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Asie du Sud - Inde

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Hommage au père D.S. Amalorpavadass [ Bulletin EDA n° 90 ]

01/07/1990

"Une grande perte pour l'Eglise de l'Inde et de l'Asieainsi s'est exprimé le P. Lucio da Veiga Coutinho, secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale indienne, en apprenant la brusque disparition, à l'âge de 58 ans, le 25 mai 1990, dans un accident de la route, du P. D.S.Amalorpavadass, "un pionnier de l'inculturationqu'il connaissait depuis 20 ans.

Après son séminaire et son ordination, en 1959, le P. Amalor, comme on l'appelait familièrement, avait fait partie de l'équipe qui présidait aux destinées du Centre catéchétique pour le Tamil Nadu, à Tindivanam, sous la direction, à l'époque, du Père Edmond Becker, des Missions Etrangères de Paris. Mais, dès 1962, il fut envoyé à l'Institut catholique de Paris pour une maîtrise en pastorale catéchétique et un doctorat en théologie, exercices dans lesquels il se montra particulièrement brillant. A son retour d'Europe, il fut nommé par son archevêque, Mgr R. Ambrose, de Pondichéry-Cuddalore, curé d'une vaste paroisse couvrant 63 villages: il la quittait après un an et demi pour prendre charge, pour la Conférence épiscopale, du secrétariat de sa commission pour la liturgie et la catéchèse, à Bangalore, où il fonda le Centre national biblique, catéchétique et liturgique; il le dirigea jusqu'en 1982.

Une nouvelle étape commença alors pour lui lorsqu'il fut appelé à inaugurer la chaire de christianisme, nouvellement établie à l'université de Mysore: un poste parfaitement adapté pour mettre en relation, comme il s'était toujours appliqué à le faire, l'Evangile de Jésus-Christ et l'héritage culturel de l'Inde. Entre-temps, il s'était intéressé au développement des maisons de ressourcement chrétien à l'indienne; il prit part notamment, en 1978, à la création de la Fédération des ashrams catholiques. Aussi, parallèlement à ses recherches universitaires, et pour pratiquer concrètement la théorie qu'il professait, mit-il en route la formation de son "Anjali ashram" (9): nombreux sont les hommes et les femmes qui, sous sa houlette, ont pu y approfondir et affiner leur vie spirituelle. C'est dans la chapelle de ce lieu de prière et d'étude qu'il repose dans l'attente de la résurrection.

Toute l'existence du P. Amalor fut marquée par sa volonté d'oeuvrer pour que s'interpénètrent, dans son pays, les valeurs de sa foi catholique et celles de sa patrie natale. Ses travaux académiques à Paris - "L'Inde à la rencontre du Seigneur", et "Destinée de l'Eglise dans l'Inde d'aujourd'hui" - en témoignent déjà. En témoignent aussi maintenant, plusieurs de ses confrères: on peut, en quelques phrases, donner idée de la haute appréciation qu'ils gardent de lui. Ainsi le secrétaire de la commission épiscopale pour le dialogue, le P. Albert Namblaparampil, un carme: "Le P. Amalor était le point de ralliement pour les mouvements de renouveau après le Concile Vatican II; il avait un message, une vision: incarner le Christ en IndeDe même, le P. T.K. John, théologien jésuite, admirant les efforts du père pour réaliser une synthèse de la tradition indienne et de la liturgie chrétienne: "Il introduisait des signes et des symboles indiens dans la liturgie sans nuire à la substance de celle-ci, et il donnait à ces symboles une signification nouvelle

Le P. Coutinho encore, montrant combien le P. Amalor désirait se servir de la culture indienne pour frayer la voie au message évangélique: "Il souhaitait que le pays, avec toute sa richesse propre, suive le Christ sans formes étrangères. Nous pouvons ne pas être d'accord avec certaines de ses idées, mais personne ne mettra en doute son amour pour l'Eglise et la nation

Des détracteurs, il en eut, certes. Même beaucoup, qui lui cherchaient querelle de manière souvent mesquine. Un de ses amis, qui travailla avec lui à plusieurs de ses projets, le P. Ignatius Hirudayam, un jésuite qui d'ailleurs n'approuvait pas inconditionnellement toutes ses réalisations, rappelle "les médisances et même les véritables calomnies qu'il eut à supporter dans l'Eglise de la part de clercs et de laïcs qui ne le comprenaient paset signale que "la façon dont il a affronté l'opposition durant toute sa vie manifestait clairement combien il était convaincu de la justesse de principe et de la nécessité de l'inculturation

Quant à son successeur à la direction du Centre qu'il avait développé à Bangalore, le P. Paul Puthenangadi, de la Société du Verbe divin, il voit en lui "un homme en qui s'harmonisaient magnifiquement l'érudition et la sainteté. Personnalité complète et homogène, il pouvait faire coopérer le cadre institutionnel avec la créativité charismatique, le mouvement et l'action avec le calme et la contemplation, la protestation prophétique avec l'obéissance du disciple, la rigueur théologique avec la convenance pastorale, la précision dans l'organisation avec la souplesse de l'attention et de l'amour".

Le P. Amalorpavadass était le frère du cardinal Simon D. Lourdusamy, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales: c'est lui qui, le 27 mai, présida la cérémonie des funérailles.

Notes

(9) Deux mots venant du sanscrit. "Anjali": hommage, marque de profond respect, de vénération - telle la grande inclination - rendu à un personnage important, et en tout premier lieu à la divinité. "Ashram": en général, sorte de monastère où vit une communauté groupée autour d'un maître spirituel. Une consultation panindienne sur les ashrams, qui eut lieu à Bangalore du 7 au 11 juin 1978, a présenté comme suit ce qu'il faut entendre par le mot "ashram" pour une communauté donnée: "Un endroit de recherche spirituelle intense et soutenue, autour d'un gourou, homme ou femme - un seul normalement, quelquefois plusieurs -, reconnu par les autres comme jouissant d'une expérience spirituelle étendue... Un endroit où, avant tout, on peut faire l'expérience de Dieu, et vivre dans une conscience toujours plus profonde de sa présence. Ce qui est rendu possible par le renoncement, le détachement, et une atmosphère de silence, de paix et de joie".<br />