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Asie du Sud - Inde

Brisant un tabou, des dalits se sont baignés aux côtés de brahmanes lors de la Maha Kumbh Mela qui se déroule actuellement à Allahabad

Brisant un tabou, des dalits se sont baignés aux côtés de brahmanes lors de la Maha Kumbh Mela qui se déroule actuellement à Allahabad

08/02/2013

Le 7 février dernier, une centaine de membres de la sous-caste des Bhangis ont pris part, aux côtés de brahmanes, aux bains rituels dans la Sangam à l’occasion de la Maha Kumbh Mela qui se déroule actuellement près de la ville d’Allahabad (Uttar Pradesh). Ce faisant, ils ont brisé un tabou profondément ancré dans les mentalités indiennes, devenant les premiers représentants...

... de leur communauté, placée au plus bas de l’échelle des castes, à partager avec des hindous des hautes castes ce moment de célébration hindoue pour la purification des péchés.

Outre ce bain purificateur, le groupe de dalits a été autorisé à séjourner dans les camps de toile mis en place pour accueillir les foules de pèlerins. Ils ont ainsi pu partager les mêmes lieux de vie que des ascètes hindous et d’autres membres de groupes religieux hindous. Ils ont dîné en compagnie du Swami Narendra Giri, un des très nombreux prêtres et personnalités hindous présents à la Kumbh Mela. L’agence Ucanews, qui rapporte l’information, cite les propos de Rajni Nanda, l’un des Bhangis qui a vécu ce moment inédit : « Je suis lavé et béni. » Un autre dalit, Guddi Athwal, témoigne en ces termes : « C’était comme une renaissance, notamment lorsque des prêtres hindous parmi les plus importants du pays nous ont accueillis et acceptés comme faisant partie de la société hindoue. »

Les Bhangis forment une sous-caste située au plus bas de l’échelle sociale. En dépit de la suppression du système des castes – suppression inscrite dans la Constitution de l’Union indienne de 1950 –, la discrimination dont ils font l’objet reste très forte. Les Banghis n’ont ainsi pas accès aux mêmes temples et aux mêmes puits que les autres castes. L’origine de la discrimination dont ils font l’objet tient à l’occupation dans laquelle ils sont cantonnés, à savoir la vidange quotidienne des latrines (1).

A l’occasion d’une célébration aussi considérable que la Maha Kumbh Mela, qui voit par ailleurs les tenants les plus extrémistes de l’hindutva (‘hindouité’) déployer leur activisme militant, des initiatives existent visant à insuffler un plus grand esprit d’égalité entre les hommes et les femmes, quelle que soit leur origine de caste. A l’origine du bain rituel de ce groupe de Bhangis aux côtés de brahmanes, se trouve un sociologue, brahmane lui-même et ardent promoteur de la cause des Bhangis.

Bindeshwar Pathak est connu dans toute l’Inde pour l’action menée par l’ONG qu’il a fondée en 1970, Sulabh International Social Service Organization. Dans les années 1960, jeune chercheur inspiré par Gandhi et résolu à contribuer à la modernisation de son pays, il a pris fait et cause pour les Bhangis, estimant que leur occupation dégradante avait un impact négatif sur la capacité de la société indienne à entrer dans la modernité. Pour cela, il a de manière très concrète mis au point un système de toilettes afin de supprimer les latrines sèches et améliorer les conditions sanitaires des habitants. L’ONG, par un réseau de 50 000 bénévoles, a ainsi installé 7 000 toilettes publiques et 1,2 million de toilettes privées, tout en apprenant aux Bhanghis d’autres métiers pour leur permettre de changer de vie et de profession.

Après le bain d’une centaine de Bhangis dans la Sangam, Bindeshwar Pathak a expliqué qu’il avait contribué à cet événement car il ne voyait pas de raison à ce que les Bhangis soient tenus à l’écart de ce qui constitue la célébration religieuse la plus importante du pays. « L’idée qui est derrière cet événement est de permettre à ces personnes de progresser sur l’échelle sociale. Le message qui est adressé à tous est que les scavengers ne sont pas des ‘intouchables’ mais qu’ils font partie de la société », a-t-il précisé à la presse.

Ouverte le 14 janvier dernier, la Maha Kumbh Mela s’achèvera le 10 mars prochain. A cette date, le plus important pèlerinage de la religion hindoue aura sans doute mis en marche quelque 100 millions de personnes.

La Kumbh Mela se tient tous les trois ans. Selon les Puranas, textes sacrés hindous de langue sanscrite, quatre lieux en Inde (Haridwar sur le bord du Gange, Ujjain sur le bord du Kshipra, Nashik sur le bord du Godavary, Allahabad à la confluence du Gange, de la Yamuna et du Saraswati) correspondent à des gouttes d’un nectar d’immortalité tombées sur la terre, échappées d’une cruche que dieux et démons se disputaient entre eux. Les hindous croient que le bain pris dans le fleuve durant les jours prescrits les purifie de leurs péchés. Si la Kumbh Mela se tient tous les trois ans, la Maha (‘grande’) Kumbh Mela a lieu tous les douze ans et constitue très certainement le plus grand rassemblement d’êtres humains que connaît la planète. Pour les jours les plus auspicieux du pèlerinage (à cause de la nouvelle lune et de l’alignement de certains astres), les 10 et 15 février prochains devraient connaître des pics d’affluence (le 10 février, les autorités attendent jusqu’à 25 millions de personnes le long des six kilomètres des berges de la Sangam).

Durant la première semaine du pèlerinage, ce sont les sadhus et les nagas qui ont convergé en procession vers le site sacré. Les sadhus sont ces hommes saints, barbus et vêtus de la tunique safran ; les nagas sont certains d’entre eux qui vont nus et couverts de cendre et qui, en temps normal, vivent dans des grottes et des forêts en se nourrissant de racines et de plantes. Ensuite, passés ces premiers jours, hommes, femmes et enfants s’avancent jusqu’aux berges où les eaux des trois fleuves se mêlent ; ils s’y baignent jusqu’à la taille, jettent de l’eau dans quatre directions en récitant des prières et s’aspergent le reste du corps, se purifiant ainsi de leurs péchés en une occasion unique qui ne se représentera pas avant douze ans.

Notes

(1) Le terme anglais utilisé pour décrire leur occupation (scavenger) n’est pas directement traduisible en français (‘éboueur’ ou ‘charognard’). Il décrit l’occupation qui consiste, dès l’aube, pour les quelque 600 000 Bhanghis que compte l’Inde, à parcourir les rues des villes et des villages pour ramasser les excréments de la nuit tombés directement depuis les latrines sèches qui équipent encore un grand nombre d’habitations. Faire ainsi nettoyer chaque jour ses latrines coûte 100 roupies par mois et chaque scavenger s’occupe d’une dizaine de maison, gagnant donc environ 1 000 roupies (14 euros) par mois. Bien qu’une loi de 1993 interdise l’utilisation de latrines sèches, nécessitant le travail de ces dalits, de nombreuses maisons en possèdent encore et les Bhangis perpétuent leur occupation de père en fils et de mère en fille.
Le 9 janvier 2013, la Cour suprême à New Delhi s’est inquiétée du fait qu’un projet de loi interdisant l’emploi de
scavenger travaillant à la main et favorisant leur reconversion professionnelle soit resté lettre morte au Parlement fédéral depuis trois législatures.