EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris EDA, Eglise d'Asie - Agence d'information des Missions étrangères de Paris

Vous êtes ici : Accueil Asie du Sud Inde Rassemblement de masse en faveur des "intouchables"

Rechercher

Recevoir gratuitement nos dépêches

Asie du Sud - Inde

Imprimer

Rassemblement de masse en faveur des "intouchables" [ Bulletin EDA n° 94 ]

01/09/1990

Venus de tous les Etats et Territoires de l'Union indienne, plus de 100 000 manifestants, chrétiens pour la plupart, se sont réunis à Delhi le 17 août 1990 pour réclamer "une législation immédiate" permettant aux gens des basses castes convertis au christianisme de profiter des avantages que réserve la Constitution à leurs semblables hindous, sikhs et bouddhistes. La manifestation était organisée par la Conférence épiscopale indienne et le Conseil national des Eglises. Elle était le résultat d'une série de consultations tenues au cours de ces dernières années.

"Intouchables", "parias", "harijans", tous ces termes sont remplacés aujourd'hui par celui de "Dalits". Ceux-ci forment 15,75% de la population totale. Après l'indépendance, les personnalités chargées de rédiger la Constitution ont voulu non seulement rendre à ces personnes leur dignité humaine, mais aussi leur accorder quelques compensations qui leur permettraient d'accéder à une place honorable dans la société. La liste des différentes catégories de "Dalits" est établie sous le titre de "Scheduled Castes and Tribes" ou "Castes répertoriées et tribus" . En 1950, un décret présidentiel limita la portée de cette législation aux seuls hindous. Elle fut étendue par la suite aux sikhs et tout récemment aux bouddhistes. Les musulmans et les chrétiens sont jusqu'ici considérés comme ne réunissant pas les conditions nécessaires pour avoir droit aux "privilèges" - notamment, éducation gratuite jusqu'à la fin des études secondaires, et attribution d'un certain pourcentage d'emplois dans l'administration - l'argument avancé étant que leur religion refuse le système des castes. Par conséquent, quiconque jouit du traitement préférentiel prévu pour les membres de sa communauté d'origine, et se convertit à l'islam ou au christianisme, perd tous ses "privilèges" (8).

Il y a là un flagrant déni de justice, puisqu'il saute aux yeux qu'un changement de religion ne suffit pas à conférer au nouveau converti un meilleur statut social ou à lui assurer une situation économique plus brillante. C'est ce que fait ressortir le mémorandum qu'en fin de manifestation, une délégation de 32 chrétiens de tous rites et confessions remit au premier ministre (9). Celui-ci promit de le transmettre sans délai à son Conseil des ministres, et après avoir remercié les chrétiens en général pour leur contribution au mieux-être de la population par leur action dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'assistance sociale, il déclara à ses interlocuteurs: "Je sais que vous avez raison à 100%, mais vous ne devez pas oublier que je n'ai pas les coudées franches avec mon gouvernement minoritaire

M. Vishwanath Pratap Singh doit en effet compter pour sa majorité au parlement sur l'appui du "Bharatiya Janata Parti" ou "Parti populaire indien" très lié à l'hindouisme, et qui redoute qu'une telle concession faite aux chrétiens ou aux musulmans n'entraîne des conversions massives. Les partis de gauche qui appuient aussi M. Singh ne sont pas opposés en principe à la réforme demandée et le Parti communiste vient même d'en recommander l'adoption.

Dès le 18 août, le ministre du Travail et des Affaires sociales, M. Ram Vilas Paswan, faisait savoir à la presse que le gouvernement se proposait d'introduire une législation prévoyant un traitement unique pour les basses castes et les tribus dans l'ensemble du pays.

Notes

(8) EDA a souvent parlé de ce problème. Voir par exemple EDA 85, pp.3-4 et 88, pp.4-5<br />(9) Le Cahier de documents en supplément du n° 95 contiendra le texte complet de ce "mémorandum au premier ministre", sous la référence 8 B/90<br />