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Asie du Sud - Inde

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700 morts au cours de massacres entre hindous et musulmans, qui ont duré trois jours et n'ont pas dépassé le cadre de l'Etat du Gujarat [ Bulletin EDA n° 349 ]

16/03/2002

C'était à Ayodhya, sur le site controversé de la mosquée détruite en 1992 par les hindouistes que se trouvait la poudrière. Le 27 février dernier, plus de 150 000 militants hindouistes y étaient rassemblés, tous prêts à construire un temple à la divinité Rama, à partir du 15 mars, date limite pour le début des travaux. Ils étaient décidés à maintenir cette décision quels que soient les avertissements du gouvernement et quel que soit le verdict que la Cour suprême porterait concernant le véritable propriétaire du site d'Ayodhya, un verdict prévu pour le 13 mars. Face aux militants, 3 000 agents des forces de sécurité locales étaient déployés tout autour du site. 8 000 autres étaient prêts à être engagés pour le maintien de la sécurité. Beaucoup redoutaient que l'histoire ne se répète et que ne se reproduisent les troubles qui, en 1992, avaient fait 2 000 morts dans l'ensemble du pays.

Mais l'explosion n'a pas eu lieu à Ayodhya, au nord du pays, mais dans le Gujarat, à l'ouest de l'Inde, dans un Etat à majorité musulmane. C'est à la gare de Godhra à quelque 160 km. de la grande ville d'Ahmedabad que s'est produit le drame qui a servi d'étincelle. Un convoi ramenant des militants hindouistes de Ayodhya, alors qu'il quittait la gare, a été attaqué par une foule de plusieurs milliers de musulmans armés de sabres et de cocktails molotov. Des pierres ont été lancées, les assaillants ont attaqué les voyageurs à l'arme blanche, puis du kérosène a été versé dans certains compartiments qui ont commencé à flamber sans que les voyageurs puissent s'échapper, les portes ayant été verrouillées. Certains ont attribué l'attaque du train par les musulmans à une altercation entre passagers et habitants dans la gare de Godhra. Pour d'autres, comme le Premier ministre de l'Etat du Gujarat, Narendra Modri, qui a réagi immédiatement après les faits, "l'attaque ne s'est pas produite sur un coup de tête mais a été planifiée Toujours est-il qu'après l'attaque et l'incendie du train, lorsque, une heure plus tard, les pompiers et la police ont fait leur apparition sur les lieux, il y avait 58 corps sur les lieux dont quinze enfants.

Selon un communiqué des "Forces indiennes de protection des chemins de fer", les représailles ont immédiatement commencé. Le 27 février, malgré le couvre-feu décrété aussitôt, des incidents sporadiques avaient déjà éclaté ici et là dans la soirée au Gujarat. Le jeudi 28 février, des milliers de manifestants hindous envahissaient les enclaves musulmanes de Ahmedabad avec l'intention de mettre à sac et d'incendier boutiques et restaurants tenus par des musulmans. Au soir du jeudi 28, le chef du gouvernement du Gujarat faisait déjà état de vingt personnes tuées et de dix-huit autres blessées dans tout le Gujarat, presque toutes musulmanes. De son côté, un responsable de la police de Ahmedabad annonçait que dix-huit musulmans avaient été brûlés vifs par des hindous dans un quartier de la ville. De véritables batailles rangées ont eu lieu dans la ville, livrées par les hindous aux habitants musulmans et aux forces de police déployées dans la ville au nombre de 6 000.

Le lendemain, 1er mars, les affrontements entre hindous et musulmans ont été les plus meurtriers. Dans le milieu de l'après-midi, quelque 3 000 émeutiers ont fait irruption dans un village de l'Etat, Pandarwal, et massacré 30 musulmans en mettant le feu à leurs maisons. A Ahmedabad, plus de 2 000 personnes étaient impliquées dans de nouveaux affrontements à coups de barres de fer et d'armes blanches. Devant les très sévères critiques portées un peu partout dans le pays contre l'attitude de la police au cours des troubles, le gouvernement fédéral a décidé d'envoyer l'armée fédérale dans le Gujarat. Les premières patrouilles de militaires ont été aperçues dans les rues d'Ahmedabad dans l'après-midi du vendredi.

Bien que les affrontements aient continué dans la nuit du 1er au 2 mars et dans la matinée du 2 mars dans certains villages de l'Etat, faisant au moins 48 morts, c'est samedi 2 mars que les passions se sont soudainement calmées. Plusieurs interventions ont contribué à ce retour au calme, la présence sur les lieux de l'armée fédérale, le premier appel lancé par le Premier ministre Atal Behari Valpayee qui a déclaré : "Je dis à mes concitoyens, quelles que soient les provocations, je vous en prie, gardez le calme !" et peut-être surtout le geste d'apaisement du Vishwa Hindu Parishad (Conseil hindou mondial, VHP) qui a laissé entendre, vendredi 1er mars, que la construction du temple de Ayodhya, qui devait débuter le 15 mars, pourrait être remise à plus tard.

Le dernier bilan officiel concernant les troubles du Gujarat qui ont duré trois jours fait état d'environ 700 victimes. Par ailleurs, la police a annoncé que 98 émeutiers avaient été abattus par ses agents au cours des troubles tandis que 3 895 autres étaient arrêtés.