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Asie du Sud - Bhoutan

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Résidant en Inde, l’unique prêtre catholique bhoutanais espère que les réformes politiques annoncées pour 2008 lui permettront de s’installer dans son pays [ Bulletin EDA n° 465 ]

16/06/2007

Agé de 49 ans, ordonné en 1995, le P. Kinley Tshering, jésuite, est l’unique prêtre catholique bhoutanais. Recteur de l’école Saint-Joseph à Darjeeling, en Inde, il espère que les réformes politiques annoncées pour 2008 par le roi du Bhoutan lui permettront de rentrer dans son pays afin d’y exercer son ministère sacerdotal.

Le petit royaume himalayen se prépare depuis deux ans à des changements politiques d’importance. Le 17 décembre 2006, le roi Jigme Singye Wangchuk a annoncé que la souveraineté allait être transférée au peuple et que son fils lui succédera sur le trône. En 2008, des élections législatives doivent pour la première fois être organisées et une monarchie constitutionnelle mise en place. Dans ce pays pluriethnique et multiculturel, le roi a pourtant cherché, depuis 1988, à mettre en place un pays conforme à son slogan politique « une nation, un peuple », provoquant les protestations puis l’exil forcé d’une grande partie de la minorité d’origine népalaise et hindoue (1). Aujourd’hui, si la Constitution provisoire garantit la liberté d’expression, de culte et la diversité culturelle, le bouddhisme a rang de religion d’Etat et le gouvernement ne tolère pas d’autres religions.

Interrogé sur ses intentions pour l’an prochain, le P. Kinley Tshering répond qu’il n’a « pas de plan ». Il souligne qu’il est important qu’il y ait « une présence sacerdotale » au Bhoutan et que, le moment venu, il discernera « ce que le Seigneur veut pour [lui] ». Il poursuit en expliquant qu’à ce jour, il peut « littéralement compter » le nombre des chrétiens vivant au Bhoutan. « Ce sont principalement des Indiens et quelques Népalais et ils sont considérés comme étant des étrangers. » Les protestants sont un peu plus nombreux que les catholiques, mais aucune institution chrétienne n’a droit de cité au Bhoutan, poursuit le prêtre. D’un point de vue ecclésial, le territoire du Bhoutan dépend du diocèse de Darjeeling, au Bengale occidental.

Le prêtre jésuite explique encore que la situation s’améliore progressivement dans son pays. Il y a encore cinq ans, la police multipliait les actions de harcèlement contre les personnes appartenant à une religion autre que le bouddhisme. « Je n’ai jamais eu à en souffrir du fait de mes origines, mais des chrétiens ont souffert », précise le jésuite dont les parents sont apparentés à la famille royale du Bhoutan (2). L’attitude des autorités a évolué. Elles ont cessé d’entretenir « une phobie anti-chrétienne », même si elles ne vont pas jusqu’à autoriser la construction d’églises dans leur pays.

Bien que la règle de vie de la Compagnie de Jésus interdise à un de ses membres de posséder des biens en nom propre, une exception a été faite pour le P. Tshering. Les étrangers ayant interdiction d’acheter un bien immobilier au Bhoutan, le P. Tshering a acheté une maison à Thimpu, capitale du royaume. De cette manière, « le Christ est présent au Bhoutan », le Saint-Sacrement étant conservé dans la maison. Une soixantaine de catholiques – des Indiens pour la plupart – s’y réunissent chaque dimanche et, à l’occasion, lui ou des prêtres indiens font le voyage jusqu’à Thimpu pour les visiter.

« Aucun prêtre catholique étranger n’a le droit de résider de manière permanente au Bhoutan », indique le P. Tshering, qui ajoute que la famille royale « est très tolérante envers le christianisme ». « L’actuel roi et toutes les reines ont étudié dans nos écoles [en Inde] » et, parmi les élèves de l’école Saint-Joseph, nombreux sont les enfants des élites sociales du Bhoutan ou du Népal, précise le jésuite.

Notes

(1) A propos de la situation faite aux réfugiés du Bhoutan présents depuis quinze ans dans des camps au Népal, voir EDA 385, 389, 391, 392, 396, 434, 449 (2) Issu d’une famille apparentée à la famille royale, Kinley Tshering a été scolarisé à l’école Saint-Joseph, à Darjeeling. Ayant demandé à devenir catholique, il a d’abord vu sa requête découragée par les jésuites dirigeant cette école. En 1974, toutefois, c’est un prêtre salésien qui l’a baptisé, à « la grande colère » de son père. Mais, appartenant à une famille de haute caste, personne ne lui en tint rigueur. Après des études commerciales, il a travaillé durant trois ans dans des sociétés indiennes et, lorsqu’il s’est ouvert à des missionnaires de son désir de devenir prêtre, ceux-ci lui ont répondu qu’il pourrait plus aisément servir l’Eglise en se mariant et en retournant en tant que laïc au Bhoutan. En 1985, assis un jour dans un avion aux côtés de Mère Teresa, sa vie a pris une autre tournure : « Elle m’a convaincu que j’avais une vocation religieuse et personne n’a pu m’arrêter. » A l’âge de 26 ans, il frappait à la porte de la Compagnie de Jésus et a été ordonné prêtre en 1995. Son père s’est opposé à sa vocation jusqu’à sa mort, mais sa mère l’a soutenu. Voir EDA 211 et 389