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Asie du Sud - Pakistan

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Interdiction des conversions forcées dans la province du Sind

Interdiction des conversions forcées dans la province du Sind

14/12/2016

Inédite au Pakistan, une décision des autorités de la province du Sind interdit désormais la conversion forcée des jeunes filles hindoues, une condition souvent imposée lors d’un mariage avec un homme musulman. Au Pakistan, le droit de la famille est géré au plan régional, et il s’agit donc d’une initiative ...

... concernant une province qui abrite la plus grande partie de la minorité hindoue du pays et qui compte 50 millions d’habitants, soit un quart de la population du Pakistan.

D’après cette nouvelle loi votée à l’unanimité le 22 novembre dernier par l’assemblée législative provinciale, toute personne forçant une mineure à se convertir est passible d’une lourde peine de prison et d’un dédommagement financier à verser à la victime. « Il est nécessaire de criminaliser les conversions forcées et de protéger ceux qui sont victimes de cette pratique abjecte », précise le texte de la loi. Un délai de 21 jours est également obligatoire avant d’enregistrer toute conversion religieuse.

Une loi bienvenue mais dont la portée reste à évaluer

Pour l’ensemble des minorités, c’est une bonne nouvelle. « Nous saluons ce verdict historique, a ainsi déclaré à l’agence catholique Ucanews le P. Abid Habib, ancien président de la Conférence des supérieurs majeurs du Pakistan. La situation était très douloureuse pour les familles hindoues qui n’avaient plus d’espoir de revoir leurs enfants, une fois enlevées. Les choses on été aggravées par le fait que la police et les tribunaux adoptent systématiquement le point de vue de la partie musulmane. »

« La loi fonctionnera seulement quand le système judiciaire saura être impartial », a toutefois tempéré le P. Habib. Ce religieux travaille dans le district de Mirpurkhas où la population est majoritairement hindoue ; il y observe des enlèvements de mineures qui ont lieu dans le contexte des conversions forcées. « De nombreuses familles ont quitté la province en raison de cette injustice », souligne-t-il.

Près d’un millier de jeunes filles issues des communautés hindoues (2,5 % de la population) et chrétiennes (1,6 %) sont ainsi forcées à la conversion chaque année. Ces chiffres sont inférieurs à la réalité, puisque les familles sont généralement réticentes à porter plainte auprès de la police. Dans le Sind, les ouvriers agricoles hindous travaillant pour les propriétaires terriens musulmans subissent en particulier ce sort. D’après le Movement for Solidarity and Peace, une organisation qui se bat contre les violences religieuses, les filles forcées aux conversions sont régulièrement battues et violées. Si les familles signalent ces crimes à la police, l’accusé répond généralement que la fille s’est convertie de sa propre volonté.

Une arme face aux conversions forcées des hindoues

Dans la province du Sind, les hindous ne sont pas les seuls à subir ce type de persécution puisqu’il touche également les minorités chrétiennes et sikhes. D’après le quotidien indien The Hindu, en 2015, ils étaient près de 200 000 hindous et sikhs à avoir fui le Pakistan, le Bangladesh et l’Afghanistan, pour venir trouver refuge en Inde et mettre leurs femmes à l’abri.

Néanmoins, en février dernier, une nouvelle législation avait fait un premier pas important en imposant dans le Sind l’obligation de légaliser officiellement les mariages hindous. Les époux doivent ainsi être âgés d’au moins 18 ans, dans un contexte où, d’après l’Unicef, au moins 3 % des filles pakistanaises sont mariées avant l’âge de 15 ans et 21 % avant 18 ans. Cette reconnaissance du mariage hindou avait été perçue comme une arme face aux conversions forcées. Dans un pays où l’union civile est inexistante, elle a comblé un vide juridique depuis la création en 1947 de l’Etat pakistanais. Elle concerne les hindous qui, contrairement aux musulmans et aux chrétiens, ne pouvaient faire enregistrer leur mariage auprès des autorités civiles, ce qui rendait leur quotidien très compliqué, notamment en matière d’obtention de papiers d’identité, de droit de propriété ou d’héritage. Le Pakistan ne reconnaissant pas leur statut matrimonial, les femmes hindoues étaient considérées comme célibataires bien que mariées à un hindou, et étaient ainsi des proies faciles pour les auteurs d’enlèvements de femmes non musulmanes.

Désormais, avec l’interdiction des conversions des jeunes hindoues, la province du Sind franchit un pas supplémentaire dans la protection des droits des minorités, en dépit d’un contexte musulman conservateur et initialement hostile à la législation. « Les pratiques du Moyen-âge doivent cesser, a déclaré à Ucanews un membre de l’Assemblée législative. Cette loi offre également espoir et protection aux autres communautés. »

Des minorités peu satisfaites de la situation sécuritaire

Car les membres des minorités continuent à se sentir traités en citoyens de seconde zone et la question de leur sécurité reste préoccupante. En juin 2014, la Cour suprême du Pakistan avait exigé de l’Etat une meilleure protection des droits des minorités religieuses et ethniques en instaurant un comité national dédié à ces enjeux, notamment au plan sécuritaire. L’initiative avait été lancée après l’attentat-suicide de 2013 perpétré à la sortie de la messe d’une église de Peshawar qui avait tué 85 chrétiens, soit l’attaque la plus meurtrière contre la communauté chrétienne du pays.

Mais la mise en place concrète du comité est lente et décevante. Une étude récente du Center for Social Justice (CSJ) critique la « léthargie du gouvernement » et une application insatisfaisante des directives de la Cour suprême. Les effets ne sont pas visibles, à tel point que les attaques de 2015 à Youhanabad, le quartier chrétien de Lahore, avaient ainsi eu lieu cinq jours après une évaluation sécuritaire du gouvernement du Pendjab. Selon le CSJ, « l’échec des gouvernements provinciaux à sécuriser les lieux de culte a rendu possible les attaques sur les communautés minoritaires ». Pour Mgr Alexander John Malik, évêque anglican de Lahore, cité par l’agence Ucanews, « nous avons désespérément besoin d’un comité national pour veiller à nos intérêts. La sécurité de nos églises laisse à désirer, et il n’est pas rare de voir un policier de garde jouer sur son téléphone portable durant les messes du dimanche ». En théorie, les églises se doivent de fournir les horaires des célébrations au commissariat de police qui envoie quatre à cinq policiers surveiller le déroulement.

(eda/vd)