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Asie du Sud - Bangladesh

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Travail illégal : un groupe d’agences bangladaises accusé de corruption

Travail illégal : un groupe d’agences bangladaises accusé de corruption

29/08/2018

Le 21 août, le ministre malaisien de l’Intérieur a annoncé la suppression de l’accord controversé du « G2G plus », un système de recrutement signé en 2015 concernant le « transfert » des travailleurs bangladais vers la Malaisie. La mesure, approuvée le 14 août par Mahathir Mohammad, le premier ministre malaisien, a été décidée suite aux accusations de corruption contre un groupe de dix agences de recrutement bangladaises, dénoncées pour avoir imposé aux futurs travailleurs migrants des frais exorbitants. Les militants, tels que Shariful Hasan, de l’ONG BRAC, continuent de demander la fin de la corruption et de la traite des personnes.

Des militants bangladais demandent la fin de la corruption dans les processus de recrutement à l’étranger, depuis que la Malaisie a annoncé la suspension d'un accord suite à des accusations de monopole et de surfacturation contre un groupe d’agences de recrutement. Le 21 août, le ministre malaisien de l’Intérieur a publié une lettre annonçant la suppression des embauches de travailleurs selon le système controversé « G2G Plus » (Government to Governement Plus, un système mis en place en 2015 concernant le « transfert » des travailleurs bangladais vers la Malaisie), en raison des pratiques néfastes d’un groupe de dix agences bangladaises. La décision a été approuvée le 14 août par Mahathir Mohammad, le premier ministre malaisien.
La lettre affirmait que le recrutement des travailleurs bangladais serait reporté à compter du 1er septembre, mais que ceux qui avaient déjà été enregistrés et approuvés pourraient encore entrer dans le pays. Mahathir Mohammad veut introduire un nouveau système plus juste, alors que le groupe d’agences en question est accusé de tromper des travailleurs en leur imposant illégalement des frais de migration exorbitants. Lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue début août à Kuala Lumpur, le premier ministre a appelé à lutter contre l’emprise du groupe en favorisant la concurrence.
Selon les termes de l’accord G2G Plus, signé en 2015, près d’1,5 millions de travailleurs bangladais devaient partir travailler en Malaisie sur une période de trois ans, via un système d’inscription en ligne. Il était demandé aux futurs travailleurs migrants de payer 26 000 takas (424 dollars) pour l’inscription, et les agences de recrutement privées ont obtenu l’autorisation de participer au processus. Les militants espéraient que l’accord permettrait d’enrayer l’immigration illégale et la traite des personnes. L’accord « G2G Plus » a été signé peu après des évènements tragiques en 2015, quand des milliers de Bangladais et de réfugiés rohingyas sont partis illégalement vers la Malaisie et la Thaïlande. Beaucoup d’entre eux n’ont pas pu accoster alors que les deux pays lançaient une répression contre la traite des personnes.

Appel à assainir le système pour de bon

Cette année, les autorités malaisiennes ont lancé une enquête sur les processus de recrutement, après que les médias des deux pays avaient annoncé des anomalies inquiétantes. Un homme d’affaires bangladais qui serait lié au ministre malaisien de l’intérieur serait à la tête du groupe d’agences mis en cause. Depuis 2016, le groupe aurait envoyé 200 000 travailleurs en Malaisie, selon le quotidien malaisien The Star. Les agences facturaient les travailleurs 400 000 takas (4 706 dollars) pour trouver un poste, soit dix fois le montant fixé à l’origine par l’accord G2G Plus. Dans un communiqué, la branche berlinoise de l’ONG Transparency International (TIB) a appelé à enquêter sur la corruption et a demandé que ces agences peu scrupuleuses soient punies en conséquence.
« Le gouvernement est censé être au courant des opérations et de l’influence des responsables de cette situation. Mais ceux-ci sont restés hors d’atteinte », a affirmé le 26 août le directeur général de TIB. Pour lui, la suspension de l’accord G2G Plus doit être vue comme une prise de conscience, comme un appel à mettre fin à ce monopole et à cette corruption injuste. « TIB pense qu’il est temps pour le gouvernement de prouver sa bonne volonté politique et administrative », a-t-il ajouté. Shariful Islam Hasan, qui dirige le programme de migrations de BRAC, une ONG bangladaise, estime que les manœuvres du groupe accusé ont causé beaucoup de souffrance et des pertes financières énormes pour les travailleurs. « Ils ont dû payer six à huit fois le prix fixé, ce qui veut dire qu’ils ont dû travailler très dur juste pour pouvoir rembourser cela. Beaucoup d’entre eux ont dû emprunter de l’argent ou vendre des biens simplement pour pouvoir payer les frais de recrutement », dénonce Shariful Hasan.
Pourtant, l’annonce de la suppression de l’accord G2G Plus est une mauvaise pour les travailleurs désespérés de pouvoir partir gagner plus d’argent à l’étranger, ce qui pourrait relancer de nouvelles voies de migration risquées et illégales, estime Shariful. « Les deux gouvernements doivent travailler ensemble pour trouver une solution et rétablir le système pour de bon », ajoute-t-il. La Malaisie n’a pas supprimé l’accord dans son ensemble, mais seulement le processus d’inscription en ligne, explique Salim Reza, directeur général du Bureau national bangladais de la main-d’œuvre, de l’emploi et de la formation (Manpower, Employment and Training Bureau). « La Malaisie envisage de recruter les travailleurs directement plutôt qu’en ligne », ajoute-t-il, précisant que si le premier ministre malaisien persiste dans ce sens, les conséquences sur les travailleurs migrants seraient minimales. « De plus, si nous recevons des plaintes écrites à propos du processus de recrutement, nous les poursuivrons en justice », affirme Salim. De son côté, Benjir Ahmed, président de l’Association bangladaise des agences internationales de recrutement (Bangladesh Association for International Recruiting Agencies), s'est refusé à tout commentaire sur le sujet.

(Avec Ucanews, Dhaka)
 

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