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Asie du Sud - Népal

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Fin du bras de fer politico-religieux opposant le gouvernement maoïste aux prêtres hindous de Pashupatinath, le lieu saint le plus révéré du pays [ Bulletin EDA n° 499 ]

16/01/2009

Le 7 janvier dernier, après une semaine de troubles et de manifestations, le gouvernement népalais a fait machine arrière et réintégré dans leurs fonctions les prêtres indiens du temple hindou de Pashupatinath qu’il avait remplacés quelques jours auparavant par des prêtres népalais, brisant ainsi une tradition séculaire.

Le temple de Pashupatinath, l’un des plus célèbres lieux de pèlerinage du sous-continent indien, ...

... a été, début janvier, l’enjeu d’un conflit sans précédent opposant le gouvernement, dirigé par les maoïstes (1), aux prêtres du culte, très influents dans un pays qui compte près de 80 % d’hindous. De la même façon que les dirigeants népalais, prenant la place des prêtres royaux, avaient nommé en septembre dernier une kumari, déesse vivante (2), les maoïstes ont tenté d’imposer des prêtres népalais qu’ils avaient eux-mêmes désignés pour remplacer les prêtres indiens Bhattas, traditionnellement chargés du culte.

A Pashupatinath, souvent appelé « la Bénarès du Népal », les hindous vénèrent le dieu Shiva sous sa forme pacifique de Pashupati, « le Maître du troupeau ». Le temple attire plus d’un million de pèlerins chaque année et est bordé par la Bagmati, rivière sacrée au bord de laquelle ont lieu des crémations. Depuis trois siècles, les Bhattas qui y officient sont des brahmanes choisis en Inde du sud, en raison de leur formation tantrique considérée comme supérieure à celle des prêtres népalais. Ils sont assistés par des « servants du temple », des Bhandaris, d’origine népalaise (3).

Sur fond de polémique anti-indienne, le gouvernement du Népal avait décidé d’effectuer des changements dans le clergé afin de redonner une « transparence financière » au temple. Selon différents médias indiens et népalais, le ministre maoïste de l’Information et de la Communication, Krishna Bahadur Mahara, avait déclaré que les dons faits au temple de Pashupatinath par les fidèles étaient détournés au profit de l’ancienne famille royale et de l’Inde. « Depuis des années, personne ne sait ce qu’il advient des dons faits au temple (…). En réalité, l’argent va directement au palais et à New Delhi. »

La théorie selon laquelle leur puissant voisin complote avec l’ancienne monarchie est récurrente dans les propos du gouvernement maoïste népalais. Depuis que Gyanendra Shah a été destitué en mai 2008, les maoïstes craignent que l’ex-roi du Népal, qui vit toujours dans un palais de la banlieue de Katmandou, ne fomente un coup d’Etat, appuyé par l’Inde, afin de reprendre le pouvoir.

Le 1er janvier 2009 (4), sous escorte policière et encadrés par des membres de la Young Communist League (YCL), les prêtres népalais nommés par le gouvernement étaient installés de force au temple de Pashupatinath. La Cour suprême du Népal venait cependant de publier un arrêt demandant au Pashupati Area Development Trust (PADT), qui gère le temple hindou, de laisser les prêtres indiens célébrer le culte jusqu’au règlement du conflit et de ne pas intervenir dans les affaires religieuses du pays. Le vendredi 2 janvier, Pramananda Shakya, le directeur du PADT (5), récemment nommé par le Premier ministre, déclarait : « Les anciens rois étaient les patrons du temple et participaient au choix des prêtres. Aujourd’hui, cette tradition est enterrée (…). C’est maintenant le Premier ministre qui est le patron du temple » (6).

Le conflit s’est envenimé davantage avec la déclaration de l’ancien roi du Népal Gyanendra, lors d’une conférence de presse tenue le samedi 3 janvier, dans laquelle il demandait au gouvernement de laisser le lieu saint en dehors des querelles politiques : « Depuis des siècles, le Népal est un exemple pour le monde entier de coexistence pacifique et harmonieuse entre les religions (…). Ne laissons pas ternir l’image de notre pays » (7).

