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Asie du Sud - Népal

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Les chrétiens manifestent dans Katmandou afin d’obtenir du gouvernement le droit d’inhumer leurs défunts [ Bulletin EDA n° 548 ]

Les chrétiens manifestent dans Katmandou afin d’obtenir du gouvernement le droit d’inhumer leurs défunts

23/03/2011

Lassés des atermoiements des autorités, les chrétiens du Népal ont mis leur menace à exécution et se pressent dans la capitale en portant des cercueils en signe de protestation. Ce mercredi 23 mars, plus d’un millier de chrétiens, toutes confessions confondues, ont manifesté dans les rues de Katmandou, exigeant que le gouvernement tienne ses promesses et leur permette d’enterrer leurs morts.

Brandissant des banderoles où l’on peut lire : « Où est notre cimetière ? », les communautés chrétiennes du Népal réagissent à la violente vague d’opposition hindouiste qui a suivi, le 18 mars dernier, la décision de la Cour suprême de lever l’interdiction faite aux chrétiens d’inhumer leurs défunts dans la forêt de Sleshmantak, qui jouxte le temple hindou de Pashupatinath, près de Katmandou. Ce jugement semblait pourtant mettre fin à la polémique déclenchée en décembre dernier par le Pashupati Area Development Trust (PADT), organisme gérant le temple hindou, qui avait manu militari interrompu les cérémonies d’inhumation et commencé à détruire les tombes des chrétiens (1).

La forêt de Sleshmantak, qui s’étale à proximité des ghats, plateformes de crémations de la ville sainte hindoue de Pashupatinath, est un lieu de sépulture traditionnel pour certaines communautés hindoues aux rites particuliers et quelques ethnies dont les Kirantis (2). Les chrétiens de Katmandou avaient commencé à ensevelir leurs défunts dans la forêt de Sleshmantak, faute de place dans les quelques cimetières saturés de la capitale et n’obtenant pas de terrain du gouvernement, malgré les nombreuses et pressantes demandes de leur communauté, en pleine expansion.

L’interdiction de la PADT s’étant étendue à tous les non-hindous, les Kirantis avaient, début février, bloqué en signe de protestation les routes menant à la capitale et organisé des manifestations à Pashupatinath qui avaient dégénéré en affrontements. Les chrétiens, catholiques comme protestants, avaient de leur côté posé un ultimatum au gouvernement, menaçant de déposer leurs morts sans sépulture devant le Parlement, si une réponse à leurs demandes légitimes d’obtenir « le droit d’enterrer leurs morts selon leurs rites » n’était pas donnée avant la fin du mois.

La décision de justice du 18 mars dernier n’a cependant pas mis fin au conflit entre les chrétiens et les hindouistes de Pashupatinath, la PADT ayant signifié qu’elle ferait appel du jugement de la Cour suprême qu’elle a qualifié d’« insulte faite aux hindous du monde entier ». Depuis décembre dernier, l’hostilité des hindouistes de Pashupatinath envers les chrétiens a été croissant jusqu’à la destruction et la profanation des tombes fin février par les sadhus (ascètes hindous) rassemblés sur le site sacré à l’occasion de Shivaratri (3).

Le dimanche 20 mars, à l’initiative du Comité consultatif chrétien sur la Constitution, les différentes religions du pays étaient représentées à un rassemblement « pour la tolérance interreligieuse et le respect des religions et des cultures ». Pasang Bajra Lama, vice-président d’une association de l’ethnie tamang, a exprimé sa solidarité envers la communauté chrétienne réitérant que « nul ne pouvait aller à l’encontre des pratiques religieuses » des différentes communautés du Népal. Un avis partagé par les autres intervenants dont des musulmans et des bouddhistes, qui ont souligné le fait que le Népal était aujourd’hui un pays laïc (4) et que, par conséquent, tous les groupes religieux devaient être traités de la même façon. La seule note discordante est venue de Damodar Gautam, président de la World Hindu Federation, très puissante dans le pays à forte majorité hindoue. Rappelant que Pashupatinath était un lieu sacré par les hindous et qu’à ce titre, les « chrétiens ne devaient pas heurter leur croyance religieuse » en y introduisant des sépultures, il a affirmé son opposition à la décision de la Cour suprême. « Les chrétiens doivent trouver eux-mêmes une alternative aux inhumations sur le site, ou le gouvernement doit s’en occuper pour eux », a t-il déclaré.

Alors que les chrétiens sont victimes d’attaques croissantes au Népal et qu’une série d’attentats visant des églises ainsi que des bâtiments d’Etat a été récemment déjouée (5), ces tensions interreligieuses sont prises au sérieux par le gouvernement qui voit l’instabilité politique du pays renforcée par la montée de l’extrémisme hindou.

Aujourd’hui, si la communauté chrétienne (surtout protestante) connaît indéniablement une forte expansion au Népal (certains parlent de deux millions de croyants), il reste difficile de la quantifier avec exactitude, le seul chiffre fiable étant celui des 8 000 catholiques inscrits dans les registres des paroisses du pays.

Notes

(1) Voir EDA 545
(2) Les Kirantis (ou Kirants) regroupent différentes ethnies d’origine tibéto-birmane (Rai, Limbu, Yakha, Sunuwar) d’implantation ancienne au Népal. Leur religion, distincte du bouddhisme et de l’hindouisme, est organisée autour de leur livre saint appelé Mundhum.
(3) Shivaratri, la « Grande nuit de Shiva », est l’une des principales fêtes hindoues du Népal. De nombreux pèlerins et sadhus viennent au temple de Pashupatinath, où le dieu Shiva est vénéré sous la forme de Pashupati, le « Maître des êtres vivants ».
(4) Jusqu’en 2006, l’hindouisme était la religion officielle du royaume du Népal.
(5) Le responsable de ces attaques en série, planifiées pour « semer la panique » et faire « un maximum de victimes », était Ram Prasad Mainali, ex-leader du groupuscule nationaliste hindou Nepal Defence Army. Le complot, déjoué par la police début mars, avait été organisé par l’hindouiste depuis sa prison où il purget une condamnation pour de multiples actes de terrorisme dont l’attentat à la bombe meurtrier de l’église catholique de l’Assomption à Katmandou en mai 2009.