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Asie du Sud - Sri Lanka

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Représailles à l'encontre des minorités suite à la résolution de l’ONU

Représailles à l'encontre des minorités suite à la résolution de l’ONU

10/04/2014

Alors que les Nations Unies viennent de voter une résolution afin de contraindre Colombo à accepter une enquête sur crimes de guerre, l’heure est aux représailles et à la réaffirmation de « l’autorité suprême » de l’Etat. Plusieurs organisations tamoules ont été interdites...

 

... tandis que les groupes bouddhistes extrémistes voient leur pouvoir renforcé.

Le 27 mars dernier lors de sa session à Genève, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a fait injonction à Colombo d’accueillir sur son territoire une « investigation internationale sur les allégations de crimes de guerre » durant la dernière phase du conflit civil, qui s'est achevé en 2009 (1).

Le gouvernement sri-lankais n’ayant pas donné suite aux deux résolutions antérieures de l’ONU lui demandant de mener une enquête nationale « impartiale et transparente », c’est le Haut-Commissariat aux droits de l’homme qui sera chargé de faire la lumière sur les allégations de violations des droits de l’homme et crimes de guerre. Les Nations Unies ont également demandé au Sri Lanka de répondre des agressions qui se poursuivent à l’heure actuelle contre des civils tels que « des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des membres des minorités religieuses (...) », ainsi que des attaques contre « les temples, les mosquées et les églises ».

La réponse de Colombo ne s’est pas fait attendre : lundi 7 avril, le ministre des Affaires étrangères Gamini Lakshman Peiris a réaffirmé au cours d’une conférence de presse qu’il n’y aurait aucune coopération du Sri Lanka avec les Nations Unies et que le gouvernement « niait fermement toute accusation calomnieuse sur l’attitude des forces armées envers les civils ».

Se faisant plus précis, le ministre a ironisé : « Il faudra qu’ils [les membres de l’ONU] nous expliquent comment ils comptent s’y prendre ! (...) Personne ne peut venir ici sans l’accord du gouvernement du Sri Lanka. Or, nous avons clairement signifié notre refus de collaborer avec l’équipe d’investigation ou de participer en quoi que ce soit à l'enquête ... ».

Cette fin de non-recevoir de Colombo intervient au moment où il est fait état de représailles menées sur l’île à l’encontre des militants des droits de l’homme et des leaders des minorités qui « ont participé aux délations devant les Nations Unies ».

Ces derniers jours, seize organisations de la diaspora tamoule qui avaient témoigné à Genève et demandé une enquête internationale contre les crimes de guerre au Sri Lanka, ont été placées par le gouvernement sur une liste noire, au nom de la « protection contre le terrorisme ». Selon le Prevenion of Terrorism Act, tout membre de ces organisations interdites est désormais susceptible d’être arrêté et détenu sans procès s’il « est pris sur le territoire sri-lankais ».

Le 9 avril dernier, Human Rights Watch (HRW), ONG de défense des droits de l’homme basée aux Etats-Unis, a réagi vivement à cette interdiction desdites organisations tamoules, demandant à Colombo de justifier ses accusations de « collusion terroriste » à leur encontre. « Cette sanction inacceptable n’a pour seul but que de punir les militants tamouls qui depuis le Sri Lanka entretiendraient des liens quelconques avec l’étranger », a dénoncé Brad Adams, directeur d’HRW pour l’Asie.

Quant aux organisations musulmanes, elles ont une nouvelle fois fait part de leurs craintes concernant le Bodu Bala Sena (BBS, Force bouddhiste), a rapporté le 9 avril le journal en ligne Colombo Gazette. Dans une lettre ouverte adressée au président Mahinda Rajapaksa, et envoyée en copie aux médias, le Muslim Council of Sri Lanka, le Sri Lanka Jamath-e-islami, le All Ceylon Jammiyyathul Ulama ainsi que douze autres organisations musulmanes se sont plaint que le BBS continuait « d’inciter à la haine contre les musulmans », notamment dans le cadre de leur réinstallation dans la province du Nord.

Cette lettre paraît quelques jours seulement après l’acquittement très médiatisé de Galabodada Aththe Gnanasara, secrétaire général du BBS, connu pour ses prêches enflammés contre les minorités religieuses et ses attaques d’églises et de mosquées. Le 2 avril, la Haute Cour de Colombo a déclaré non coupable le leader du BBS, ainsi que treize autres bouddhistes, comparaissant pour l’attaque d’une église chrétienne il y a six ans, les blanchissant des onze charges qui pesaient sur eux.

Le 6 juillet 2008, l’église chrétienne du Calvaire de Thalahena, à Malabe, était attaquée et saccagée par une foule de bouddhistes en colère menée par des bonzes, avec à leur tête Galaboda Aththe Gnanasara. Les deux pasteurs avaient été frappés et des objets de valeurs avaient également été dérobés au cours de l’attaque.

La Cour a motivé son verdict par l’absence de certificats médicaux des victimes prouvant la gravité de l’agression, et le fait qu’aucun rapport de police n’étayait clairement les affirmations des témoins (selon ces derniers, les forces de l’ordre ont assisté à l’émeute sans bouger, allant même jusqu’à prêter main forte aux assaillants).

L’annonce de la relaxe du chef du BBS a été accueillie sans surprise par la communauté chrétienne, dont les plaintes contre les attaques régulières de leur communauté par les membres de l’organisation bouddhiste nationaliste sont restées sans effet jusqu’à présent.

Ce n’est pas la première fois que Galabodaaththe Gnanasara, réputé proche du ministre de la Défense Gotabhaya Rajapaksa, est acquitté par les tribunaux, au cours de ses nombreux passage en justice pour faits de violence, actes racistes, conduite en état d’ivresse et délit de fuite, rappelle le Tamil Guardian.

Une avalanche de commentaires a accueilli l’annonce de l’acquittement du bonze nationaliste sur le site en ligne du Daily Mirror, certains lecteurs dénonçant une « intolérable impunité » et le « muselage de toute opposition dans le pays », tandis que d’autres rétorquaient qu’il était temps pour le Sri Lanka de se « débarrasser des non-cinghalais et des non-bouddhistes »

Cette année, le Sri Lanka est apparu pour la première fois sur la liste noire de l’ONG Open Doors International. Cette dernière a souligné l’émergence brutale depuis juillet 2012 d’un nationalisme bouddhiste d’une grande intolérance et particulièrement agressif envers les Eglises chrétiennes, qui ont subi cette année des centaines d’attaques.

(eda/msb)

Notes

(1) Le plus long conflit séparatiste d’Asie s’est achevé le 18 mai 2009 avec la reddition des Tigres tamouls (Tigres de libération de l’Eelam tamoul, LTTE), encerclés par l’armée sri-lankaise. Les Nations Unies et la plupart des ONG estiment à plus de 100 000 le nombre des morts durant la guerre civile séparatiste, dont 40 000 civils massacrés lors de l’assaut final de l’armée contre le LTTE.