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Asie du Sud - Népal

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A Katmandou, grève de la faim des chrétiens pour obtenir du gouvernement des lieux de sépulture [ Bulletin EDA n° 549 ]

30/03/2011

Face à l’inaction du gouvernement, et comme ils l’avaient annoncé, les chrétiens sont passés à la deuxième phase de leur mouvement de protestation. Après les manifestations, ils ont entamé une grève de la faim « d’une durée illimitée », dernière étape d’un ultimatum lancé il y a plus d’un mois au gouvernement népalais afin qu’il tienne ses promesses de donner des cimetières aux chrétiens (1).

La polémique sur les lieux de sépultures non hindous, loin d’être apaisée par la décision de la Cour suprême le 18 mars dernier de lever l’interdiction faite aux chrétiens d’inhumer leurs défunts dans la forêt de Sleshmantak, jouxtant le temple hindou de Pashupatinath, a été relancée par les hindouistes. Le Pashupati Area Development Trust (PADT), organisme gérant le temple, a fait savoir qu’il ferait appel du jugement et a violemment protesté contre « la profanation » d’un site sacré par la présence de tombes chrétiennes à proximité, accusant le pouvoir de sacrifier à une minorité les intérêts de la nation népalaise hindoue.

Le 23 mars dernier, plus d’un millier de chrétiens toutes confessions confondues ainsi que des leaders hindous, bouddhistes et musulmans ont porté des cercueils dans les rues de Katmandou, manifestant leur volonté d’obtenir la reconnaissance de leurs droits malgré les pressions hindouistes. A l’issue de cette manifestation, 36 chrétiens ont commencé une grève de la faim, dont les participants devraient se relayer, dans le Parc de la paix (Shanti Batika), au centre de la capitale. Sous une tente devant laquelle est exposé symboliquement un cercueil, les manifestants chantent des cantiques et prient, derrière de grands écriteaux expliquant aux passants qu’ils n’absorberont ni eau ni nourriture avant d’avoir été entendus par le gouvernement.

En février déjà, Chari G. Gahatraj, secrétaire général du Comité consultatif chrétien sur la Constitution népalaise (Christian Advising Committee) avait prévenu les autorités que les chrétiens étaient lassés de ne pas obtenir de réponses à leurs nombreuses requêtes. Il avait menacé d’organiser une manifestation d’une durée indéterminée avec grève de la faim et blocage des routes par les cadavres sans sépulture, si aucune solution n’était proposée avant la mi-février.

Ce 29 mars, septième jour du jeûne, des défenseurs des droits de l’homme, des leaders bouddhistes et le secrétaire du Comité consultatif chrétien, C. G. Gahatraj, sont venus apporter leur soutien aux grévistes. Après avoir rappelé que, faute d’action du gouvernement, les chrétiens avaient « été forcés de procéder à la crémation des cadavres ou à leur inhumation très loin de Katmandou » dans la clandestinité, C. G. Gahatraj a été applaudi par la foule lorsqu’il a déclaré qu’il « allait demander aux Nations Unies de transférer [les chrétiens] ailleurs, puisque le gouvernement considérait encore que deux millions de chrétiens (2) n’avaient pas droit à un statut de citoyen à part entière ».

Un nouvel ultimatum a été lancé par le Rév. Sunder Thapa, président du Comité consultatif chrétien, qui a averti les autorités népalaises que le mouvement de protestation prendrait davantage d’ampleur si aucune réponse n’était apportée à leurs demandes légitimes d’ici la fin de la semaine. « Si rien n’est fait, nous irons enterrer nos morts à Tundikhel (3) », a menacé C.G. Gahatraj, qui a ajouté : « Que ressentirait le Premier ministre Jhalanath Khanal (4) si son père mourait et qu’on lui disait qu’il ne peut pas procéder à la crémation [selon le rite hindou], mais qu’il doit jeter son corps dans la rivière Trisuli ? »

Notes

(1) Voir EDA 548, 545
(2) Au sujet de ce chiffre, contesté, du nombre de chrétiens au Népal, voir
EDA 543
(3) Situé au centre de Katmandou, Tundikhel est l’esplanade où se déroulent traditionnellement les défilés militaires.
(4) Le communiste Jhalanath Khanal a été élu Premier ministre du Népal le 3 février 2011, après des mois d’instabilité politique et de vacance de pouvoir.