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Asie du Sud - Pakistan

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Reconnaissance officielle des mariages hindous, une arme face aux conversions forcées ?

Reconnaissance officielle des mariages hindous, une arme face aux conversions forcées ?

24/02/2016

Dans la province du Sind, au sud du Pakistan, les hindous peuvent désormais faire enregistrer leur mariage religieux auprès des autorités civiles (1).

Plus de trois millions d’hindous pakistanais, dont la majorité vit pauvrement autour de ...

... Karachi, la capitale du Sind (2), sont potentiellement concernés par cette nouvelle loi qui vient combler un vide juridique existant depuis la création de l’Etat pakistanais, en 1947.

Certains législateurs hindous espèrent que cette nouvelle loi viendra limiter le nombre de conversions et de mariages forcés subis par un nombre croissant de femmes hindoues pakistanaises, dans ce pays majoritairement musulman.

Au Pakistan où l’union civile n’existe pas, les hindous, contrairement aux musulmans et aux chrétiens, ne pouvaient, jusqu’à présent, faire enregistrer leur mariage auprès des autorités civiles, ce qui rendait leur quotidien compliqué, notamment en matière d’obtention de papiers d’identité, de droit de propriété ou d’héritage.

La situation des femmes hindoues était encore plus difficile. Le Pakistan ne reconnaissant pas leur statut matrimonial, elles étaient considérées comme célibataires bien que mariées à un hindou, et ces derniers temps, elles étaient devenues une proie facile pour les auteurs d’enlèvements de femmes non musulmanes.

Une clause particulière de la nouvelle loi qui avait été validée par l’Assemblée provinciale du Sind a fait grand bruit la semaine dernière. Elle prévoyait l’annulation du mariage hindou si l’un des époux se convertissait à l’islam, une clause perçue par la minorité hindoue comme un blanc-seing pour les auteurs d’enlèvements de femmes hindoues.

« Cette clause peut être détournée pour convertir de force des femmes hindoues déjà mariées, de la même manière que des jeunes filles hindoues sont déjà kidnappées et contraintes de se convertir à une autre religion », avait déclaré au Pakistan Herald Ramesh Kumar Vankwami, auteur de la demande d’annulation de la clause, le 18 février dernier.

Cette clause a finalement été retirée après que le député a obtenu le soutien de la Commission sénatoriale des droits de l’homme. Pour le sénateur Farhatullah Babar, cette disposition était « une grave violation des droits de la minorité hindoue ».

Ramesh Kumar Vankwami espère bien que cette nouvelle disposition permettra de limiter le nombre de conversions forcées de femmes hindoues, grâce à la reconnaissance officielle de leur statut matrimonial.

Ces dernières années, le phénomène croissant des conversions forcées de jeunes filles hindoues dans la province du Sind est devenu un problème majeur pour la communauté hindoue qui souffre de ce nouveau type de persécution, tout comme les autres minorités religieuses, chrétienne ou sikh.

Selon l’association Pakistan Hindu Panchayat, chaque année près de 1 000 jeunes filles ou femmes originaires du Sind sont contraintes de se convertir à l’islam, provoquant l’exode massif des familles hindoues.

D’après The Hindu, en 2015, ils étaient près de 200 000 hindous et sikhs à avoir fui le Pakistan, le Bangladesh et l’Afghanistan, pour venir trouver refuge en Inde et mettre leurs femmes à l’abri.

Au Pakistan, les jeunes filles hindoues et sikhes ne sont pas les seules concernées par les enlèvements, les conversions et les mariages forcées. De nombreuses jeunes chrétiennes subissent le même sort.

En septembre dernier, à Pattoki, dans la province pakistanaise du Pendjab, une jeune chrétienne de 22 ans, Nabila Bibi, a été kidnappée par quatre hommes armés, sous les yeux de sa mère et de sa sœur, puis « convertie » à l’islam et mariée de force à un musulman. Le père de la jeune fille, Bashir Masih, s’était alors rendu à la police pour porter plainte, mais la police avait refusé d’enregistrer son dépôt de plainte, déclarant que les assaillants avaient confirmé à la police que sa fille avait volontairement décidé de se convertir à l’islam et d’épouser un musulman.

Bashir Masih s’est alors tourné vers Sardar Mushtaq Gill, un avocat chrétien qui dirige l’ONG Lead, et fournit une assistance juridique gratuite aux chrétiens en difficulté. Le 18 février dernier, après quatre mois d’enquête, l’avocat a finalement obtenu un ordre du tribunal de Pattoki demandant l’ouverture d’une enquête au sujet de l’enlèvement et de la conversion forcée de Nabila Bibi.

« Dans la plupart des cas, les kidnappeurs utilisent l’argument de la conversion comme une protection juridique afin de ne pas être poursuivis pour enlèvement, séquestration et viol », a déclaré Sardar Mushtaq Gill, à l’agence Ucanews, le 19 février dernier. « Même si cette jeune fille arrive à retourner chez elle, sa vie est détruite », a-t-il souligné.

Le père de la jeune fille a reconnu avoir reçu des menaces de mort contre sa fille qui, si « elle se reconvertissait au christianisme », serait considérée comme « apostâte ».

Selon l’agence Fides, Sardar Mushtaq Gill et d’autres avocats ont été menacés par un groupe d’hommes, il y a quelques jours, leurs agresseurs leur demandant de renoncer à défendre la cause des chrétiens.

Le 11 février dernier, le dirigeant de Lead avait déjà été victime d’un cambriolage dans son appartement de Lahore, les cambrioleurs lui volant son ordinateur, son appareil photo ainsi que d’importants dossiers et documents. « Malgré tout, nous continuerons à nous battre pour la justice », a-t-il indiqué.

(eda/nfb)

Notes

(1) Au Pakistan, le droit de la famille est géré au niveau des provinces.
(2) La province du Sind compte 50 millions d’habitants, soit un quart de la population pakistanaise.