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Asie du Sud - Pakistan

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A Karachi, une chapelle a été ouverte au sein d’un établissement pénitentiaire

A Karachi, une chapelle a été ouverte au sein d’un établissement pénitentiaire

23/08/2016

Dans un pays où les chrétiens, qui représentent une minorité de 1,5 % de la population, souffrent de discrimination récurrente, les autorités d’une des deux plus importantes prisons de Karachi, la métropole portuaire du sud du pays, ont donné leur autorisation à l’édification d’une chapelle dans ...

... l’enceinte de leur établissement pénitentiaire.

L’inauguration de la chapelle – une simple salle de quelques dizaines de mètres carrés, ornée d’une croix – a eu lieu le 5 août dernier. Le lieu de culte chrétien a été édifié à quelques mètres seulement de la mosquée de la prison, et son financement a été assuré par des ONG chrétiennes locales. Les autorités de la prison, la Landhi Jail – une prison municipale de 1 300 places mais qui accueille actuellement près de 4 500 détenus –, ont mis en avant à cette occasion la liberté de culte dont sont supposés jouir les prisonniers. « Les détenus non musulmans peuvent aisément et librement pratiquer leur culte », a ainsi expliqué Ishtiaq Awan, haut gradé de la police, présent lors de l’inauguration.

Le haut-fonctionnaire a également précisé qu’en temps normal, les détenus non musulmans étaient mêlés aux détenus musulmans et que ce n’était qu’à certaines occasions, notamment pour Noël et Pâques, que les chrétiens étaient réunis dans des bâtiments à part « afin pour eux de célébrer leurs fêtes [religieuses] », de même que l’Aïd, par exemple, était célébré par l’ensemble des détenus musulmans.

Le responsable a toutefois passé sous silence les difficultés auxquelles font face les détenus chrétiens. Issus le plus souvent des couches les plus pauvres de la société, ils se retrouvent en prison encore plus démunis que les autres détenus, où ils sont régulièrement en butte aux pressions de leurs codétenus musulmans qui voudraient les voir se convertir à l’islam. Les associations chrétiennes qui œuvrent dans les prisons, telles Prisons Mission Society of Pakistan, rapportent aussi que les détenus chrétiens ne reçoivent que rarement des visites de leurs proches car, bien souvent, ces derniers sont dans l’incapacité financière de soudoyer les gardiens ou l’administration de la prison afin d’obtenir des permis de visite. Selon ces mêmes associations, des détenus condamnés pour des délits relativement mineurs restent derrière les barreaux, faute d’être en mesure de payer les amendes qui, si elles étaient réglées, leur permettraient de recouvrer la liberté.

De même, en dépit du fait que la Constitution pakistanaise garantisse aux Pakistanais la liberté de culte, les lieux de culte autres que musulmans dans les institutions publiques, telles que les prisons, les hôpitaux, les casernes, sont de facto inexistants ou presque. Selon les informations disponibles, la toute première prison du pays à avoir accueilli dans ses murs une chapelle chrétienne est la Faisalabad District Jail, au Pendjab, vaste province qui concentre plus de la moitié de la minorité chrétienne du Pakistan. Une chapelle fonctionne dans cet établissement pénitentiaire depuis 2009, mais, rapporte un ministre du culte presbytérien qui s’y rend régulièrement pour célébrer l’office et passer du temps avec les détenus chrétiens, le lieu de culte n’est inscrit dans les documents officiels de la prison que sous la mention de « bibliothèque ». Aurait-il été identifié comme une « chapelle » que la permission de l’édifier ne serait jamais venue, précise ce pasteur presbytérien.

A Karachi, selon l’agence Ucanews, sur 4 500 détenus, la Landhi Jail compte actuellement une centaine de détenus chrétiens. Naqash Yousuf, 26 ans, fait partie de ces derniers. Mis en examen pour meurtre, dans l’attente de son jugement, il ne cache pas sa joie au reporter de passage. « Entre 40 et 50 détenus chrétiens se rendent à la chapelle tous les dimanches pour un service religieux », explique-t-il, en soulignant que le pasteur qui dirige la prière est l’un des leurs, et non un ministre du culte venu de l’extérieur.

Issue d’une famille de la bourgeoisie chrétienne de Karachi, Samina Nawab préside Angel Patient Care Services, l’ONG chrétienne qui a réuni les fonds pour la construction de la chapelle de la Landhi Jail. Présente à la cérémonie d’inauguration du 5 août elle n’a pas omis de remercier chaleureusement l’inspecteur général des prisons de la province du Sind « pour son soutien continu et sa coopération lors de la construction [de la chapelle] et pour [ses] autres initiatives ». « Nos équipes visitent régulièrement les prisons et apportent des soins médicaux aux prisonniers, quelle que soit leur appartenance religieuse. (…) La semaine dernière, une équipe médicale est intervenue à la prison de Hyderabad et a constaté que des détenus nécessitaient une hospitalisation d’urgence », a-t-elle encore expliqué à Ucanews, précisant que sa famille et les bienfaiteurs qui soutiennent Angel Patient Care Services s’attachaient désormais à réunir les fonds nécessaires pour ces opérations à venir.

Par ailleurs, parmi les chrétiens détenus dans les prisons du Pakistan se trouve Asia Bibi, cette mère de famille condamnée à mort en 2010 au titre des lois anti-blasphème qui punissent de mort toute offense faite à Mahomet et de la prison à vie toute profanation du Coran. Après avoir épuisé toutes les possibilités d’appel et de révision de son procès, les avocats de la jeune chrétienne ont obtenu, en juillet 2015, de la Cour suprême une suspension à l’exécution de la sentence capitale. Les autorités pakistanaises viennent de rendre publique la date de son procès en dernière instance : celui-ci devrait avoir lieu lors de la deuxième semaine du mois d’octobre prochain ; il représente la dernière chance pour Asia Bibi de voir la justice pakistanaise revenir sur la peine de mort prononcée à son encontre.

(eda/ra)