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Asie du Sud - Pakistan

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Une fois de plus, l’Eglise catholique dénonce les contenus incitant à la haine présents dans les manuels scolaires

Une fois de plus, l’Eglise catholique dénonce les contenus incitant à la haine présents dans les manuels scolaires

12/07/2013

C’est un combat plusieurs fois mené et toujours recommencé, année après année, et qui ne semble pas couronné de succès. Pourtant, le 10 juillet dernier, en prenant la parole à Karachi lors d’un colloque consacré à « l’éducation pour la paix », Mgr Joseph Coutts, archevêque catholique de Karachi, a encouragé les membres de l’Eglise à ne pas baisser les bras. ...

... « J’invite toutes les personnes de la société pakistanaise, laquelle est pluri-religieuse, pluriethnique, multiculturelle et multilingue, à prendre les initiatives nécessaires pour faire comprendre à tous que le fanatisme et l’intolérance n’ont pas leur place dans les manuels scolaires », a déclaré l’évêque, qui préside la Conférence épiscopale catholique pakistanaise.

La présence dans les manuels scolaires du Pakistan de contenus présentant en termes négatifs et péjoratifs les non-musulmans, l’Inde et l’Occident est une réalité ancienne et bien documentée. Toutefois, de récents travaux de la Commission nationale ‘Justice et Paix’ (NCJP), instance rattachée à la Conférence épiscopale catholique, montrent que la tendance n’est pas à l’atténuation de ces travers mais à leur accentuation.

L’étude de la NCJP a consisté à comparer les manuels scolaires en ourdou publiés en 2009 avec ceux qui ont été mis à la disposition des établissements de l’enseignement primaire et secondaire en 2012-2013. Pays à structure fédérale, ces manuels diffèrent selon les provinces et l’étude a porté sur ceux édités par les autorités compétentes du Pendjab et du Sind (pour les classes allant du primaire à la fin du collège).

Concernant les manuels 2012-2013, la première conclusion est que les contenus et passages à caractère « biaisé et discriminatoire » sont présents de manière significative : au Pendjab, sur un total de 204 chapitres, 28 d’entre eux (soit 13,7 % du total) comportent de tels contenus ; au Sind, la proportion est de 12 %. Plus significatif encore, souligne l’étude de la NCJP, la tendance est à la multiplication de ces contenus contestables. Ainsi, dans les manuels de 2009, « seulement » 6 ou 7 % des chapitres des manuels posaient problème. Désormais, non seulement, un plus grand nombre de chapitres présente des contenus discriminatoires mais à l’intérieur de chacun de ces chapitres, le nombre des occurrences litigieuses augmente ; pour les manuels du Pendjab, on passe ainsi de 45 à 122 de ces occurrences.

Peter Jacob, directeur exécutif de la NCJP, ajoute que l’étude a permis de montrer que « les commentaires et contenus incitant à l’intolérance et à la haine » se généralisent. Ainsi, « nous avons noté que trois manuels qui étaient exempts de contenus à caractère haineux en contenaient en 2012 », précise ce responsable chrétien, engagé depuis des années dans un combat en faveur de la réforme de l’enseignement au Pakistan.

Parmi les exemples cités par l’étude de la NCJP, on trouve celui-ci, tiré d’un manuel en sciences économiques et sociales de la province du Pendjab : « Dans le monde, la plupart des nations non musulmanes ont toujours été contre les musulmans. » Ou bien encore, cette incise dans un manuel du Sind : « Comme ils en avaient l’habitude, les hindous ont trompé les musulmans à chaque instant. » De manière générale, les non-musulmans sont systématiquement décrits de manière négative et outrancière, les hindous étant des « extrémistes » dont la culture est « fondée sur l’injustice et la cruauté » tandis que les sikhs et les chrétiens sont « des ennemis éternels de l’islam ».

Invité à prendre la parole lors du colloque de Karachi, le professeur Mehdi Hasan, doyen de l’Ecole de communication et des médias de la Beaconhouse National University, a souligné que c’était cette « banalisation d’un enseignement de la haine » qui posait problème. Les madrasa, les écoles coraniques souvent présentées comme étant des incubateurs à militants extrémistes, ne scolarisent pas plus de 4 % des enfants pakistanais. Pour les autres, qui constituent l’écrasante majorité de la jeunesse du pays, le problème est qu’ils sont exposés « dès leur plus jeune âge, en classe 1 » à un enseignement problématique.

Présent lui aussi au colloque de Karachi, l’historien Abdul Hameed Nayyar, enseignant à l’Université des sciences du management de Lahore, a exprimé le regret de voir que le rapport de la NCJP paraissait à la suite de bien d’autres qui, avant lui, ont détaillé le problème, « sans pour autant qu’aucune amélioration ne se dessine à l’horizon ». Co-auteur de La subversion subtile, un ouvrage paru en 2003 pour dénoncer la manière dont le contenu des manuels visait à conditionner les enfants, A. H. Nayyar a pris la tête d’une campagne initiée à Lahore visant à encourager les enseignants des écoles pakistanaises à cesser d’utiliser les manuels aux contenus biaisés.

Pour Peter Jacob, l’apparente impossibilité à inverser la tendance dans le système éducatif pakistanais ne doit pas décourager ceux qui militent pour sa réforme. « Les discriminations religieuses ne pourront pas être éliminées si les personnes qui luttent contre elles baissent les bras », a-t-il déclaré.