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Asie du Sud - Pakistan

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Le Pakistan veut expulser 18 ONG internationales

Le Pakistan veut expulser 18 ONG internationales

12/10/2018

Depuis quelques années, le gouvernement pakistanais met des bâtons dans les roues aux ONG caritatives internationales qui œuvrent sur son sol. En fin de semaine dernière, 18 d’entre elles ont reçu l’ordre de cesser leurs activités et de quitter le pays dans un délai de soixante jours. Reste à savoir à présent si ces décisions seront mises à exécution.

Annoncé publiquement vendredi dernier par un porte-parole de l’organisation humanitaire britannique ActionAid, le couperet est tombé. Les autorités pakistanaises ont en effet ordonné à 18 organisations humanitaires internationales de mettre un terme à leurs activités et de quitter le sol pakistanais. Une lettre du ministère de l’Intérieur a ainsi stipulé à ActionAid « de liquider ses opérations dans les soixante jours ». Certaines des autres ONG concernées ont également reçu une notification du rejet de leur enregistrement au Pakistan. La plupart d’entre elles sont américaines, dans un climat de relations difficiles entre les États-Unis et leur allié pakistanais, Washington reprochant à Islamabad de ne pas en faire suffisamment dans la lutte contre le terrorisme. En tout, sont ainsi visées 9 ONG américaines, 3 britanniques, 2 hollandaises, les autres étant irlandaise, danoise, suisse et italienne. Parmi elles se trouve Catholic Relief Services, une ONG catholique américaine. En décembre dernier, certaines de ces organisations caritatives, dont ActionAid, avaient déjà reçu des avis d’expulsion. Elles avaient pu faire appel et l’ordre n’avait pas été implémenté. Mais le véritable durcissement des autorités à l’égard des humanitaires étrangers remonte à 2015, avec l’instauration de procédures d’enregistrement plus complexes. Le Pakistan leur avait alors demandé de renouveler leur enregistrement pour « assurer la transparence de (leur) système de comptabilité ». Et le pays n’avait pas caché sa volonté d’identifier les organisations qui travailleraient « contre l’intérêt national pakistanais ».

Des avis d'expulsion illégaux

À Islamabad, les autorités avaient également verrouillé, en 2015, les locaux de l’ONG Save the Children après 35 années de présence de cette organisation dans le pays. Dès 2012, un rapport des services de renseignements pakistanais avait lié Save the Children à un médecin local, Shakeel Afridi, accusé d’avoir mené une fausse campagne de vaccinations sous le nom de Save the Children. Sa couverture lui avait permis d’aider la CIA à traquer et à intercepter Oussama Ben Laden en 2011. Ce docteur est emprisonné depuis 2011 et Save the Children a toujours nié ces accusations. Mais depuis, les services de renseignement pakistanais soupçonnent les ONG étrangères d’opérer et d’espionner pour le compte de pays étrangers.
Active au Pakistan depuis 1992, ActionAid est quant à elle spécialisée dans l’éducation, la lutte contre la pauvreté et la défense des Droits de l'Homme. L’organisation affirme que l’avis d’expulsion qu’elle a reçu équivaut à « une attaque contre la société civile et les organisations de défense des Droits de l'Homme ». Elle a rappelé qu’aucune raison n’avait été mentionnée pour justifier l’ordre d’expulsion. Cette décision s'inscrit dans « l’inquiétante recrudescence récente d'attaques contre la société civile, les intellectuels et les journalistes, a estimé ActionAid dans un communiqué. Si cette tendance se poursuit, c’est la démocratie pakistanaise chèrement gagnée qui en sera la victime ultime. » Depuis, plusieurs organisations demandent aux autorités de revoir leur décision. « Nous pensons que cette décision pourrait avoir un impact négatif sur les projets de développement du pays et sur son image internationale », ont déclaré, mardi, des membres de la société civile représentant plusieurs forums. Ces derniers ont rappelé que le secteur des ONG internationales avait bénéficié, en 2017, à 34 millions de Pakistanais et que les avis d’expulsions étaient en violation avec les droits garantis par la Constitution.

(EDA / Vanessa Dougnac)

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Photo Vicki Francis / Department for International Development