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Asie du Sud - Népal

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Les maoïstes déposent enfin les armes : les chrétiens partagés entre le soulagement et l’incertitude

Les maoïstes déposent enfin les armes : les chrétiens partagés entre le soulagement et l’incertitude

04/11/2011

A l’issue d’un long conflit politique qui a plongé le Népal dans le chaos pendant plus de deux ans, les maoïstes ont accepté officiellement de déposer les armes en échange de l’intégration d’un tiers de leurs anciens combattants dans l’armée régulière népalaise...
 

... L’accord signé le 1er novembre au soir au cours d’une séance agitée du Parlement, entre le principal leader des maoïstes Prachanda et les représentants des différents partis communistes (UCPN et CP-UML), du Congrès népalais et du Front uni démocratique madhesi, stipule que sur les 19.600 ex-rebelles encore dans les camps de réhabilitation du gouvernement, 6.500 d’entre eux seront intégrés dans l'armée népalaise. Les quelque 13 000 restants recevront une compensation financière allant de 500.000 à 800.000 roupies népalaises (soit jusqu’à 7 500 euros) ainsi que la possibilité de suivre des programmes d’éducation et de formation professionnelle.

Cinq ans presque jour pour jour après la fin de la guerre civile (1) - laquelle aura fait plus de 20 000 morts et de 100 000 déplacés -, le processus de paix, totalement stoppé il y a quelques semaines encore, semble désormais en passe d'amorcer sa phase finale et de sortir enfin le Népal de l’enlisement politique dans lequel il s’enfonçait inexorablement.

Tandis que la presse internationale parle avec emphase d’une « étape historique » pour le Népal,  les Eglises locales expriment des réactions contrastées, oscillant entre satisfaction et incertitude. « Nous avons prié à chaque messe et à chaque office pendant des années pour que cela arrive enfin! », s’est réjoui pour sa part le responsable du mouvement des couples du Christ du Népal, Gyan Rai, auprès de l’agence Ucanews. Mais si le P. Pius Perumana, pro-vicaire catholique du Népal et directeur de la Caritas locale s'est déclaré « très heureux de cette nouvelle, il  a reconnu également se demander si « [les maoïstes] allaient respecter leur engagement ». Quant à Mgr Anthony Sharma, vicaire apostolique du Népal, il a clairement fait part de ses doutes : « Il est prématuré de commenter un accord de paix alors qu’une part importante des maoïstes n’est pas satisfaite. Attendons tout d’abord de voir si l’accord va être appliqué réellement… ».

Ce soulagement mêlé de scepticisme est le sentiment qui semble aujourd’hui dominant au sein de la population népalaise, très éprouvée par des années de crise politique ininterrompue, mais aussi désabusée et rompue aux promesses non suivies d’effet des maoïstes. Le désarmement des anciens rebelles ainsi que l’intégration de ses 19 600 membres dans l’armée régulière ont constitué ces derniers temps les principales pierres d’achoppement des négociations entre le gouvernement provisoire du Népal et les maoïstes, bloquant l'achèvement du processus de paix mis en place en 2006 (2).

Le Kathmandu Post, dans son édition du 4 novembre, rapporte qu’un ‘Comité spécial de supervision, intégration et réhabilitation des combattants maoïstes’ a pris officiellement ses fonctions ce vendredi afin de mettre en place un calendrier d'application des décisions. Selon l’accord signé mardi 1er novembre, toutes les armes encore présentes dans les camps de la guérilla maoïste devront être remises à l’armée népalaise et tous les biens confisqués par les rebelles devront être rendus à leurs propriétaires légitimes. Il est convenu également que les ex-combattants maoïstes ne seront pas pour le moment affectés à des manoeuvres militaires, mais qu’ils effectueront des opérations de secours, de développement ou encore de surveillance des forêts.

L’assemblée constituante a profité de cette première avancée dans l’échéancier du processus de paix pour obtenir un nouveau délai de restitution de ses travaux, après trois reports successifs. La nouvelle date de remise de la constitution de l’Etat du Népal a été fixée au 30 novembre prochain, mais la plupart des observateurs doutent qu'elle puisse être respectée. Le contexte semble pourtant favorable au consensus, les maoïstes conservant aujourd’hui leur position majoritaire obtenue au Parlement en 2008 et ayant réussi à revenir à la tête du pays avec l’élection en août dernier de Baburam Bhattarai, l’un des principaux leaders du parti, comme Premier ministre  (3).

Mais le traité négocié par Prachanda au Parlement est loin de satisfaire l’ensemble des membres de l’ancienne guérilla et des voix divergentes se sont déjà fait entendre, laissant présager des difficultés à venir.  « Cet accord a été signé à la hâte », analyse  le Rév. Kali Bahadur Rokkya, qui travaille pour la commission des droits de l’homme au Népal. Certains maoïstes sont mécontents parce qu’ils considèrent que l’accord a été signé sans le consentement général des membres du parti ». 

Porte-parole de la branche radicale du parti maoïste, Ram Bahadur Thapa, s’est exprimé au lendemain de l’accord, dénonçant une décision prise "à l'encontre de la volonté du peuple népalais", ainsi qu’« une humiliation de l’armée de libération du peuple »

 

 

Notes

(1)     Le 21 novembre 2006, un accord de paix a mis fin à la guerre civile débutée en 1996 entre les forces maoïstes et le gouvernement népalais. Dès 2007, la MINUN (Mission politique des Nations Unies au Népal) a été chargée de mettre en place un processus de paix en contrôlant l’application du cessez-le-feu, l’établissement d’une assemblée constituante et la surveillance des armements et des combattants des deux camps, comprenant la démobilisation des anciens rebelles et la réhabilitation des enfants-soldats. Cette dernière mission, malgré six renouvellements de mandat de la MINUN n’a pu totalement aboutir, laissant aux ONG le soin d’achever la réinsertion des anciennes jeunes recrues maoïstes dont la plupart étaient encore mineurs au moment du cessez-le-feu. Voir EDA 540 : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/nepal/bilan-mitige-a-propos-de-la-reinsertion-des-ex-enfants-soldats?SearchableText=EDA 540

(2)     Avant de diviser la Constituante, cette question épineuse a provoqué la démission de deux Premiers ministres (Prachanda, l’ancien chef rebelle en 2009, puis Madhav Kumar Nepal en 2010) . Revenus dans l’opposition, les maoïstes n’ont eu de cesse dces deux dernières années de menacer de reprendre les armes si le gouvernement ne réintégrait pas les anciens rebelles dans l’armée, menant des grèves et de violentes manifestations dans tout le pays. Voir EDA 518, 529, 533

(3)     Voir dépêche EDA du 30 août 2011.

 

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