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Arunachal Pradesh : des catholiques « intégrés et engagés » – rencontre avec Mgr Palliparampil, évêque de Miao

Arunachal Pradesh : des catholiques « intégrés et engagés » – rencontre avec Mgr Palliparampil, évêque de Miao

08/06/2017

Mgr George Palliparampil, 63 ans, est l’évêque de Miao depuis le 7 décembre 2005, jour où ce diocèse a été érigé par le pape Benoit XVI : ce diocèse se situe dans le Nord-Est de l’Inde, en Arunachal Pradesh, une région montagneuse, longtemps interdite aux missionnaires chrétiens mais où l’Eglise connaît ...

... un remarquable essor : près de 20 % de la population y est catholique, alors que les premières conversions ont eu lieu dans les années 1970.

La jeune Eglise locale revendique le patronage spirituel de deux missionnaires français, les PP. Nicolas Krick et Augustin Bourry, prêtres des Missions Etrangères de Paris (MEP), assassinés en 1854 par des autochtones de cette région, dans le village de Somme, alors qu’ils tentaient de se rendre au Tibet (1).

Mgr Palliparampil, religieux salésien, ordonné prêtre le 19 décembre 1982, a été le premier missionnaire à obtenir l’autorisation officielle de séjourner dans cette région. De passage à Paris, il a accepté de répondre aux questions d’Eglises d’Asie.


Eglises d’Asie : Mgr Palliparampil, vous avez été missionnaire pendant vingt ans en Arunachal Pradesh, un Etat du Nord-Est de l’Inde, et vous avez été nommé évêque de Miao le 7 décembre 2005, jour où ce diocèse a été érigé par le pape Benoit XVI. Mgr Palliparampil, qui êtes-vous ?

Mgr George Palliparampil : Je suis originaire du sud de l’Inde, du Kerala. J’ai grandi dans une famille catholique et je suis le fruit de rencontres.

La rencontre du P. Emmanuel Albizzuri, SDB, dont le travail missionnaire m’a inspiré. Il m’a fait rencontrer des jeunes de l’Arunachal Pradesh, une région alors interdite d’accès, qui se rendaient en dehors de leur Etat pour étudier, pour travailler.

En tant que jeune séminariste, la rencontre du P. Thomas Menamparampil a été déterminante. Il nous faisait part de la mission en Assam, dans d’autres Etats du Nord-Est de l’Inde, à l’exclusion de l’Arunachal Pradesh ; la situation particulière du North-East Frontier Agency [nom de l’actuel Etat de l’Arunachal Pradesh jusqu’en 1972], me passionnait. J’ai lu quantité de livres à ce sujet pendant mes études.

En 1980, pendant mes vacances, je suis allé en mission à la frontière de cette région interdite. Dans le village de Gumto, où j’ai fait la rencontre de jeunes, une rencontre fondatrice. Nous avons construit une église dans ce village, bénie le 24 décembre de cette même année. Une église aujourd’hui devenue un important centre de retraites, et des jeunes, aujourd’hui devenus des responsables de l’Eglise en Arunachal Pradesh.

En 1992, j’ai été chanceux, j’ai été le premier à obtenir l’autorisation de travailler officiellement en Arunachal Pradesh.

L'Arunachal Pradesh, un Etat du Nord-Est de l'Union indienne.

Premier missionnaire à avoir obtenu une autorisation officielle de séjourner dans une région longtemps interdite aux missionnaires, pouvez-vous présenter l’histoire de l’Eglise dans cette région ? Dans quel état avez-vous trouvé cette jeune Eglise à votre arrivée ?

En 1992, j’ai commencé à rester dans le village de Borduria, où plus de 900 personnes avaient été baptisées dans la foi catholique, en 1979, suite à la conversion de M. Wanglat Lowangcha, chef du village [qui, en 1994, avait accepté de répondre aux questions d’Eglises d’Asie : voir ici]. Nous avons ouvert une école, et les hostilités ont cessé : les élèves apprenaient vite, et se rendaient utiles.

