la restitution des terres confisquées aux Tamouls durant le conflit. « Beaucoup de victimes de guerre ne peuvent toujours pas rentrer chez elles et attendent qu’on leur restitue leurs biens », a précisé le nouvel évêque de Jaffna. « L’inquiétude et l’anxiété du peuple tamoul seront entendues et les autorités concernées seront informées, afin de mettre en place des actions qui viendront alléger leurs souffrances », a-t-il ajouté.

Autre chantier important : celui de la reconstruction des lieux de culte afin que les fidèles puissent de nouveau se rassembler, que ce soient les églises détruites par les bombardements ou celles tombées en ruine après des décennies de conflit.

Pour certains prêtres du diocèse de Jaffna, présents lors de l’ordination épiscopale, un des plus grands défis de l’Eglise catholique locale reste de mettre en pratique Vatican II. « On néglige complètement le social », souligne l’un d’entre eux, pendant qu’un autre ajoute : « Le clergé ne vit pas assez au milieu des gens. »

Si les attentes vis-à-vis du nouvel évêque sont fortes, le contexte politique et social du Sri Lanka lui semble favorable. En effet, depuis début 2015, date de l’élection du président Maithripala Sirisena, qui cherche à mettre en œuvre un programme de réformes « de bonne gouvernance » et de réconciliation, la situation politique et sociale entre les différentes composantes ethniques et religieuses de la société sri-lankaise semble plus apaisée. Ainsi, en mai 2015, pour le sixième anniversaire de la fin de la guerre civile, les Tamouls de la Province du Nord – où se trouve Jaffna – ont, pour la première fois, reçu l’autorisation de célébrer ouvertement la mémoire de leurs morts, le gouvernement ayant en partie levé les interdictions liées à cette commémoration.

Autre point encourageant : suivant les recommandations de la Commission d’enquête de l’ONU, le gouvernement a décidé de créer un Cour spéciale chargée d’examiner les crimes de guerre commis à l’encontre des civils. Elle devrait être effective début 2016. « Nous avons confiance. La réconciliation est proche, l’atmosphère politique et sociale du pays est de bon augure et les différentes parties au conflit sont déterminées à tourner la page et à travailler ensemble à la paix et à la prospérité », a récemment déclaré le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo. « Les fondements de la réconciliation sont la vérité et la justice, et les leaders religieux du pays seront activement impliqués dans le processus de réconciliation nationale », a-t-il précisé. Un « Conseil spécial de clémence », qui rassemblera les responsables religieux du pays, sera chargé d’entendre les personnes déclarées coupables par la Cour spéciale, à savoir les personnes qui auront reconnu leurs crimes et formulé une demande de pardon ; et ce conseil prononcera une peine en guise de réparation, sous forme de service social ou d’actes de solidarité envers les victimes.

Avant sa nomination comme évêque de Jaffna, Mgr Gnanaprasam, 67 ans, était vicaire général du diocèse, directeur de la presse diocésaine et professeur à l’université de Jaffna. Originaire de la région – il a grandi dans le village de Karampon, sur l’île de Kayts –, il a été ordonné prêtre le 24 avril 1974. Après avoir été vicaire dans différentes paroisses, il est parti étudier en Angleterre en 1986, en pleine guerre. De retour au Sri Lanka, il est devenu recteur du collège Saint-Henry, à Ilavalai, puis recteur du collège Saint-Patrick, l’un des grands collèges de la ville de Jaffna. Il succède à Mgr Thomas Savundaranayagam, qui avait présenté sa démission pour limite d’âge en 2013.

Depuis l’indépendance, les quatre évêques qui ont été nommés à Jaffna, tous tamouls, sont tous quatre originaires de l’île de Kayts... Ils ont également suivi le même cursus scolaire : école Saint-Antoine de Kayts, puis le collège Saint-Patrick de Jaffna. Pourquoi Kayts ? D’après certains prêtres du diocèse, cela s’explique d’une part par la qualité de l’enseignement dispensé dans ces établissements et d’autre part par le poids de la tradition dans l’Eglise catholique au Sri Lanka. Historiquement, l’île de Kayts, qui fait face à la ville de Jaffna, serait la première région de la péninsule de Jaffna à avoir été évangélisée, lors de l’arrivée des Portugais dans l’île au XVIe siècle.

Le diocèse de Jaffna abrite près de 250 000 catholiques pour une population de 1,5 million d’habitants. Il compte 59 paroisses servies par 162 prêtres, 230 religieuses et 31 séminaristes.

(eda/nfb)