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Asie du Sud - Pakistan

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Les viols et meurtres de jeunes chrétiennes soulignent l’oppression dont sont victimes les minorités religieuses [ Bulletin EDA n° 538 ]

14/10/2010

En janvier dernier, la mort de Shazia Bashir, une fillette catholique de 12 ans, décédée des suites des mauvais traitements infligés par son employeur, avait suscité l’indignation au Pakistan et amené le président Ali Zardari à annoncer la mise en place d’une hotline que les membres des minorités religieuses du pays victimes de violences pourraient appeler en urgence afin de dénoncer les actes qu’ils subissent et demander l’aide des autorités (1). La mort, le mois dernier, d’une fillette chrétienne de 12 ans, violée avant d’être tuée, ...

... le viol d’une autre chrétienne, âgée de 14 ans et enceinte à la suite de viols répétés, ainsi que l’assassinat de toute la famille d’un avocat chrétien témoignent des graves atteintes aux droits fondamentaux que continuent de subir les minorités religieuses au Pakistan.

La première affaire, rapportée par l’agence Fides (2), s’est produite à Rawalpindi, ville jumelle de la capitale Islamabad. Lubna était âgée de 12 ans. Fille unique de Saleem Masih (3), chauffeur de taxi, et de son épouse, Guddi, elle vivait à Dhoke Ellahi Buksh, quartier de Rawalpindi où se trouve une petite communauté chrétienne. Le 27 septembre dernier au matin, rapporte Fides, la fillette est sortie de chez elle pour acheter du lait. Un groupe de cinq jeunes musulmans l’a arrêtée pour la forcer à monter dans une voiture qui s’est éloignée rapidement. La fillette a crié en vain. Emmenée dans le cimetière de Dhoke Ellahi Buksh, Lubna a été violée puis tuée, ses agresseurs abandonnant son corps sur place. Quelques heures plus tard, des passants ont appelé la police, qui a constaté le décès.

Toujours selon l’agence de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, les parents de Lubna, sous le choc et terrorisés, n’ont pas voulu porter plainte. « Ils ne pensent qu’à abandonner la ville et à refaire leur vie ailleurs », précise une source. Des ONG locales et la Christian Lawyers Foundation ont apporté un soutien matériel et juridique à la famille, espérant convaincre les parents d’entamer une procédure judiciaire. Selon les sources de Fides, « les actes de violence et d’abus sur les jeunes filles chrétiennes ne sont pas rares et seuls les plus spectaculaires apparaissent au grand jour ». Derrière l’homicide, il peut y avoir une tentative d’intimidation, le refus d’une proposition de mariage adressée par un musulman, le désir d’amener la jeune fille sur la voie de l’esclavage ou de la prostitution. Les familles chrétiennes, qui, le plus souvent, se trouvent en bas de l’échelle sociale, sont des victimes privilégiées de ces violences.

La seconde affaire concerne une jeune fille catholique de 14 ans. Employée comme domestique chez un musulman à Chak Jhumra, localité située à 35 km de Faisalabad, Kiran Nayyaz a été violée par Muhammad Javed, un musulman âgé de 20 ans employé comme chauffeur dans la même famille. En avril dernier, le jeune homme a attiré Kiran Nayyaz dans son logis sous le faux motif que sa sœur l’y appelait et l’a violée une première fois. Dans les semaines qui ont suivi, son agresseur a répété son crime à plusieurs reprises. C’est seulement le 2 octobre dernier que le père de la jeune fille, Nayyaz Masih, a déposé une plainte au commissariat local, sa fille étant enceinte de cinq mois. Il y a été encouragé par la Commission nationale ‘Justice et Paix’ ainsi que par le diocèse catholique de Faisalabad.

Joint au téléphone par Eglises d’Asie, le P. Nisar Barkat, de ‘Justice et Paix’ à Faisalabad, a précisé qu’il espérait que les autorités arrêteraient bientôt Muhammad Javed, dont le père et des proches ont fait pression sur la famille de la victime pour qu’elle renonce à toute action en justice. La jeune fille se trouve actuellement sous la protection de l’Eglise, qui prend soin d’elle. « La famille est traumatisée et toute la communauté catholique craint des représailles, note le P. Khalid Rashid Asi, vicaire général de Faisalabad. Mais des cas de violence comme celui-ci sont malheureusement fréquents » (4).

La troisième affaire s’est déroulée à Haripur, ville reculée de la province de Khyber Pakhtunkhwa (ex-province de la Frontière du Nord-Ouest). Le 28 septembre dernier, un avocat chrétien, protestant évangélique, a été froidement abattu ainsi que toute sa famille par les talibans. Selon le Pakistan Christian Post, Edwin Paul avait reçu des menaces pour avoir pris la défense d’un chrétien, Mehboob Masih, tombé entre les griffes d’usuriers musulmans : soit il quittait la ville avec sa famille, soit il s’exposait à des représailles sévères. Dans la nuit du 27 au 28 septembre, des islamistes ont fait irruption chez l’avocat, abattant de sang froid Edwin Paul, son épouse Ruby et leurs cinq enfants. Edwin Paul s’était installé il y a des années à Haripur, au cœur de la Division Hazara, du nom de cette ethnie dont les membres sont des chiites, détestés par les talibans sunnites.
 

Notes

(1) Voir EDA 522, 524, 526
(2) Fides, 13 octobre 2010.
(3) Masih n’est pas un nom de famille, mais un terme générique désignant un chrétien de sexe masculin.
(4) Selon l’ONG pakistanaise Alliance Against Sexual Harassment, 91 % des employées domestiques déclarent avoir subi des abus ou des violences sexuelles. « Les jeunes appartenant aux minorités religieuses sont particulièrement vulnérables », note l’ONG. Selon l’organisation, chaque année les dénonciations sont nombreuses et concernent aussi de véritables séquestrations subies par les employées, qui sont arrachées à leurs familles, chrétiennes ou hindoues, et contraintes d’épouser des musulmans et de se convertir à l’islam. En 2009, les cas de violence contre les femmes (chrétiennes ou non) enregistrés ont augmenté de 13 %, note la fondation Aurat, active depuis plus de vingt ans dans la défense des femmes au Pakistan. Nombre de cas toutefois restent inconnus car les familles n’osent pas porter plainte.
Selon le Centre for Legal Aid Assistance and Settlement (CLAAS), les cas de séquestrations et de violences sexuelles de jeunes filles chrétiennes et hindoues augmentent dans le pays, souvent à des fins de conversions et de mariages forcés. CLAAS, qui offre une assistance légale gratuite aux victimes, évoque des cas récents, toujours impunis : en juillet 2010, à Farooqabad, dans le Pendjab, une jeune fille chrétienne de 16 ans a été séquestrée, violée et torturée par trois musulmans, tandis qu’une autre chrétienne de 12 ans a été violentée par un groupe d’étudiants musulmans à Gujar Khan, dans le district de Rawalpindi. Une famille chrétienne près de Lahore pleure la disparition de Samina Ayub, elle aussi employée dans la maison d’un musulman : la police suspecte un cas de conversion ou de mariage forcé. A Lyari, une hindoue de 13 ans, nommée Poonam, a été enlevée et convertie de force à l’islam.