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Asie du Sud - Inde

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Déesses battues : une campagne choc contre les violences envers les femmes

Déesses battues : une campagne choc contre les violences envers les femmes

10/09/2013

Tout le paradoxe de l’Inde est résumé dans la campagne choc montrant des images des trois divinités hindoues féminines les plus révérées du panthéon hindou avec des marques de coups, telles des femmes battues. Ces images de déesses incarnées par des mannequins qui ont été photographiées puis retouchées pour donner ...

... l'illusion d'une peinture, portent les attributs reconnaissables des trois déesses, maquillées et habillées comme les plus belles statues des temples, couvertes d’or et de bijoux précieux, mais présentent des marques de coups, des bleus et des blessures qui les défigurent.

L’agence de publicité Taproot qui a osé ce parallèle met pour la première fois l’Inde en face de l’une de ses plus profondes contradictions : une société dont la religion majoritaire vénère la puissance féminine sous sa forme vitale et créatrice (la Shakti) mais où les femmes sont parmi les plus maltraitées au monde.

Les trois clichés qui ont été réalisés par l’agence mettent en scène les trois déesses les plus révérées du panthéon hindou, qui sont aussi les épouses (parèdres) des trois dieux principaux : Durga (la ‘Grande Déesse’, forme terrible de Parvati, parèdre du dieu Shiva), Lakshmi (déesse de la fortune et de la beauté, parèdre de Vishnu) et Saraswati (déesse du savoir et des arts, parèdre de Brahma).

Dans le style des chromos très représentés en Inde de chacune des déesses, qui sont reconnaissables à leurs attributs distinctifs (la vina (instrument de musique proche du sitar), le cygne, la corne d’abondance, le lotus, le tigre, etc.), les créatifs de l’agence ont recréé l’atmosphère de ces images pieuses que l’on retrouve dans chaque maison et chaque échoppe indienne. Dans un décor au kitch familier et rassurant, le contraste avec les divinités au visage impassible mais marqué de coups, de bleus, de blessures, ressort d’autant plus fortement.

Le slogan qui accompagne ce visuel est tout aussi frappant : « Priez pour que nous ne voyions jamais ce jour. Aujourd’hui, plus de 68 % des femmes en Inde sont victimes de violences domestiques. Demain, il est plus que probable qu’aucune femme ne sera épargnée. Même celles que nous prions. » Sous le texte figure le numéro de téléphone d’urgence de la campagne « Save Our Sisters » (SOS).

Nul doute que cette campagne provoquera la colère des hindouistes, les premiers à revendiquer le culte de ces déesses et à commettre viols et abus divers au nom de l’hindouité. Or, de façon très claire, cette affiche s’adresse en priorité aux pratiquants de l’hindouisme, leur demandant de prier pour sauver leurs déesses et, ce que prône leur religion, de ne pas oublier qu’elle leur ordonne de révérer la déesse présente en chaque femme.

Les fortes réactions qui ont suivi presque immédiatement le lancement de la campagne le confirment : au nom de l’hindutva et qualifiant la campagne de « sacrilège », des extrémistes hindous ont déjà lancé leurs premières menaces sur les réseaux sociaux qui diffusent actuellement avec une grande rapidité les images chocs de l’agence Taproot.

Selon un récent reportage de la BBC, l’année dernière, plus de 244 000 crimes commis contre les femmes en Inde ont été rapportés à la justice, ce qui, selon les experts, ne représenterait que la partie émergée de l’iceberg, la plupart des victimes survivantes n’osant pas porter plainte de peur de représailles.

L’année 2013 a été aussi celle, en Inde, d’une très large prise de conscience du préjudice que la maltraitance envers les femmes lui causait aux yeux de la communauté internationale. Après la mort fin décembre dernier d’une jeune étudiante des suites d’un viol collectif particulièrement barbare et plusieurs attaques récentes de touristes en Inde, la situation des femmes a été révélée au grand jour. Poussées par une vague d’indignation sans précédent dans le pays, des manifestations ont rassemblé des milliers de personnes partout et de nombreuses associations se sont montées afin de sensibiliser la population. Certaines études ont montré que les violences envers les femmes allaient croissant là où l’idéologie hindouiste se répandait.

La campagne « Save Our Sisters » s’effectue en collaboration avec la branche indienne de « Save the Children », ONG internationale fondée en 1919 pour lutter contre l’exploitation des enfants, autre phénomène intimement lié avec le précédent et pour lequel l’Inde détient également une place peu enviable.

En janvier dernier, l’archidiocèse de Bombay (Mumbai) avait lancé une campagne en faveur des femmes, mettant en lumière un autre triste aspect de la condition féminine en Inde : celles qui « manquent à l’appel », du fait des avortements, infanticides, violences, « meurtres pour dot » (1) et manque de soins. Sous le nom de « 37 millions de Diyas » (‘lumières), la campagne catholique s’était donné pour but de « réveiller les consciences » en faisant brûler 37 millions de petites lampes à huile symbolisant toutes les « femmes manquantes » pour la seule décennie écoulée.

Pour l’ensemble des clichés sur la campagne, voir notre page Facebook : « Save Our Sisters » :
https://www.facebook.com/pages/Eglises-dAsie/122092541261646?ref=hl

Notes

(1) La dowry death est un phénomène également en augmentation en Inde. Le cas tragique des femmes brûlées vives par le feu ou par aspersion d’acide pour des questions de dot défraye régulièrement la chronique mais n’entraîne que peu de poursuites judiciaires. On estime que plus de 100 000 femmes meurent chaque année en Inde des suites de ces immolations, pratiquées le plus souvent par la belle-famille de la victime.