Dans cette région, nous avons pu être confrontés à des croyances locales, hostiles, par exemple, aux enfants avec un bec de lièvre, ou aux jumeaux ; considérés comme une malédiction, ces enfants étaient éliminés. Avec M. Wanglat, nous avons organisé de nombreuses réunions pour demander aux gens de mettre un terme à ces pratiques. Puis nous leur avons demandé de nous confier ces enfants, nous leur avons dit que nous nous en occuperions. Nous avons alors ouvert un centre, mais nous ne savions pas comment prendre soin de ces nouveau-nés. Je suis allé à Calcutta, rencontrer Mère Teresa, qui a accepté d’envoyer quatre sœurs pour s’occuper du centre. C’était en 1992, et nous avons depuis recueilli de nombreux enfants. Peu à peu, les mentalités ont changé, les gens ont cessé de tuer leurs enfants car ils ont vu que ceux-ci grandissaient comme les autres. Désormais, les sœurs s’occupent des femmes célibataires enceintes et les accompagnent dans leur grossesse.

En 1992, nous avons organisé le premier rassemblement de catholiques dans la capitale de l’Etat. En 1993, nous avons pu construire notre première église. Et Mère Teresa a été autorisée par les autorités à venir à la consécration de l’église. C’est la première fois qu’elle était autorisée à pénétrer dans cette région.

Peu à peu, nous avons appris les dialectes locaux, traduit les textes dans leurs langues, nous avons construit des écoles, des hôpitaux, des lieux d’accueil, ...

Vingt-cinq ans après avoir été autorisé à vous installer en Arunachal Pradesh, désormais évêque, quelle est la situation actuelle de l’Eglise locale ?

Dans cette Eglise, il existe un profond intérêt spirituel. Dans les vingt-deux paroisses de mon diocèse, les fidèles participent à au moins deux retraites par an. Et, au regard du nombre des vocations, je vois l’avenir se dessiner, et je m’en réjouis. Dans notre séminaire diocésain, ouvert en 2006, les premières ordinations auront lieu cette année, en décembre 2017.

Mais au sein de cette Eglise dynamique, je dois souligner le rôle des laïcs. C’est une Eglise dirigée par les laïcs. Au sein de la conférence pastorale, nous discutons de tout ce qui concerne l’Eglise. Et les laïcs y sont particulièrement nombreux. L’Association catholique d’Arunachal Pradesh est particulièrement active : ses membres, des laïcs, hommes et femmes, bénévoles, s’engagent pour résoudre les problèmes, partout dans la région. Ils résolvent les difficultés avec les autorités civiles. Et ils sont même en train de construire un bâtiment, un centre d’hébergement pour les hôtes de passage, dans la capitale de l’Etat.

En mars et avril derniers, un jeune avocat et son groupe d’amis ont visité les 63 villages de leur tribu. Ils ont passé une nuit dans chaque village. Ils ont rassemblé les gens dans les églises, ont prié avec eux, les ont instruit, et leur ont donné des conseils juridiques. Cette initiative, ils l’ont financée eux-mêmes, sans en avertir le clergé. Ils m’ont seulement demandé une bénédiction.

L’Eglise est véritablement implantée en Arunachal Pradesh. Les laïcs ressentent qu’ils sont l’Eglise. Une Eglise qu’ils doivent contribuer à construire, qu’ils doivent aider à grandir. Je suis rempli d’espérance. 

Ce remarquable essor a-t-il été bien accueilli par les responsables des autres communautés religieuses locales ?

Oui, vraiment bien accueilli. En Arunachal Pradesh, il n’y avait que des bouddhistes. Ceux-ci se sont réjouis de l’essor du christianisme car ces tribus, non bouddhistes, avant leur conversion, étaient souvent particulièrement violentes. Cette violence s’est réduite de manière spectaculaire, ces tribus sont devenues pacifiques. Il existe une sorte de reconnaissance envers la religion chrétienne, pour avoir fait de ces tribus des chrétiens, et des chrétiens paisibles. C’est ce qu’a exprimé M. Dorjee Khandu [un homme politique indien appartenant au Parti du Congrès, sixième dirigeant de l’Arunachal Pradesh, réélu en 2009 et décédé en 2011 dans un accident d’hélicoptère] ; de la reconnaissance.

En outre, nos écoles, nos installations bénéficient à tout le monde. Elles ne sont pas réservées aux chrétiens, elles sont ouvertes à tous. Avant que nous n’installions des écoles dans la région, les parents devaient envoyer leurs enfants étudier dans d’autres Etats : cela coûtait cher, c’était cause de soucis et de préoccupations. Maintenant, les enfants n’ont plus à effectuer un long périple pour se rendre à l’école.

L’Eglise est très bien acceptée, ce dont je me réjouis.

