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Asie du Sud - Bangladesh

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Nouveau scandale de pollution pour les tanneries bangladaises

Nouveau scandale de pollution pour les tanneries bangladaises

17/07/2018

Le secret continue d’entourer les compagnies étrangères du secteur du textile qui achètent chaque année près d’un milliard de dollars de cuir au Bangladesh. Les tanneries de la zone industrielle de Hazaribagh, à Dhaka, ont été relocalisées sur les bords de la rivière Dhaleswari. Pour Rokon-uz-Zarman, celle-ci finira par devenir aussi polluée que la rivière Buriganga, à Hazarihagh, où étaient déversés les déchets chimiques. Une station de traitement des effluents, qui devait être mise en service après la relocalisation, n’est toujours pas en activité. Un scandale qui met à nouveau en lumière les abus des tanneries concernant la santé publique et l’environnement.

Les tanneries bangladaises, qui fournissent en cuir les fabricants de chaussures et les compagnies du textile partout dans le monde, sont au cœur d’un nouveau scandale de pollution. Une station de traitement des effluents, qui devait être installée sur le site d’une usine tentaculaire de traitement du cuir, n’est toujours pas entrée en activité. Dans le passé, des rapports ont indiqué que des grandes marques comme Michael Kors, Coach, Burberry, Louis Vuitton ou encore Hugo Boss se fournissent en cuir au Bangladesh. Toutefois, des groupes militants qui ont réalisé des enquêtes sur le textile bangladais indiquent que beaucoup de sociétés occidentales ont pris des mesures rapides afin de surveiller de près leurs fournisseurs suite aux révélations d’abus sanitaires et environnementaux au Bangladesh. Pourtant, la culture du secret est toujours forte dans le secteur, concernant les sociétés qui continuent d’acheter le cuir bangladais et les revendeurs qui vendent les produits finis.
La poursuite des graves problèmes qui affectent l’industrie du cuir au Bangladesh met en cause à la fois ces abus et l’industrie internationale du textile. Les environnementalistes accusent environ 155 usines et un complexe industriel à 25 kilomètres de Dhaka, la capitale, de mettre gravement en danger l’environnement et la santé du public. Après environ deux décennies de procès, de manifestations et de pression de la part des acheteurs étrangers, les tanneries ont déménagé, en 2017, de la zone Hazaribagh de Dhaka vers un nouveau site sur les bords de la rivière Dhaleswari. Profitant d’une réglementation laxiste, Hazaribagh était devenu l’un des lieux les plus pollués et les plus invivables au monde, et la rivière Buriganda est pratiquement vide de poissons ou de toute vie aquatique. Le groupe écologiste Poribesh Andolon affirme que les traitements des effluents des tanneries relocalisées sont inadaptés et posent toujours une menace sérieuse sur la santé et l’environnement, y compris sur les terres arables.

Un cauchemar pour Rokon-uz-Zaman

« Dans le passé, les déchets chimiques étaient déversés dans la rivière Buriganga, et aujourd’hui, ils sont déversés dans le Dhaleswari », dénonce le secrétaire de l’organisation, Sahrif Jamil. « La station de traitement qui avait été promise avec la relocalisation n’est toujours pas en activité », ajoute Sahrif. Rokon-uz-Zaman, un villageois et propriétaire d’une boutique de thé, explique que les tanneries sont devenues un cauchemar pour sa communauté. Par exemple, des trous apparaissaient dans les maisons aux toits de tôle, qui s’effondraient rapidement. Les villageois attribuaient cela aux nombreux produits chimiques, y compris différents sels, utilisés dans le processus de tannage des peaux. « La rivière était belle », poursuit-il en parlant du Dhaleswari. Mais depuis l’arrivée des tanneries, l’eau a changé de couleur et peu de personnes viennent s’y promener depuis que les tanneries y déversent des déchets toxiques la nuit.
Nur-uz-Zaman, 60 ans, qui travaille pour les tanneries depuis plus de trente ans, pense que la rivière Dhaleswari finira par devenir aussi polluée que le Buriganga. Shaheen Ahmed, président de l’Association des tanneries bangladaises, affirme que les stations de traitement et les contrôles sont la responsabilité du gouvernement. « Si nous constatons des irrégularités, nous informons les autorités », ajoute-t-il. M. A. Hannan, directeur adjoint de Bangladesh Small and Cottage Industries, une société publique, reconnaît que le fonctionnement de la station de traitement a été reporté. Il explique qu’elle n’a pas pu être terminée pour plusieurs raisons, notamment à cause d’un manque de personnel et de la mousson. « Les travaux sont en cours et nous espérons qu’ils seront terminés le plus tôt possible. »
La Bangladeh exporte du cuir et des produits en cuir pour près d’un milliard de dollars chaque année, pour un marché mondial qui représente 215 milliards de dollars, selon le Bangladesh Export Promotion Bureau. En Asie, les plus gros acheteurs sont en Chine, en Corée du Sud, en Inde, au Népal, au Japon et en Australie. En occident, les principaux acquéreurs sont l’Italie, la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne, la Pologne, la France, le Royaume Uni, les Etats-Unis et le Canada, selon Asia Pacific Leather Fair, un centre d’approvisionnement.

(Avec Ucanews, Dhaka)

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Photos Stephan Uttom / Ucanews