C’est le lendemain, 4 janvier, que les violences ont éclaté avec l’irruption dans le sanctuaire d’une centaine de membres se réclamant du parti maoïste, qui ont attaqué les prêtres indiens et les bandharis afin de les empêcher de tenir une conférence de presse, et blessé une dizaine de personnes, dont un cameraman travaillant pour la télévision d’Etat. Les prêtres du culte déclaraient alors que leurs démissions avaient été obtenues sous la pression, réfutant les accusations de détournement de fonds et accusant Katmandou de vouloir mettre la main sur le trésor du temple en plaçant des personnes à leur solde.

Ignorant l’ordre de la Cour suprême, K. B. Mahara, ministre de la Communication, a affirmé, le 5 janvier, qu’il maintenait les prêtres népalais nouvellement nommés dans leurs fonctions. Le Parti du Congrès népalais, auquel se sont joints les autres partis d’opposition et tous les mouvements pro-hindous, a immédiatement organisé une grande manifestation le lendemain, 6 janvier, à Katmandou. Parallèlement le Rastriaya Prajatantra Party Nepal, un mouvement hindou en faveur du roi Gyanendra, a lancé des marches de protestation partout dans le pays.

Da Damodar Gautam, président de la branche népalaise de la World Hindu Federation, mouvement pan-hindou, a déclaré qu’il était possible de changer les lois et les principes politiques mais pas les croyances et les traditions. Il a demandé au gouvernement maoïste de retirer immédiatement sa décision, faute de quoi il « solliciterait le soutien de la communauté internationale ».

De son côté, l’Inde n’a pas tardé à réagir : Rajnath Singh et Lal Krishna Advani, respectivement ancien et actuel présidents du Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), pro-hindou radical, ont demandé au Premier ministre népalais, dès le début des troubles à Pashupatinath, de « respecter les sentiments religieux des hindous du monde entier ».

Mais c’est la visite officielle au Népal de l’ancien ministre indien de la Défense, Mulayam Singh Yadav, président du Samajwadi Party (parti socialiste), pendant les événements du dimanche 4 janvier, qui semble avoir joué le rôle le plus décisif dans le revirement du Premier ministre népalais, lequel a été prié par le représentant de l’Inde de juguler rapidement le conflit. Un autre élément a également pesé dans la balance, en la personne d’Amitabh Bachchan, star de Bollywood, adulé en Inde comme au Népal. L’acteur, qui devait accompagner M. S. Yadav, a annulé son voyage afin de marquer sa désapprobation vis-à-vis du gouvernement népalais, faisant ainsi la Une des tabloïds indiens.

Pris sous le feu croisé de ces condamnations politiques autant que religieuses, le Premier ministre Prachanda est revenu sur sa décision le 7 janvier, annonçant à l’Assemblée constituante qu’il respectait la décision de la Cour suprême : « Je restaure le statut précédent (du temple) à partir de ce soir. J’ai demandé au chef des prêtres Mul Bhatta de reprendre ses fonctions » (8).

Dans le temple de Pashupatinath, revenu au calme, le chef des prêtres Bhattas et deux assistants ont clôturé l’incident par une cérémonie de purification de l’espace sacré, profané par les interventions des maoïstes et les « rituels inappropriés » des prêtres népalais. Plus de 2 000 personnes, comprenant des fidèles, des membres du temple et des leaders politiques, ont pris part à la célébration.
 

Notes
  1. Après dix ans d’une guérilla contre la dynastie Shah qui a fait plus de 13 000 morts, les maoïstes se sont emparés du pouvoir en 2006, établissant une Assemblée constituante qui a aboli la monarchie, remplacée par une République démocratique fédérale du Népal en mai 2008.
  2. Voir EDA 492.
  3. Le temple de Pashupatinath, consacré à Shiva, est desservi par quatre prêtres Bhattas d’origine indienne et une centaine de Bhandaris issus de l’ethnie newar et nés dans la région de Pashupatinath.
  4. AFP, 2 janvier 2009.
  5. Le PADT a été créé en 1986. Tout d’abord dirigé par la famille royale, il est passé, lors des changements politiques des années 1990, sous la direction du ministre de la Culture. En 2006, avec l’arrivée des maoïstes au pouvoir, le PADT a été mis sous le contrôle direct du Premier ministre.
  6. AFP, 2 janvier 2009.
  7. The Hindu, 4 janvier 2009.
  8. The Telegraph, 7 janvier 2009.