Depuis l’arrivée au pouvoir du BJP (Parti du peuple indien, le parti nationaliste hindou) à New Delhi en 2014, la situation de l’Eglise en Arunachal Pradesh a-t-elle changé ? Est-il possible de vivre et témoigner de sa foi ?

Par rapport aux autres Etats de l’Union indienne, la situation est très différente en Arunachal Pradesh. Surtout si l’on compare avec les Etats du Centre et du Nord du pays. En Arunachal Pradesh, et dans le Nord-Est de l’Inde, le BJP ne s’oppose pas aux chrétiens car les responsables laïcs sont particulièrement influents. D’autant que le système de castes ne s’applique pas chez nous, car c’est une zone tribale.

Prenons un exemple. Cette année, le gouvernement central a déclaré que le Vendredi Saint serait travaillé, alors qu’il était chômé jusqu’à présent. Mais un parlementaire d’Arunachal Pradesh a pris l’initiative d’écrire au Premier ministre pour lui indiquer que, dans le Nord-Est, ce jour-là ne serait pas travaillé. J’ai écrit un email à ce parlementaire, pour le féliciter. « C’est mon devoir », m’a-t-il répondu.

Je vous ai précédemment parlé de M. Wanglat Lowangcha, l’un des premiers baptisés en Arunachal Pradesh. Et bien, il est membre du BJP et il pourrait intégrer le Parlement, à Dehli, aux prochaines élections, en 2019. C’est un membre de longue date du BJP. De nombreux catholiques appartiennent à ce parti, dans mon diocèse. Il y a des chrétiens dans tous les partis politiques, et dans tous les métiers. Ils sont très bien intégrés.

Les chrétiens qui exercent dans l’administration ont même pris l’initiative d’organiser des formations, destinées à des jeunes qualifiés, afin de les préparer aux concours qui auront lieu cet été en Arunachal Pradesh. Une formation de douze jours, animée par des experts qui viennent de toute l’Inde. Une initiative un peu coûteuse, mais extrêmement bénéfique.

Cette jeune Eglise revendique le patronage spirituel de deux missionnaires français, disparus il y a 150 ans. Prêtres des Missions Etrangères de Paris, les PP. Nicolas Krick et Augustin Bourry ont été assassinés en 1854 par des autochtones de cette région. En 2006, dès votre entrée en fonction, vous avez entrepris les démarches en vue de leur béatification. Que représentent-ils pour les catholiques de cette région ? Où en est leur procès de béatification ?

Les PP. Krick et Bourry sont plus populaires en Inde qu’en France. En 1990, avec Mgr Thomas Menamparampil, nous avons refait le trajet que ces missionnaires ont effectué. A Somme, les populations mishmis les connaissaient. Aujourd’hui, dans le Nord-Est de l’Inde, tout le monde accepte le fait que ce sont les deux fondateurs de l’Eglise locale.

Nous avons traduit leurs écrits et les avons communiqués aux prêtres et aux séminaristes. Ils étaient édifiés par leur contenu. Nous n’avons aucun doute quant à leur influence sur l’essor de l’Eglise en Arunachal Pradesh.

Concernant le procès de béatification, la recherche historique a déjà été réalisée, et a été approuvée par le Saint-Siège. Nous effectuons actuellement la recherche théologique. Cela demande du temps, mais nous espérons aller vite. Et, en Arunachal Pradesh, la béatification des PP. Krick et Bourry sera un événement.

Avez-vous des nouvelles concernant la visite pastorale du pape François en Inde et au Bangladesh, annoncée comme « presque sûre » par le Saint-Père en octobre dernier ?

Pour l’instant, à ma connaissance, le gouvernement de l’Union indienne n’a pas encore invité le pape François à se rendre en Inde. Je ne pense pas que le Saint-Père sera invité par ce gouvernement, dont le mandat court jusqu’en 2019. Et le pape ne peut prendre l’initiative de se rendre dans un pays dans lequel il n’a pas été invité par le gouvernement en place…

(eda/pm)

Notes

(1) Cf. Les Porteurs d’espérance, La mission du Tibet-Sud (1848-1854) de Françoise Fauconnet-Buzelin (Paris, éditions du Cerf, 1999) et Le journal de Nicolas Krick, missionnaire et explorateur (1851-1852) de Juliette Buzelin (Paris, Eglises d’Asie - série Histoire, 2001).