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Asie du Sud - Bangladesh

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Le combat des religieuses contre la lèpre et la tuberculose

Le combat des religieuses contre la lèpre et la tuberculose

12/05/2018

Les missionnaires de Marie Immaculée dirigent, depuis plusieurs dizaines d’années, le centre médical de Damian House, dans le sud du Bangladesh. Là, les religieuses procurent des soins gratuits, entre autres services et produits de première nécessité, aux malades de la lèpre et de la tuberculose. Si le pays est officiellement débarassée de la lèpre depuis 1998, 12 districts sur les 64 sont toujours vulnérables, et les religieuses font face à un afflux de patients atteints de tuberculose.

En 1975, Monjur Sheikh, un villageois musulman du sud du district de Bagerhat, a commencé à souffrir d’irritations qui se sont infectées, accompagnées de douleurs et de fièvre. Il s’est empressé de consulter plusieurs médecins, mais les traitements prescrits n’ont fait qu’empirer son état. Il commençait à paniquer et à perdre espoir, en voyant son apparence se dégrader peu à peu. « À chaque traitement, j’ai eu une réaction violente », explique l’homme de 81 ans. « J’ai vite compris que j’avais la lèpre, mais je ne savais pas quoi faire ni où aller. » Après des années de souffrance, cet ancien entrepreneur a fini par entendre parler d’un hôpital dirigé par des religieuses à Daspara, un village du district voisin de Khulna. En 1986, après des années d’humiliation, il fut accueilli au nouveau centre médical de Damian House, ouvert par les sœurs missionnaires de Marie Immaculée (PIME) pour prendre soin des patients les plus pauvres du sud du Bangladesh. « Je me souviens du jour où j’ai rencontré sœur Rosa Sozzi pour la première fois. Elle a commencé à me soigner. J’y suis resté souvent, et je prenais les médicaments qu’on me donnait. Sans leur aide, je ne pense pas que j’aurais pu survivre aussi longtemps. »
Les religieuses l’ont non seulement soigné, mais aussi appris à se battre contre les préjugés et la stigmatisation sociale liée à la lèpre. « Même mes proches m’évitaient, par peur d’être contaminés. Les gens m’insultaient. Mais les religieuses étaient différentes. Elles sensibilisaient les gens autour d’elles et encourageaient les jeunes à ne pas se sentir menacés, à ne pas nous exclure », ajoute-t-il. Maria Begum, jeune mère de 25 ans, a également rendu visite au centre régulièrement pour recevoir un traitement pour la tuberculose. « Il y a un an, j’ai commencé à souffrir de graves problèmes de toux. Je suis venue ici et j’ai découvert que j’avais la tuberculose. Depuis que je reçois le traitement, je me sens beaucoup mieux », assure la mère de famille musulmane, qui est venue dans le district de Barisal depuis celui de Khulna il y a neuf ans. En plus des soins gratuits, les religieuses ont offert chaque mois à la jeune mère de la nourriture pour nourrisson, des lentilles et du sucre. « Avant de venir ici, je devais dépenser beaucoup d’argent auprès des médecins locaux, mais aucun traitement ne marchait. Ici, je ne dépense jamais rien. Et pourtant, grâce aux religieuses, je me sens mieux et on prend soin de ma famille. »

0,29 cas de lèpre pour 10 000 habitants

Aujourd’hui, la lèpre peut être guérie à condition d’être détectée suffisamment tôt. En 2016, 216 108 nouveaux cas de lèpre ont été enregistrés dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. L’OMS explique que le taux de prévalence de la lèpre était, en 2016, de 0,29 pour 10 000. Au Bangladesh, pays pauvre et surpeuplé, la lèpre a longtemps été considérée comme un véritable fléau. Mais des initiatives des gouvernements et d’organisations internationales ont permis au pays de se débarasser de la maladie en 1998. L’OMS considère qu’un pays s’est libéré d’une maladie si le taux de prévalence des nouveaux cas tombe en dessous d’un pour dix mille. En 2002, au Bangladesh, le taux de prévalence de la lèpre était encore de 0,62 pour dix mille. Sur ceux qui ont contracté la maladie, 6,5 % ont souffert de handicaps physiques significatifs. Aujourd’hui, c’est la tuberculose qui pose davantage de problèmes pour la santé publique du pays. Selon l’OMS, le Bangladesh est sixième sur une liste de 22 pays à risque face à la tuberculose. Aujourd’hui, au Bangladesh, 225 personnes sur 100 000 sont atteintes de tuberculose et 45 meurent chaque année.

12 districts sur 64 toujours vulnérables

Sœur Roberta Pignone, 46 ans, médecin et directrice de la Damian House, explique que le centre médical a été créé par sœur Rosa Sozzi. « Sœur Rosa avait à l’origine travaillé sur un projet pour le nord du pays, avant de finalement changer pour le sud. En 1998, elle est tombée malade et elle est rentrée en Italie, où elle est morte en octobre », raconte sœur Roberta, qui dirige le centre depuis 2012. En 2001, les religieuses ont constaté que le nombre de patients atteints de la lèpre était en train de chuter. Malheureusement, le nombre de tuberculeux augmentait. L’hôpital a donc rapidement ouvert une nouvelle section pour le traitement de la tuberculose. « Les pauvres ont tendance à ne pas tenir compte des symptômes, quand une mauvaise toux se développe. Ils ne vont voir un médecin que si leur état s’aggrave », ajoute sœur Roberta. Bien que le Bangladesh soit officiellement libre de la lèpre, un livret publié par les sœurs montre que la population est toujours vulnérable dans 12 des 64 districts du pays. Ce sont généralement des régions reculées du nord ou du sud. « Nous pensons que nous ne verrons plus ici des formes graves de lèpre pouvant entraîner la mort, mais nous voyons toujours des patients arriver de temps en temps, en petits nombres. Beaucoup de gens souffrent encore en silence », souffle la religieuse. « Nous nous démenons pour les aider. »
Durant des décennies, le centre a fonctionné grâce à des dons généreux provenant du monde entier, et notamment d’Italie. La crise américaine de 2008-2009, qui a touché l’Europe et en particulier l’Italie, a inquiété les religieuses qui voyaient leurs ressources s’amoindrir. Depuis, même si la situation reste tendue, les finances du centre se portent mieux. « Les plus défavorisés de la société bangladaise dépendent de ces soins gratuits », rappelle sœur Roberta. « Donc cela nous inquiète de voir les dons diminuer, cela affecte notre travail. Mais nous travaillons au service de Dieu, nous trouverons une solution pour continuer aussi longtemps qu’on aura besoin de nous. »

(Ucanews, Dhaka)
 

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