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Asie du Sud - Bhoutan

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Après 10 ans de prison, le roi gracie un opposant démocrate [ Bulletin EDA n° 301 ]

16/01/2000

Le pardon royal accordé au principal des opposants au régime fait renaître parmi les bhoutanais réfugiés au Népal l'espoir de pouvoir, un jour, retourner chez eux (1), malgré les doutes de certains qui ne voient là qu'un stratagème pour abuser l'opinion internationale.

Tek Nath Rizal, 52 ans, avait été condamné à la prison à vie après avoir été accusé de trahison et de subversion en 1989. Il vient d'être gracié par le roi Jigme Singye Wangchuck avec 200 autres prisonniers à l'occasion de la 92ème fête nationale du Bhoutan, le 17 décembre dernier. "Dans les camps, les gens sont heureux de ces amnisties », affirme le P. Varkey Perekkatt du Jesuit Refugee Service. Mais Rakesh Chettri, un des responsable des réfugiés bhoutanais à Katmandou (Népal), a déclaré au quotidien Nepal Daily qu'"il ne s'agissait de rien d'autre que d'un stratagème pour impressionner la communauté internationale ». Selon lui, le roi a déclaré que Rizal serait libéré quand le problème des réfugiés serait résolu : "J'espère que cela ne signifie pas que le roi pense que le problème est résolu et que les réfugiés sont heureux ils sont ». "D'ailleurs, Rizal n'a plus de contact avec l'intérieur du pays et n'est pas en mesure de reprendre la direction du mouvement pro-démocratique immédiatement », a-t-il ajouté.

Le quotidien rapporte que Rizal aurait dit au téléphone : "On m'a dit que je ne participerai pas aux pourparlers entre le Népal et le Bhoutan au sujet des réfugiés. Je ne sais pas qui a décidé cela. Les choses seront plus claires quand j'aurai rencontré sa majesté[.]. Je ne peux pas imaginer que les réfugiés pourraient ne pas revenir chez eux et ne pas retrouver leurs biens ». La même source affirme que Rizal voudrait rester au Bhoutan et que les réfugiés l'y encouragent pour, de là, pouvoir les aider. Mais Rizal restera sans doute étroitement surveillé, bien qu'il ait été interviewé par des journalistes ; il dit avoir été "placé sur écoute » et "s'affaiblir jour après jour, tant moralement que physiquement ». Interviewé par le Kathmandu Post, il a précisé : "Je ne peux pas dire à quel point j'ai été torturé en prison. On m'a posé des électrodes pour que les chocs électriques changent mon comportement ». Il dit aussi ne pas pouvoir trop parler : "Ils pourraient bien me remettre en prison ». D'après l'hebdomadaire bhoutanais Kuensel, le roi aurait gracié Rizal parce que celui-ci est devenu "incapable physiquement d'actes de violence et de terrorisme » après dix ans passés en prison. L'hebdomadaire confirme également l'élargissement, aux côtés de Rizal, d'autres "prisonniers anti-nationaux » connus, comme le défenseur des droits de l'homme Lhotshampas, un Bhoutanais parlant le nepali mais originaire du sud du Bhoutan.

La population du Bhoutan, forte de 700 000 habitants, est composée de trois grands groupes ethniques, eux mêmes divisés en sept plus petites communautés culturelles, religieuses et linguistiques, chacune occupant une région différente. Mais c'est l'ethnie dominante drukpas qui est au pouvoir. Elle parle le dzonkha et pratique le bouddhisme mahayana de l'école drukpas kargyupa. Elle a entrepris une politique d'homogénéisation du Bhoutan par assimilation forcée. Depuis 1988, cette politique appelée "driglam namzha » interdit toute expression culturelle et religieuse autre que drukpas et rend obligatoire certains de ses coutumes.

Rizal a été placé en détention une première fois en juin 1988. Puis, gracié par le roi, après son élargissement, il a vendu ses effets personnels et a quitté le Bhoutan pour le Népal où il a, semble-t-il, chercher à organiser un mouvement d'opposition à la politique du gouvernement bhoutanais. Arrêté au Népal, il a été extradé au Bhoutan et condamné à la prison à vie en 1989 par les huit juges de la Cour suprême. Sa femme, Koushalya, vit à Katmandou. Elle n'a pas rencontré son mari depuis son extradition au Bhoutan, il y a 10 ans.

D'après le Jesuit Refugee Service, en septembre 1999, plus de 90 000 bhoutanais vivaient dans des camps sur la frontière orientale du Népal. Beaucoup sont arrivés dès 1990 quand le gouvernement bhoutanais a intensifié les mesures de répression contre les "étrangers » et les rebelles pro-démocrates. Le Bhoutan affirme que ceux qui appartiennent à l'ethnie népalaise et qui quittent le Bhoutan le font de leur plein gré ; ils sont donc déchus de la nationalité bhoutanaise.

Notes

(1) Pour suivre l'évolution de la situation politique du Bhoutan, voir EDA 115, 122, 195 et 201<br />Sur la question des réfugiés, voir EDA 135, 145, 216, 257, 271<br />Sur la situation du catholicisme au Bhoutan, voir EDA 147, 153, 210 et 211<br />