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Asie du Sud - Sri Lanka

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Que de plaies à panser ! [ Bulletin EDA n° 95 ]

16/09/1990

La Commission pour la Paix, la justice et le développement, au diocèse de Jaffna, durement frappé par la guerre civile qui sévit dans les régions tamoules du nord et de l'est du pays, s'est émue des récentes actions guerrières menées dans la région par les troupes gouvernementales contre les réduits où se sont enfermés les rebelles. Après analyse de la situation, elle a pris l'initiative d'envoyer à son tour une lettre au président Ranasinghe Premadasa, mais en se plaçant sous un angle différent de celui adopté par le groupe de chrétiens qui, récemment, avait ressorti une ancienne proposition de fédéralisation (9).

Elle y critique surtout les attaques aériennes sur les lieux habités, en décrivant par le menu les ravages qu'elles font dans la population civile depuis la reprise des hostilités le 13 juin 1990, et les ruines qu'elles accumulent en ville : la cathédrale, des écoles, des couvents, des hôpitaux, des hommes ont été touchés ces derniers jours, tandis que de nombreuses familles se trouvent désormais sans abri, que des douzaines de citoyens paisibles ont été mortellement blessés, et que des centaines de milliers de gens ont fui dans la campagne où plus de 300 camps de fortune ont dû être hâtivement établis pour les accueilir.

Sans doute ces bombardements ont-ils préparé l'offensive, déclenchée le 22 août, qui a permis aux forces loyalistes de s'emparer d'importantes positions stratégiques dans la région, concède le document, qui conteste pourtant la mise en oeuvre de tels moyens visant une portion du territoire national et, dans celle-ci même, des quartiers urbains, où ls provoquent "des destructions aveugles et massives pour les vies et les biens". Signé par le président et le secrétaire de la commission diocésaine, le P. Emmanuel Plus et M.A. Santhiapillai, le message fait état des "résultats négatifs pour le gouvernement" de ces actions qui traumatisent inutilement "un nombre considérable de personnes innocentes, pacifiques et sans défense parmi le tout-venant de la population civile" et font surgir en elle des sentiments d'antipathie et de revanche à l'égard de ceux qu'elle estime être les responsables de son malheur.

En contrepoint de cet effrayant tableau, la commission propose au chef de l'Etat un plan en sept points qui pourrait conduire à un cessez-le-feu, à la faveur duquel un groupe d'étude pourrait enfin présenter les mesures susceptibles de régler définitivement le problème ethnique qui est au coeur de l'insurrection tamoule, vieille déjà de sept ans... Que ce projet soit ou non repris par le président, le texte en tout cas fait appel à sa sagesse pour qu'il rappelle et fasse en sorte que "les normes humanitaires soient respectées par toutes les parties, y compris l'armée nationale".

De son côté, l'Eglise méhodiste, dans un communiqué publié le 26 août, condamne les récents massacres de la population, les agressions injustifiées et brutales ainsi que les bombardements d'objectifs non militaires à Jaffna. S'adressant particulièrement à tous les hommes politiques, quel que soit leur parti, elle les invite avec insistance "à se réunir pour affronter la menace qui pèse sur le pays et oeuvrer en vue de la cessation des hostilités".

Deux jours plus tard, à Colombo, se déroulait la traditionnelle cérémonie de la grande bénédiction des malades, au cours du pèlerinage annuel à Notre-Dame de Lanka, dans la basilique de Tewatte, un faubourg de la capitale. S'adressant à une foule plus dense que d'habitude - on fêtait le 50ème anniversaire de la mise en route de cette célébration - et venue de tous les coins du pays, Mgr Nicholas Marcus Fernando, archevêque du lieu, la fit prier non seulement pour les nombreux malades et handicapés qui participaient à la réunion et souhaitaient "une intervention divine pour guérir leurs propres maux physiques", mais aussi "pour notre pays tout entier qui est si mal portant, et pour nos frères qui ont tant à souffrir en raison de la situation qui prévaut dans le Nord et l'Est déchirés par la guerre". Et son confrère et voisin Mgr Vianney Fernando, évêque de Kandy, d'exciter la foi et la confiance des pèlerins en la Vierge Marie et en son pouvoir d'intercession auprès de son Fils, pour que le calme règne à nouveau sur toute l'île, faisant remarquer que "notre pays malade a besoin d'une guérison miraculeuse !"

Les 350 000 personnes présentes étaient conduites par des centaines de prêtres et de religieuses ainsi que 9 évêques, dont le pro-nonce Mgr François Bacque. La partie tamoule était représentée par l'évêque de Mannar, diocèse septentrional. Ses collègues de Jaffna et de Trincomalee-Batticaloa - ce dernier siégeant à l'est - n'avaient pu se déplacer.

Notes

(9) EDA 93, pp. 7-8<br />