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Asie du Sud - Bhoutan

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A l’approche des élections législatives, des moines bouddhistes déplorent le fait d’être inéligibles et privés du droit de vote [ Bulletin EDA n° 467 ]

16/07/2007

Le code électoral, mis en place au Bhoutan pour assurer le bon déroulement de ce qui sera les premiè-res élections législatives jamais organisées dans ce petit royaume himalayen, indique que les moines bouddhistes ne disposent ni du droit de vote ni de la possibilité de se présenter devant les électeurs. Pour une partie des quelque 12 000 moines bouddhistes du pays, cette disposition est contraire à l’esprit des réformes annoncées par le roi qui prévoient d’amener le royaume vers un régime de monar-chie constitutionnelle ; pour d’autres, cette décision est bonne dans la mesure où, selon les traditions bhoutanaises, les leaders spirituels n’ont pas à s’immiscer dans les affaires politiques.

Au Bhoutan, le bouddhisme a rang de religion d’Etat et, dans les faits, le gouvernement ne tolère pas d’autres religions sur la « Terre du Dragon tonnerre » (1). Les moines représentent une part significa-tive de la population, qui compte environ 600 000 personnes. Selon Kunzang Wangdi, commissaire en chef pour les élections à venir, l’article 3 de la Constitution récemment mise en place stipule que « les leaders spirituels dans le Royaume bouddhiste ne sont pas éligibles, pas plus qu’ils ne peuvent jouer un rôle dans le processus électoral. Le bouddhisme prône la paix, la non-violence, la sympathie et la tolérance ». Le haut fonctionnaire ajoute qu’étant donné que la Constitution place les organisations et les leaders spirituels « au-dessus des hommes politiques », leur responsabilité première est de veiller à l’éveil spirituel de la population et, pour cela, « ils doivent se tenir à l’écart de la politique ».

Interrogé par l’agence catholique indienne SAR News (2), le moine Dorjee Thinley dit n’être pas personnellement perturbé par « une telle discrimination faite aux moines » dans le domaine politique. Il ajoute toutefois que « toute discrimination fondée sur le statut ou la vocation est contraire à l’esprit de la démocratie ». Un autre moine, Sonam, indique que, si les moines n’ont pas cherché à faire valoir leurs droits civiques, c’est parce qu’il existe un consensus parmi eux pour estimer que « notre tradition ne serait pas respectée si les leaders spirituels étaient associés, de près ou de loin, à la politique ». Cependant, précise-t-il, « à l’avenir, il est possible que les moines revendiquent le droit de vote et celui d’être éligible. Nous pensons que cela deviendra inévitable au cas où les politiciens et les élites tentent d’accaparer le système politique du pays au nom de la démocratie ».

Après avoir mis en place, à partir de 1988, un système de gouvernement répondant au slogan « une nation, un peuple » (3), le roi Jigme Singye Wangchuk a annoncé, fin 2006, des réformes politiques d’importance : abdication en faveur de son fils Jigme Khesar Namgyel, âgé de 26 ans, rédaction d’une Constitution et élection d’un Parlement bicaméral dont les futures décisions s’imposeront au souverain. Afin d’assurer un transfert en douceur de la souveraineté au peuple, des élections factices ont été organisées les 21 avril et 28 mai derniers. Le premier tour, qui a vu une participation de 30 % des 400 000 électeurs, voyaient s’opposer quatre formations : « Rouge », « Jaune », « Bleue » et « Verte ». Le deuxième tour, pour lequel étaient en lice les deux groupes arrivés en tête, « Jaune » pour « la préservation de la culture et de la tradition du Bhoutan » et « Rouge » pour « le développement de l’industrie », s’est conclu par la victoire du groupe « Jaune ». Selon Kunzang Wangdi, l’expérience a été « très concluante ». Les vraies élections auront lieu prochainement : à la fin de cette année 2007 pour le Conseil national (la chambre haute) et en 2008 pour l’Assemblée nationale (la chambre basse).

Par ailleurs, selon le journal népalais The Telegraph, de 70 000 à 80 000 Lhotsampas, populations d’origine népalaise résidant au Bhoutan, auraient été exclus des listes électorales en vue du scrutin à venir. Un autre journal népalais, le Gorkhapatra, indique que de nouvelles expulsions du Bhoutan de populations Lhotsampas seraient en cours de préparation ; le chiffre de 80 000 personnes est cité.

Notes

(1) Voir EDA 465 (2) SAR News, 21 juin 2007 (3) Ce système, érigé par le roi en vue de protéger la culture bhoutanaise des Drukpas (Bhoutanais de souche), s’est ainsi traduit par l’obligation de parler le dzongkha (langue de l’ethnie majoritaire drukpa) ainsi que par le port obligatoire du costume national bhoutanais. La minorité d’origine népalaise – et de religion hindoue – a alors été confrontée à une hostilité grandissante du pouvoir de Thimphou, capitale du royaume, et, en 1991, plus de 100 000 Lhotsampas, citoyens bhoutanais appartenant aux ethnies népalaises, ont été expulsés du pays, trouvant refuge dans des camps installés dans l’est du Népal. Voir EDA 385, 389, 391, 396, 434, 449