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Asie du Sud - Népal

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Un an après l’attentat meurtrier contre l’église de l’Assomption de Katmandou, les chrétiens organisent pour la Pentecôte une célébration du pardon [ Bulletin EDA n° 530 ]

Un an après l’attentat meurtrier contre l’église de l’Assomption de Katmandou, les chrétiens organisent pour la Pentecôte une célébration du pardon

24/05/2010

Le Samedi 23 mai 2009, une bombe explosait dans l’église catholique de Assomption, principal lieu de culte catholique du Népal. Avec plus de 500 participants, l’église était comble pour la messe dominicale qui se tient habituellement le samedi, jour férié hebdomadaire au Népal. L’engin meurtrier tuait trois personnes, blessait gravement une quinzaine d’autres et laissait sous le choc toute la communauté chrétienne du Népal (1).

Le dimanche de Pentecôte coïncidait cette année, jour pour jour, avec le triste anniversaire de l’attentat. Des centaines de chrétiens de toutes confessions s’étaient réunis avec leurs prêtres et leurs pasteurs sur un vaste terrain jouxtant l’église de l’Assomption, à Lalitpur, dans la banlieue de la capitale. Alternant cantiques et prières pour le Népal, ceux qui avaient perdu un de leurs proches dans l’explosion ou avaient été blessés, ont exprimé leur pardon aux auteurs de l’attentat, des membres d’un groupe terroriste, le Nepal Defence Army (NDA), qui revendique le retour à un Etat hindou (2).

 

« Je suis allé rencontrer les deux principaux responsables de la mort de ma femme et de ma fille », a témoigné Balan Joseph, 42 ans, lui-même sévèrement blessé lors de l’explosion. « Je leur ai pardonné et je prie pour eux ».Il s’est également adressé aux participants, les incitant à accorder leur pardon aux auteurs de l’attentat.

 

Une autre victime, Samuel Rai, qui a passé quatre mois à l’hôpital pour brûlures graves a déclaré à l’agence Ucanews (3) qu’il « avait complètement pardonné » aux terroristes hindouistes. « Je pense même que ce qui m’est arrivé fait partie du plan de Dieu sur moi », a-t-il ajouté.

 

Selon tous les participants à cette grande cérémonie oecuménique de Pentecôte, une autre conséquence positive du drame a été le renforcement des liens oecuméniques entre les chrétiens et même entre les autres religions.

 

Le P. Robin Rai, vicaire de la paroisse de l’Assomption, rapporte ainsi que de nombreux chrétiens non catholiques ont donné pour les victimes et prié pour eux. Il cite pour exemple « La voix des martyrs », un site Internet chrétien d’obédience protestante, qui a fourni des fonds pour payer les soins et les hospitalisations des blessés. « Sans leur aide, il n’aurait pas été possible de rassembler [les] 2 millions de roupies (environ 21 000 euros) [nécessaires] pour soigner les victimes », rappelle le prêtre.

 

Autre grande première au Népal, une grande manifestation silencieuse avait rassemblé fin mai 2009, plus de 7 000 catholiques et protestants dans les rues de Katmandu, et des centaines d’autres dans plusieurs villes du pays, « pour la paix et la non-violence ». Cette démarche avait fortement marqué les autres communautés religieuses du Népal dont certains membres s’étaient joints aux chrétiens (4).

 

Ce 23 mai dernier, Ucanews a rencontré également en prison Ram Prasad Mainali, chef du Nepal Defense Army qui avait revendiqué l’attentat contre l'église catholique de Katmandou. Celui-ci a confié se repentir aujourd’hui de son crime et être en union de prière avec les chrétiens depuis sa prison de Nakkhu. « Je suis heureux que vous soyez venu de l’église de l’Assomption aujourd’hui pour venir me voir », a-t-il ajouté, avant de demander si l’on pouvait lui procurer une bible.

 

Au Népal, pays hindou à plus de 80 %, l’Eglise catholique qui compte quelque 8 000 membres, doit faire face ces derniers temps à une augmentation de l’hindouisme extrémiste, favorisé par une conjoncture politique d’une grande instabilité où les maoïstes tentent de faire tomber le gouvernement à quelques jours de la promulgation de la constitution népalaise (prévue initialement pour le 28 mai prochain) (5).

Notes
  1. Voir EDA 508
  2. Le 29 mai 2009, le Nepal Defense Army avait accompagné sa revendication de l’attentat par ces menaces : « Nous voulons que le million de chrétiens [présents au Népal] quitte le pays, sinon nous mettrons un million de bombes dans toutes les maisons où vivent les chrétiens et nous les ferons exploser ». Le groupe, qui demandait la restauration d’un Etat hindou, avait commencé ses actions peu après l’instauration en 2006 d’une république laïque gouvernée par les maoïstes. Exigeant le départ des étrangers, des ONG et des « religions non-hindoues », le mouvement terroriste avait plastiqué des mosquées, multiplié les attaques contre les chrétiens et assassiné en 2008 le P. John Prakash Moyalan.
  3. Ucanews, 24 mai 2010
  4. Voir EDA 512, 509
  5. Voir EDA 529, 518, 505

Légende photo : Le 23 mai 2009, un attentat à la bombe dans la plus importante église catholique du Népal faisait trois morts et plusieurs blessés. Un an plus tard, les chrétiens témoignenet de leur pardon accordé aux terroristes hindouistes. ©Ucanews