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Asie du Sud - Pakistan

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Après le nouveau viol d'une fillette chrétienne, l’Eglise catholique se mobilise

Après le nouveau viol d'une fillette chrétienne, l’Eglise catholique se mobilise

03/05/2014

Depuis le viol, le jour de Pâques, de Saira, une petite fille chrétienne âgée de 7 ans, par quatre musulmans, l’Eglise catholique multiplie les assemblées de prière et les manifestations contre les violences sexuelles envers les mineures, qui deviennent de plus en plus fréquentes dans le pays.

 

L'Eglise catholique au Pakistan a consacré la journée du dimanche 27 avril à la prière contre les violences sexuelles et les viols envers les enfants, un phénomène dont elle a souligné l’effrayante ampleur. Dans toutes les paroisses du pays ont eu lieu des veillées et des processions aux flambeaux à l’intention des jeunes victimes et pour que justice leur soit rendue.

Saira, fillette de 7 ans violée par quatre hommes musulmans dans son village du Pendjab le 20 avril dernier, est devenue le symbole de la situation dramatique que vit la communauté chrétienne à travers ses membres les plus vulnérables, les femmes et les enfants et tout particulièrement les petites filles.

Le Pendjab, où se concentre la majorité des deux millions de chrétiens que compte le Pakistan, reste la province la plus touchée par le phénomène, suivie par le Sind, le Khyber-Pakhtunkhwa et enfin le Balouchistan.

Dans cette province où les chrétiens appartiennent le plus souvent à des familles pauvres soumises aux abus de propriétaires terriens musulmans, trois viols de fillettes ont été enregistrés pour la seule semaine dernière. Outre Saira, une petite fille de 6 ans a été violée le 26 avril à Faisalabad (son état est considéré comme très critique par les médecins) et, dans le district de Jhang, une fille de 9 ans a été tuée après avoir été victime de violences sexuelles « d’une grande barbarie ».

Les milieux chrétiens et les ONG locales confirment l’actuelle recrudescence des agressions sexuelles contre les enfants, soulignant que ces quelques cas médiatisés ne représentent que le haut de l’iceberg, la plupart des familles subissant d’importantes pressions pour ne pas dénoncer les agresseurs et porter plainte.

Le P. John Ayub, qui lutte pour la protection des mineurs au Pakistan, interpelle régulièrement le gouvernement sur son inaction. Citant une étude récente réalisée par les ONG Masihi Foundation et Life for All Pakistan, il rapporte que pour l’année 2013, ont été recensés 370 cas de viols dont 185 étaient collectifs, plus de 1 600 « crimes d’honneur », 2 133 « violences diverses envers les femmes », 406 mariages forcés parmi lesquels étaient impliquées 176 mineures, 220 femmes exécutées pour adultère et 887 cas de femmes torturées par la police. Selon les auteurs du rapport, seuls 10 % des cas de violence figureraient dans ces statistiques.

Saira Masih a été violée à plusieurs reprises dans le village de Malli Ki situé dans le district de Sialkot, le 22 avril, jour de Pâques, par quatre musulmans menés par Mohammad Alam Fakhar, un riche propriétaire terrien de la région. La fillette, souffrant de graves blessures et d’une sévère hémorragie, est ensuite restée sans soins pendant trois jours, les agresseurs ayant menacé sa famille qui n’osait ni porter plainte ni conduire Saira à l’hôpital.

Pour s’assurer de son silence, Ahmad Yar Nagra et Zulifqar Nagra, deux des complices de Mohammad A Fakhar, ont enlevé le père de la petite fille, Iqbal Masih, afin de le forcer à signer un « arrangement » avec les agresseurs, rapporte le 26 avril dans une note envoyée à la British Pakistani Christian Association, Me Sardar Mushtaq Gill, l’avocat qui représente la famille de Saira. Ce n’est que sous la pression de la communauté chrétienne et des organisations de défense des droits de l’homme, dont Life for All Pakistan, que la police a fini par intervenir, faisant libérer le père de l’enfant et acceptant d’enregistrer une plainte le 22 avril.

L’action de Me Sardar Mushtaq Gill, qui est également directeur du LEAD (Legal Evangelical Association Development), une organisation d’aide et de défense légale des minorités au Pakistan, auprès des plus hautes instances judiciaires de la province, a fait le reste : la police a ordonné un examen médical de la fillette, lequel a confirmé le viol, puis a lancé des mandats d’arrestation. Sur les trois suspects interpellés, l’un aurait été relâché depuis, tandis que le principal instigateur de l’attaque, Mohammad A. Fakhar, aurait avoué le viol. Actuellement, l’enfant est toujours dans un état critique dans l’unité des soins intensifs de l’hôpital de Sialkot.

