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Asie du Sud - Inde

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MEMORANDUM AU PREMIER MINISTRE [ Bulletin EDA n° 95 ]

16/09/1990

Cette rencontre et ce rassemblement d'aujourd'hui où quelque 100 000 personnes sont venues manifester leur soutien à la demande de droits égaux pour les chrétiens de basse extraction, sont une démonstration historique de l'unité de toutes les "dénominations" chrétiennes, de toutes leurs organisations, de toutes leurs associations, comme de leur détermination à lutter pour obtenir justice pour ceux des leurs qui souffrent d'exclusion. Avec l'appui et la participation de nombreux groupes et de personnalités bien connues du public, et qui ne font pas partie de la communauté chrétienne, cet événement exceptionnel a pris ce matin le départ sous la forme d'un défilé pacifique dans les rues de la capitale, suivi d'un moment de prière au Seigneur pour lui rendre grâce en célébrant sa justice et son message à l'égard de tous ceux qui sont pauvres, exclus et captifs.

Le fait majeur que cette rencontre et ce rassemblement veulent faire ressortir est que le refus, aux chrétiens issus des basses castes, des privilèges et avantages accordés aux autres membres de ces mêmes castes, est un acte de discrimination qui se fonde sur l'appartenance religieuse.

Plusieurs commissions et bureaux mandatés tant par le gouvernement central que par celui de divers Etats de l'Union - la commission Kaka Kalelkar en 1955, la commission Mandal en 1980, la commission des Minorités dans ses 3ème et 4ème rapports annuels de 1980-81 et 1981-82, la commission des Classes sous-développées dans les conclusions retenues pour l'Andra Pradesh, le Tamil Nadu et le Kerala - ont chaque fois attesté que le changement de religion n'affectait en rien le statut socio-économique des chrétiens originaires de ces castes démunies. Ils restent aussi exploités et arriérés que ceux reconnus aujourd'hui comme appartenant aux "castes protégées". Les enquêtes menées par des groupes d'étude chrétiens ont corroboré cette constatation. Elles ont en même temps souligné que les sanctions prévues par la loi relative à l'intouchabilité et aux excès auxquels sont exposés les membres de ces castes sont effectivement appliquées même quand il s'agit de chrétiens qui subissent le même traitement. Les atrocités dont ils ont été l'objet à Karamchedu, Kanya Kumari et autres lieux, de même que les innombrables actes d'oppression qui les accablent partout jour après jour, témoignent douloureusement de leur malheureuse et pitoyable condition.

Très particulièrement, cette rencontre et ce rassemblement tiennent à insister sur les points suivants:

1- La demande d'extension des mesures constitutionnelles de protection des basses castes aux chrétiens qui en font partie est avant tout une affaire qui concerne les droits de l'homme. Il s'agit de rectifier une interprétation aberrante, et de rétablir les droits de l'homme dans l'application des dispositions énumérées aux articles 15, 25, 46, 330 et 341 de la Constitution.

2- Une société réellement non confessionnelle ne peut tolérer une discrimination sur base de la religion. La question est de savoir si, oui ou non, les chrétiens qui, au même titre que d'autres citoyens, appartiennent à ces castes opprimées, vont continuer à se voir refuser les garanties constitutionnelles, en raison de leur foi et de leur affiliation religieuse. Il faudra forcément que l'on s'explique sur le bien-fondé constitutionnel et moral - au sens de la justice sociale - d'un décret présidentiel déterminant l'appartenance à telle ou telle religion comme condition préalable à l'obtention d'un traitement préférentiel.

3- Le but visé par notre Constitution lorsqu'elle a prévu ce traitement préférentiel était l'abolition des structures oppressives, de l'inégalité et de l'exploitation. La manière dont en est faite l'application, selon les données du décret présidentiel de 1950, va à l'encontre de cet objectif même puisqu'il en exclut les chrétiens.

4- L'action du gouvernement, qui vient d'inclure les néo-bouddhistes dans la catégorie de ceux qui sont susceptibles de profiter de ce traitement préférentiel, ne fait que renforcer la cause des chrétiens. L'injustice et l'arbitraire de la décision, telle qu'elle est concrétisée dans le décret en question, sont désormais mieux mis en lumière, puisqu'il apparaît clairement que des communautés religieuses sont encore en butte à des discriminations.

5- L'argument malhonnête et antinational, mis en avant par quelques-uns, selon lequel seules les communautés qui sont "de souche hindoue", ou qui se reconnaissent comme "dérivés de l'hindouisme" peuvent accéder aux privilèges des castes protégées, montre nettement le type d'opposition que la requête des chrétiens va rencontrer prochainement. Cela relève d'un point de vue partisan, d'une opinion préconçue, face auxquels nous voulons publiquement affirmer notre foi dans le caractère unitaire de l'ensemble du genre humain, et donc de tous les citoyens de l'Inde: tel est l'idéal pour lequel nous nous battons, en nous fondant sur notre identité commune qui seule, en dernière analyse, pourra aboutir à une véritable unité dans l'égalité.

C'est pourquoi notre rassemblement presse le gouvernement de l'Inde de corriger une erreur qui s'est perpétuée tout au long de 40 ans, et d'étendre à notre communauté les mêmes privilèges et avantages qui sont accordés aux castes protégées, dans lesquelles sont compris ceux qui professent le sikhisme et le bouddhisme. Notre rassemblement déclare que toute tentative d'éluder le problème, et de dénier aux chrétiens le droit d'être reconnus, eux aussi, membres des "Classes sous-développées", serait très mal reçue par les millions de chrétiens qui appartiennent aux basses castes, et par le peuple chrétien tout entier. Elle offenserait également la conscience de tous ceux qui accordent du prix à une société non confessionnelle, affranchie de toute discrimination quelle qu'en soit la source.

Notre rassemblement attend donc du gouvernement de l'Inde qu'il fasse diligence pour lui donner satisfaction en répondant favorablement à sa requête avant la fin de la session parlementaire actuellement en cours.

Au nom de ce rassemblement qui représente toutes les "dénominations" chrétiennes, toutes leurs organisations et toutes leurs associations, et au nom de tous les chrétiens de l'Inde en général, ce mémorandum est respectueusement soumis à l'attention du premier ministre de l'Inde, M. Vishwanath Pratap Singh, par ceux qui en assument la responsabilité en tant que

coprésidents: Professeur Saral K. Chatterji

Mgr L. Coutinho

M. Chhotebhai

et co-organisateurs: P. John Vallamattam

Rd Karam Masih

M. George Menezes

Ndlr

[ Quand, le 9 mai 1990, les bouddhistes des basses castes ont obtenu d'être alignés, pour les avantages réservés aux classes défavorisées, sur les hindous et les sikhs, les chrétiens furent amèrement déçus (voir EDA 88, pp. 4-5). Les promesses qui leur furent alors faites de revoir rapidement leur cas ne se sont pas matérialisées après 3 mois. D'où leur geste de rappel au gouvernement, sous forme d'un grand rassemblement à Delhi le 17 août, avec envoi d'une délégation au cabinet du premier ministre, porteuse d'un mémorandum dont voici la teneur. Ndlr.]<br />

Copyright

(D'après "Indian Currents", New Delhi, 13.08.90 - Traduction-adaptation EDA)<br />