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Le Pakistan Christian Congress (PCC) demande la réouverture de tous les dossiers d’inculpation pour blasphème

Le Pakistan Christian Congress (PCC) demande la réouverture de tous les dossiers d’inculpation pour blasphème

12/09/2012

A la veille de la reprise du procès de Rimsha Masih, le Pakistan Christian Congress (PCC) a demandé la réouverture des dossiers de tous les chrétiens, ahmadis et musulmans qui ont été inculpés ou condamnés au titre de la loi sur le blasphème.

Le 9 septembre dernier à Islamabad, Nazir S. Bhatti, président du PCC, a déclaré que l’affaire Rimsha Masih avait mis en évidence le fait que les plaintes déposées au nom de la loi anti-blasphème pouvaient cacher des règlements de compte personnels ou manipulations financières n’ayant rien à voir avec la religion. La justice pakistanaise se doit donc de rouvrir les dossiers des personnes qui ont été condamnés au titre des articles 295 B et C du Code pénal, punissant de mort toute offense à Mahomet et de la prison à vie toute profanation du Coran. Nazir Bhatti a adressé son appel au président de la République Asif Ali Zardari et au Premier ministre Raja Parvez Ashraf.

Le président du PCC a ajouté que ni lui ni son parti n’oubliait Asia Bibi, qui croupit toujours en prison dans l’attente de son procès en appel après la condamnation à mort dont elle a fait l’objet en première instance en 2010. Quelle que soit leur religion, des dizaines de Pakistanais ont été victimes de cette loi, a-t-il poursuivi, qu’ils soient derrière les barreaux, ou qu’ils aient été qu’ils assassinés en-dehors des tribunaux par des fanatiques. Il a déploré le fait qu’il y a quelques jours encore, le 7 septembre dernier, un tribunal de Lahore a refusé la remise en liberté sous caution d’un chrétien, Sajjad Masih, inculpé lui aussi pour blasphème.

Nazir Bhatti a également salué l’action de « la communauté internationale, du Conseil des oulémas du Pakistan, des militants des droits de l’homme et des services secrets pakistanais » qui a permis la remise en liberté sous caution de Rimsha Masih, décidée par un juge de Rawalpindi le 7 septembre dernier. Quant aux services secrets pakistanais, le PCC a laissé entendre que c’était grâce à leur enquête sur le terrain qu’avait pu être établie l’implication de l’imam de la mosquée du quartier où vivait Rimsha dans la fabrication de fausses preuves visant à incriminer la fillette chrétienne.

Fondé en 1985, le PCC milite pour la création d’une province réservée aux chrétiens du Pakistan, au sein de l’actuelle province du Pendjab. Son président Nazir Bhatti – qui n’est pas apparenté à Paul Bhatti, le conseiller spécial du Premier ministre pour les minorités religieuses –, se dispute la représentation des chrétiens sur la scène politique avec la All Pakistan Minorities Alliance, fondée par Shahbaz Bhatti et présidée actuellement par Paul Bhatti.

L’appel à une réouverture des dossiers liés à la loi sur le blasphème intervient au moment où Rimsha Masih doit à nouveau comparaître devant ses juges. Depuis sa libération sous caution le 7 septembre (sa caution ayant été payée par une ONG italienne), Rimsha Masih n’a en effet pas été blanchie des accusations de profanation du Coran qui pèsent sur elle. L’audience qui aura lieu demain 13 septembre se déroulera en présence d’un important déploiement de forces de sécurité. Les autorités craignent en effet pour la sécurité de la fillette et, de ce fait, il n’est même pas certain qu’elle soit physiquement présente à l’audience.

Ce 12 septembre, dans un court entretien accordé à la chaîne CNN – le premier donné à un média depuis le début de cette affaire –, Rimsha Masih a dit avec force n’avoir jamais commis les actes qui lui sont reprochés, à savoir avoir brûlé ou déchiré des pages d’un manuel coranique. En revanche, elle a dit sa « peur » d’être « tuée » par des extrémistes. Interrogée par téléphone depuis le lieu tenu secret où elle et sa famille ont été placées après sa sortie de prison et sa spectaculaire évacuation dans un hélicoptère de l’armée, elle a répété : « J’ai peur que des gens nous tuent. » La veille, à la BBC, sa famille avait donné des détails sur la violence qui avait précédé son arrestation. « Les gens sont entrés dans la maison pour s’emparer de ma fille, j’avais peur qu’ils nous tuent », y confiait la mère de Rimsha. « Ils étaient nombreux et ils disaient : ‘Nous allons couper les mains de ceux qui brûlent le Coran’ », ajoutait sa sœur aînée, âgée de 14 ans. Selon sa famille, Rimsha s’est alors enfermée dans la salle de bain et a attendu l’arrivée de la police. « Ils disaient : ‘Nous allons vous brûler dans la maison, nous n’allons pas vous épargner, vous et vos enfants, et nous allons brûler les maisons des autres chrétiens [du quartier de Mehrabad] », ajoutait son père.

Une fois l’affaire Rimsha Masih jugée sur le fond, l’avenir de la fillette, âgée de 11 ans selon ses parents et handicapée mentale, ainsi que de ses proches reste très incertain. Malgré les menaces qui pèsent sur elle, Rimsha Masih a déclaré vouloir rester au Pakistan. « J’aime le Pakistan et je ne quitterai jamais mon pays », a-t-elle affirmé à CNN.