« Le silence de la société sur ce drame barbare est inquiétant : une enfant de ce pays a été brutalement violée et les autorités gardent le silence », a dénoncé le 26 avril dans une déclaration Life For All Pakistan. Comme le souligne de son côté Me Sardar Mushtaq Gill auprès de l'agence Fides, « les abus contre les femmes et les fillettes par des hommes de religion musulmane sont représentatifs de la façon dont les minorités au Pakistan sont soumises à la peur constante de la persécution ».

Les quelque rares cas de viols d’enfant médiatisés récemment au Pakistan démontrent l’extrême difficulté pour les victimes issues des minorités à obtenir de l’aide, notamment de la police, qui se range généralement du côté des agresseurs, tentant de dissuader les victimes de porter plainte, ainsi que la quasi-impossibilité d’obtenir une condamnation pour viol auprès des tribunaux.

Fouzia Bibi, jeune chrétienne âgée de 15 ans, a été violée en janvier 2013 dans le district de Kasur par deux musulmans propriétaires terriens. Comme dans le cas d’une autre écolière chrétienne mineure, violée en juillet 2013 à Vehari par un garçon musulman, en présence de deux hommes armés, aucun suspect n’a jamais été arrêté.

Autres exemples d’affaires « non résolues » : en décembre 2012, une fillette hindoue de 6 ans, Wijenti Meghwar, subissait un viol collectif alors qu’elle jouait dans une rue de Ghulam Nabi Shah, dans la province du Sind, et le 12 septembre 2013, à Lahore, une enfant de 5 ans était enlevée d’un quartier populaire de Lahore, brutalement violée à plusieurs reprises, avant d’être retrouvée le lendemain baignant dans son sang près d’un hôpital. Bien que le ministre de la Justice de la province, Rana Sanaullah, ait déclaré qu’il « serait appliqué un châtiment exemplaire aux auteurs de ce crime qui n’étaient pas des humains mais des bêtes », aucun coupable n’a été arrêté, tous les suspects ayant été relâchés « faute de preuves ».

Signe d’une progressive prise de conscience, des vagues de protestation dans tout le Pakistan et particulièrement sur les réseaux sociaux avaient cependant suivi l’annonce, en avril 2011, de la confirmation de l’acquittement en appel par la Cour suprême de cinq hommes qui avaient été condamnés à mort pour le viol collectif de Mukhtar Mai en 2002, une jeune femme musulmane. Cette « punition » lui avait été infligée par le tribunal islamique de son village à titre de représailles, après que son frère, âgé à l'époque de 13 ans, eut été accusé d'avoir adressé la parole à une femme d’un autre ‘clan’ (caste). En première instance, les six coupables avaient été condamnés à la peine capitale, mais, en mars 2005, cinq d'entre eux avaient finalement été acquittés tandis que le principal accusé voyait sa condamnation commuée en emprisonnement à vie.

Les viols de très jeunes filles issues des minorités ou castes inférieures peuvent être également le préliminaire à un mariage forcé. Des abus qui ne sont pratiquement jamais sanctionnés non plus, les familles des victimes étant contraintes au silence par les agresseurs. Selon un récent rapport du Mouvement pour la Solidarité et la Paix, chaque année, ce sont quelque mille jeunes filles appartenant à des minorités religieuses chrétiennes et hindoues qui sont « enlevées, violées et contraintes à contracter un mariage islamique ».

Faut-il y voir un lien de cause à effet ? C’est dans ce contexte de protestation des mouvements de défense des droits des droits de l’homme et des communautés chrétiennes que les députés de la province du Sind ont voté à l’unanimité lundi dernier, 28 avril, une loi interdisant les mariages d’enfants, une pratique encore extrêmement répandue dans tout le pays. La Sindh Child Marriage Restraint Bill était très attendue depuis de nombreuses années mais sans cesse repoussée. Le mariage de mineurs (moins de 18 ans) est désormais puni de trois ans de prison pour le fiancé si celui-ci a l’âge légal ainsi que pour les parents du futur couple.

La ministre des Affaires sociales du Sind, Rubina Sadat Qaimkhani, qui a soutenu le projet de loi, a parlé « d’avancée historique » pour la province qui compte l’un des taux les plus importants de mariages d’enfants au Pakistan (30 % des filles du Sind seraient mariées avant l’âge de 18 ans).

Mais, souligne Abdul Rahim Moosvi, coordinateur provincial du groupe Adolescent Girls Empowerment, le vote de la loi n’est qu’une première étape, le plus difficile étant de la faire appliquer dans les régions rurales où ces pratiques sont très ancrées et mises en place par les « conseils de village » eux-mêmes.

(eda/msb)