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Asie du Sud - Sri Lanka

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La visite du pape François en janvier prochain s’inscrit dans un contexte tendu

La visite du pape François en janvier prochain s’inscrit dans un contexte tendu

09/09/2014

Après la visite que le pape François a effectuée en Corée du Sud le mois dernier, le programme de son prochain déplacement en Asie se précise. Le pape partira de Rome le 12 janvier prochain pour Colombo, au Sri Lanka, où il passera deux jours, avant de poursuivre son voyage aux Philippines, ...

... où il atterrira le 15 janvier et passera quatre jours.

Les grandes lignes du programme de la visite au Sri Lanka ont été rendues publiques fin août. Le pape François atterrira à l’aéroport international de Colombo à 9h du matin, le 13 janvier, et se rendra à l’archevêché de la ville, où il sera accueilli par le cardinal Malcolm Ranjith, archevêque du lieu, et où il rencontrera l’ensemble des évêques de l’Eglise du Sri Lanka. Après un déjeuner sur place, il sera reçu au palais présidentiel par Mahinda Rajapaksa et poursuivra par une rencontre avec des responsables des autres religions présentes dans le pays. Le lendemain, le pape devrait célébrer une messe sur Galle Face Greens, immense esplanade située en front de mer au centre de Colombo, avant de partir pour le sanctuaire marial de Notre-Dame de Madhu, 300 km plus au nord, dans le diocèse de Mannar.

Au-delà du strict énoncé du programme officiel, cette visite – la première d’un pape dans le pays depuis la venue de Jean-Paul II en janvier 1995 – s’inscrit dans un contexte tendu. Dès que ce projet de voyage a commencé à être rapporté dans la presse, les mouvements radicaux et ultranationalistes animés par des moines bouddhistes cinghalais ont fait connaître leur hostilité à la perspective de la visite papale. Le plus célèbre d’entre eux est Galagoda Atte Gnanasara, leader de Bodu Bala San (BBS, Force bouddhiste), organisation de moines bouddhistes fondée en 2012 et connue pour la virulence de ses prêches haineux à l’encontre des minorités religieuses du pays. Par voie de communiqué, Galagoda Atte Gnanasara a déclaré : « Le pape François devra présenter des excuses aux bouddhistes pour les atrocités commises par les gouvernements coloniaux chrétiens en Asie du Sud. J’attends de voir ce que le pape va dire au sujet des crimes qui ont été commis ici. » (Entre 1505 et 1948, le Sri Lanka a été sous domination portugaise, hollandaise puis britannique.)

L’annonce de la visite du pape au sanctuaire de Madhu a également été perçue comme une agression par ces moines extrémistes. Situé dans le nord du pays, en pleine jungle, le site de Madhu a été au cœur de la guerre civile qui a déchiré ce pays entre 1983 et 2009, date de la défaite militaire des Tigres tamouls. Une statue de la Vierge y est vénérée, statue apportée dans la région par un groupe de catholiques persécutés par les Hollandais au XVIème siècle. Depuis 400 ans, « la Dame de Madhu » est vénérée par les chrétiens, les bouddhistes et les hindous du Sri Lanka, qu’ils soient cinghalais ou tamouls.

Au début du conflit, le sanctuaire marial, malgré sa position exposée, aux confins de la Province du Nord, avait bénéficié d’une relative protection due à la vénération pour Notre-Dame de Madhu manifestée par l’ensemble de la population sri-lankaise, toutes ethnies et religions confondues. Dans les années 1990, le site avait même abrité des milliers de réfugiés fuyant les combats. Mais avec le durcissement du conflit, le sanctuaire s’était retrouvé progressivement sous les feux croisés des deux parties. En 1999, un bombardement avait tué 44 personnes, et blessé de nombreux pèlerins, les armées rebelles et gouvernementales se renvoyant mutuellement la responsabilité du massacre. Durant les combats, l’Eglise catholique et d’autres responsables religieux n’avaient eu cesse, en vain, de demander au gouvernement sri-lankais de déclarer le sanctuaire « zone de paix ».

C’est donc ce sanctuaire, symbole de paix situé en pays tamoul, que le pape viendra visiter. En mai dernier, à Rome, à l’occasion de la visite ad limina des évêques sri-lankais, le pape François avait insisté pour que les catholiques du Sri Lanka, qui ont la particularité d’être présents à la fois au sein de la majorité cinghalaise de la population et de la minorité tamoule –, contribuent « en collaboration avec les membres de la société, au travail de réconciliation et de reconstruction ».

« Une telle contribution nécessite la promotion de l’unité. En effet, alors que le pays cherche son chemin vers la réunification et la réconciliation, l’Eglise se trouve dans une position unique pour offrir une image vivante d’unité dans la foi puisqu’elle a la bénédiction de compter en son sein à la fois des Cinghalais et des Tamouls », avait souligné le pape devant les évêques. Des évêques qui sont eux aussi traversés par les divisions qui, par ailleurs, déchirent la population de leur pays. En se rendant à Madhu, le pape se trouvera sur le territoire du diocèse de Mannar, dont l’évêque, Mgr Rayappu Joseph, est régulièrement l’objet de menaces de la part des autorités. Son engagement auprès des populations tamoules – et surtout ses nombreux appels à l’ONU à l’origine de l’enquête qui pointe du doigt aujourd’hui l’implication du gouvernement sri-lankais dans les crimes de guerre perpétrés à l’encontre des civils – ont été sévèrement critiqués par le cardinal Malcom Ranjith, archevêque de Colombo et figure centrale de l’Eglise catholique dans l’île.

(eda/ra)