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Asie du Sud - Népal

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Les hindous se joignent aux chrétiens qui réclament toujours des cimetières pour leurs morts

Les hindous se joignent aux chrétiens qui réclament toujours des cimetières pour leurs morts

10/06/2014

Malgré les nombreuses promesses du gouvernement depuis des années et les manifestations des chrétiens ces derniers mois afin d’obtenir enfin l’autorisation d’enterrer leurs morts, le problème des sépultures des minorités religieuses reste non résolu.

 

A l’automne dernier, les chrétiens, catholiques comme protestants, avaient menacé le gouvernement de manifestations de masse s’ils n’obtenaient pas les cimetières qui leur avaient été promis par les autorités.

A bout de patience, ils ont mis ce week-end leurs menaces à exécution et ont porté en procession des cercueils vides, en signe de protestation symbolique lors d’une manifestation qui a rassemblé des centaines de chrétiens de toutes confessions ainsi que des sympathisants hindous. Un procédé qui avait déjà été utilisé lors de précédentes manifestations, dont l’une s’était achevée par une grève de la faim.

« Depuis que le Népal est devenu un Etat laïc en 2006, le gouvernement s’est engagé auprès des chrétiens afin que ceux-ci aient les mêmes droits que les autres citoyens et puissent avoir leur propre lieu d’inhumation », a rappelé le Rév. C. B. Gahatraj, président de la Federation of National Christian Nepal (FNCN), l’un des principaux leaders du mouvement de protestation.

Dans un contexte d’attente anxieuse d’une nouvelle Constitution, les revendications des minorités se doublent de la crainte que la récente victoire de Narendra Modi en Inde ne renforce le pouvoir des hindouistes au Népal, et aboutisse à la suppression de la laïcité de l’Etat ainsi que des libertés religieuses.

Le bras de fer a commencé il y a plus de trois ans. En décembre 2010, le Pashupati Area Development Trust (PADT), qui gère le lieu de culte et la ville sainte de Pashupatinath [la Bénarès du Népal], avait soudain interdit toute inhumation dans la forêt de Sleshmantak (1), entourant la zone des crémations, « afin de préserver le caractère sacré de la terre hindoue ».

Or, depuis des années, cette forêt était le seul lieu où les minorités religieuses – majoritairement des chrétiens et des Kiranti (1) – pouvaient venir ensevelir leurs morts, faute de place dans les cimetières saturés de la capitale.

Malgré une décision de la Cour suprême de mars 2011 levant l’interdiction d’inhumation de non-hindous à Sleshmantak, la polémique avait continué. La PADT avait refusé d’appliquer le décret, accusant le gouvernement de sacrifier à une minorité les intérêts de la nation népalaise hindoue, tandis que les Kiranti organisaient de violentes protestations. Fin mars, c’était au tour des chrétiens de manifester dans tout le pays : ils avaient été plus d’un millier, toutes confessions confondues, à défiler à Katmandou, cercueils en tête, pour réclamer le droit d’enterrer leurs morts selon leurs rites.

Le gouvernement avait fini par céder à l’issue d’une manifestation générale d’un mois et demi et d’une grève de la faim de cinq semaines. Il s’était alors engagé à trouver des cimetières pour les chrétiens et de monter pour ce faire un comité de seize membres, comprenant le ministre de la Paix et de la Réconciliation, le ministre de la Culture et du Tourisme ainsi que différents leaders chrétiens et membres des partis au pouvoir.

En juin 2011, l’attribution d’un cimetière à Katmandou aux chrétiens avait été officiellement annoncée, avant que le gouvernement ne se rétracte, arguant de difficultés techniques et de négociations délicates avec les municipalités hindoues.

Alors que la colère enflait chez les chrétiens et les autres minorités religieuses, le décès de Rajendra Rai, l’un des responsables de la Caritas locale, mort à 49 ans d’une crise cardiaque, a mis le feu aux poudres. Le 30 mai dernier, alors que la famille avait été avertie que malgré ses démarches, le défunt devrait être incinéré, des centaines de chrétiens de toutes confessions, auxquels s’étaient joints des hindous « par solidarité », ont transformé la procession funéraire en manifestation interreligieuse pacifique, protestant contre « l’inaction inadmissible des autorités de l’Etat vis-à-vis du dossier chrétien ».

Après la messe de funérailles qui s’était tenue à la cathédrale de l’Assomption de Katmandou, la foule a ainsi escorté le corps de Rajendra Rai jusqu’au site de crémation de Pashupatinath, sur les rives de la Bagmati, fleuve le plus sacré de l'hindouisme au Népal.

Binod Pahadi, un hindou présent lors de la cérémonie funéraire a déclaré : « Nous sommes aux côtés des chrétiens et nous allons appuyer leurs revendications. Le gouvernement ne peut plus continuer à les ignorer. »

Lors de cette procession, les participants ont également dénoncé cette obligation, pour ceux qui ne partagent pas la foi hindoue - majoritaire dans le pays -, de devoir accepter que leurs corps soit incinérés, dans un cadre ne respectant ni leurs croyances ni le respect dû aux morts, les chrétiens étant considérés comme des intouchables. « La discrimination qui touche les chrétiens les accompagne toute leur vie, y compris dans la mort où, lors de la crémation, ils sont traités comme des basses castes », soulignait déjà en 2011 Mgr Anthony Sharma, alors vicaire apostolique du Népal.

En outre, les chrétiens ont réclamé la protection de leurs anciens lieux d’inhumation, dont celui de la forêt de Sleshmantak, où plus de 200 tombes sont actuellement en passe d’être profanées et détruites par le PADT.

« Nous devons protéger notre terre hindoue », se défend de son côté Sushil Nahata, l'un des membres du trust qui gère Pashupatinath, lequel explique qu’un plan quinquennal a été mis en place en 2011 pour rénover le temple ainsi que le terrain qui l’entoure, et remplacer ce qui « pollue » la terre sacrée, par des plantes et essences vénérées par l’hindouisme.

(eda/msb)

Notes

(1) Les Kirantis (ou Kirants) regroupent différentes ethnies d’origine tibéto-birmane d’implantation ancienne au Népal. Leur religion, distincte du bouddhisme et de l’hindouisme, est organisée autour de leur livre saint appelé Mundhum.