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Asie du Sud - Inde

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A Delhi, l’Eglise catholique demande des conditions de travail décentes pour les travailleurs domestiques

A Delhi, l’Eglise catholique demande des conditions de travail décentes pour les travailleurs domestiques

21/06/2016

Le 16 juin dernier, Journée internationale des travailleurs domestiques, le Domestic Workers’ Forum de l’association Chetnalaya, la branche sociale de l’archidiocèse catholique de New Delhi, a organisé une journée de sensibilisation aux droits des travailleurs domestiques, demandant au gouvernement ...

... fédéral d’établir une loi encadrant les droits de ces employés, trop souvent victimes d’abus.

 

©Idé

A New Delhi, près de 300 employés du secteur ont ainsi pu participer à cette journée afin d’être sensibilisés sur leurs droits définis internationalement par la Convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), depuis le 16 juin 2011.

Une convention internationale pas encore ratifiée par l’Inde

La convention « Decent Work for Domestic Work », premier traité international à établir les droits des employés domestiques, a été signée par l’Inde mais n’est toujours pas ratifiée. Ce traité stipule que chaque pays signataire s’engage à fixer un salaire minimum et des conditions de vie et de sécurité décentes pour les employés domestiques de leur pays. Il oblige notamment les pays à garantir aux travailleurs domestiques les mêmes droits que les autres travailleurs en ce qui concerne les périodes de repos quotidien et hebdomadaire, le temps de travail, le paiement des heures supplémentaires et de congés annuels rémunérés, ainsi que la mise en place d’un système de protection adéquate contre la violence.

« Le gouvernement indien a agi positivement en acceptant cette convention, mais, depuis cinq ans, il n’a rien mis en place, déplore Gaurav Tomar, conseiller juridique du Domestic Workers’ Forum de Chetnalaya. Les employeurs veulent que leurs employés domestiques prennent en charge de nombreuses tâches, mais ils ne veulent pas les payer. C’est ainsi, et ces travailleurs sont terriblement dévalorisés. Il est urgent que le gouvernement indien crée une loi pour protéger les employés domestiques de tout abus, et nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que nos demandes soient entendues. »

Près de 5 000 employés domestiques sont inscrits auprès du Domestic Workers’ Forum de Chetnalaya, un organisme créé par l’Eglise catholique pour informer les employés domestiques sur leurs droits et les accompagner dans leurs démarches en cas de difficultés avec leurs employeurs. Selon l’India National Sample Survey Organization, l’Inde comptait 2,52 millions d’employés domestiques en 2010. Les estimations de l’OIT en comptent près de 4 millions.

Une domestique lave du linge chez un particulier à New Delhi.
(ILO/B. Patel)

Les difficiles conditions de travail des employés domestiques

En Inde, les employés domestiques, une main d’œuvre à 90 % féminine, sont recrutés pour nettoyer, cuisiner, s’occuper des enfants et des personnes âgées. Leur profession n’étant pas considérée comme « un véritable emploi », car ne nécessitant pas de « réelles compétences » selon bon nombre de leurs employeurs, ces femmes souffrent souvent de discriminations. De plus, comme elles travaillent la plupart du temps chez des particuliers, derrière des portes closes, il leur arrive d’être exposées à l’exploitation et aux abus, sans aucun moyen de défense, aucun syndicat n’existant dans leur profession.

Sunita Devi, 24 ans, est l’une d’entre elle. Elle se lève à 5 heures du matin, nettoie sa maison et cuisine pour sa propre famille. Ensuite, elle part de chez elle. A New Delhi, elle travaille comme employée domestique dans cinq maisons différentes, du lever au coucher du soleil, pour un maximum de 1 500 roupies par mois (19 euros) par employeur. « Mon mari ne gagne presque rien, je dois travailler dur pour nourrir mes deux fils, et c’est souvent difficile de joindre les deux bouts. Parfois, mes employeurs me donnent leurs restes alimentaires. Il n’y a pas de dignité pour les employés domestiques, mais comme nous avons besoin d’argent, nous sommes obligées de faire avec », confie-t-elle.

« La question de l’exploitation des employés de maison est un sujet très grave en Inde. Certaines personnes travaillent 16 à 18 heures par jour sans protection du droit du travail, sans contact avec leur famille, pendant que d’autres sont sujettes au harcèlement physique, mental ou sexuel », précise Anushika Thompson, responsable plaidoyer au Domestic Workers’ Forum de Chetnalaya.

La plupart des employés domestiques indiens, tout comme la majeure partie des travailleurs issus de « l’économie informelle », sont souvent des dalits ou des adivasis (aborigènes) issus des OBC (Other Backward Classes, classes économiquement et sociologiquement « arriérées »), qui, selon le P. Joseph Jude, président du Bureau pour le Travail de la Conférence des évêques catholiques d’Inde, « souffrent pour la plupart d’illettrisme et de manque d’instructions et ne sont donc pas en mesure de comprendre leurs droits ».

(eda/nfb)