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Asie du Sud - Inde

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Orient Extrême : L’explosion démographique indienne et ses conséquences

Orient Extrême : L’explosion démographique indienne et ses conséquences

29/05/2018

Rencontre avec Alain Lamballe, général de l’Armée de terre, docteur en sociologie politique et fin connaisseur des questions indiennes. Au micro de Louis-Auxile Maillard, animateur de l’émission Orient Extrême, en partenariat avec Radio Notre Dame, le général Alain Lamballe livre son analyse de l’explosion démographique indienne et de ses conséquences sur les tensions communautaires et sur l’environnement. Extraits. 

Églises d’Asie : Alain Lamballe, vous êtes général de brigade, cadre de réserve de l’armée de terre. Vous êtes aujourd’hui spécialiste de la question indienne. Aujourd’hui, comment se porte la démographie en Inde en quelques chiffres ?

Général Alain Lamballe : L’explosion démographique en Inde est aujourd’hui un problème majeur. En ce qui concerne l’Inde, il faut avoir en tête quelques chiffres. En 1947, au moment de l’indépendance de l’Inde, la population était de 300 millions d’habitants. Elle est actuellement d’un milliard 320 millions d’habitants environ. La population a donc été multipliée par plus de quatre depuis 1940, ce qui est évidemment énorme. Et elle continue d'augmenter au même rythme, car des problèmes de planification familiale n’arrivent pas à être résolus, à cause d’un certain radicalisme et des tensions entre les deux principales communautés du pays, à savoir les hindous et les musulmans.

Comment les Indiens sont-ils répartis en termes de communautés religieuses ?
Les hindous constituent l’immense majorité de la population indienne, soit un peu moins de 80 %, et les musulmans représentent entre 14 et 15 %, le reste étant réparti entre chrétiens, sikhs et animistes. Mais il faut savoir que la proportion des hindous diminue régulièrement au fil des ans, même si leur proportion reste considérable. Malgré tout, la population musulmane augmente plus rapidement. On s’en aperçoit dans les provinces à majorité musulmane, au Cachemire, mais aussi là où il y a de fortes minorités musulmanes comme en Assam et au Kerala.

Et les relations entre ces deux communautés posent problème ?
Oui, car il y a une volonté de la part des radicaux hindous, et je parle bien des radicaux, de maintenir cette suprématie numérique. Cela empêche évidemment une planification familiale chez les hindous, et chez les musulmans radicaux, on constate le même phénomène. Cela dit, il faut quand même rappeler que l’Inde n’est pas à feu et à sang. Mais il y a effectivement des problèmes majeurs entre les communautés hindoues et musulmanes, pour des motifs parfois les plus futiles. Comme l’accès à l’eau, mais aussi aux temples, aux mosquées…

Y a-t-il une forme d’autorité centrale chez les hindous ou chez les musulmans ?
Il n’y a pas d’autorité centrale chez les hindous, et il n’y en a pas non plus chez les musulmans. Mais il faut signaler l’importance de la communauté musulmane par rapport à l’oumma. Les hindous sont seuls dans le monde. Bien sûr, c’est difficile à dire quand on sait qu’il y a 1,3 milliard d’Indiens, mais c’est pourtant le cas. Et la diaspora indienne est relativement peu nombreuse, seulement 22 millions. Alors que les musulmans de l’Inde, ainsi que ceux du Pakistan et du Bangladesh, font partie d’une communauté musulmane qui va de l’Atlantique jusqu’en Indonésie, et même jusqu’au sud des Philippines. Cela représente 1,5 milliard d’individus. Il y a bien sûr des différences majeures au sein de l’islam, entre les sunnites, les chiites et d’autres sectes. Malgré tout, c’est tout de même une communauté forte. Les hindous sont donc un peu apeurés, car si l’on considère l’ensemble de l’Asie du Sud, leur suprématie numérique n’est pas aussi importante dans la région qu’elle ne l’est en Inde. Le pays est entouré de deux pays à forte majorité musulmane, le Pakistan à l’ouest, et le Bangladesh à l’est. Et la natalité de ces deux pays musulmans est encore bien plus importante qu’en Inde.

Est-ce que les hindous ont vocation à convertir d’autres peuples à l’hindouisme ?
Ce n’est pas impossible, mais cela dit, les conversions à l’hindouisme sont rarissimes. On naît hindou, on ne le devient pas. Par contre, l’inverse existe et cela préoccupe les hindous, même si c’est relativement rare également. En général, les hindous qui se convertissent deviennent plutôt bouddhistes, même si certains se convertissent à l’Islam.

Et la minorité chrétienne dans tout ça ?
Les chrétiens sont peu nombreux, entre 2 et 3 % de la population. Ils vivent essentiellement dans le nord-est de l’Inde, en Assam et au Kerala. Ils sont soumis, eux aussi, à des pressions de la part des radicaux hindous. Des tensions existent entre hindous et chrétiens, et ceux-ci sont malmenés comme peuvent l’être d’autres minorités. Bien sûr, les chrétiens peuvent jouer un rôle important là où ils sont plus nombreux. Par exemple, au Kerala, ils représentent environ 25 % de la population, et cet État a la particularité de se diviser presque à parts égales entre hindous, musulmans et chrétiens.

Quelles sont les conséquences de cette explosion démographique sur l’agriculture ?
Les hindous sont nombreux à être végétariens, voire végétaliens. Ils ne consomment donc pas de viande, et ceci a naturellement des répercussions sur l’agriculture et sur l’élevage. Les musulmans, au contraire, consomment de la viande, comme du bœuf ou de l’agneau. Pour le moment, l’Inde est autosuffisante sur le plan alimentaire. Elle est même capable d’exporter certaines céréales, ce qui pose d’ailleurs certains problèmes dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce. Mais cette autosuffisance pourrait ne pas durer, car l’explosion démographique continue de progresser. Il faudra résoudre le problème des sols. Il y a certainement des cultures qui devraient être abandonnées au profit d’autres, parce que certaines consomment trop d’eau – c’est le cas de la canne à sucre, par exemple.

Le système des castes se perpétue toujours aujourd’hui ?
Oui, il se perpétue, d'ailleurs la constitution ne l’a pas interdit. Elle a simplement interdit la discrimination due aux castes. Mais elles perdent une certaine importance sur le plan économique, notamment dans les villes, parce que les gens vivent ensemble et travaillent ensemble. Malgré tout, les castes conservent une importance pour les mariages par exemple. Mais la société indienne commence à se transformer, ce qui diminue l’influence des castes.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir de l’Inde ?
Oui, d’une certaine manière, parce que l’Inde a une élite incontestable. Mais il faut que le pays parvienne à traiter certains problèmes fondamentaux. Celui de l’explosion démographique, d’une part, ainsi que celui des tensions entre les différentes communautés, notamment hindoues et musulmanes. Cela me semble absolument indispensable pour l’avenir de l’Inde.

Interview réalisée par Louis-Auxile Maillard, animateur de l’émission Orient Extrême, en partenariat avec Radio Notre Dame.