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Asie du Sud - Bangladesh

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La minorité chrétienne à nouveau ciblée par l’assassinat à l’arme blanche d’un catholique

La minorité chrétienne à nouveau ciblée par l’assassinat à l’arme blanche d’un catholique

06/06/2016

Moins de trois mois après le meurtre d’un musulman converti au christianisme, la petite minorité chrétienne du Bangladesh a de nouveau été prise pour cible. Ce 5 juin, c’est un catholique qui a été attaqué à l’arme blanche alors qu’il venait d’assister à la messe dominicale dans sa paroisse de Notre-Dame de Lourdes ...

... à Bonpara, village du district de Natore, dans le nord-ouest du pays. L’homme a été tué sur le coup, et un communiqué de l’organisation Etat islamique a revendiqué l’action.

Située à 170 km au nord-ouest de la capitale Dacca, la paroisse de Notre-Dame de Lourdes abrite l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du pays. Appartenant au diocèse de Rajshahi et comptant un peu moins de 4 000 fidèles, elle est connue pour sa statue de Notre-Dame de Lourdes, haute de près de 10 mètres. Dimanche, vers midi, après avoir assisté à la messe, Sunil Gomes, 72 ans, regagnait la petite épicerie qu’il tient depuis trois ans lorsqu’il a été attaqué par plusieurs hommes non identifiés, qui l’ont tué à coups de couteau.

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Selon ses proches, Sunil Gomes n’avait pas d’ennemi. Longtemps employé comme jardinier par la paroisse, « c’était un homme simple et pieux », a déclaré sa fille aînée Sopna Gomes. Un de ses frères, Proshanto Gomes, est prêtre dans le diocèse voisin de Dinajpur. « Nous n’avons aucune idée de la raison pour laquelle il a été tué ainsi. Nous vivons dans la peur », a précisé Sopna Gomes à l’agence Ucanews.

Les chrétiens réclament justice

Le lendemain 6 juin, une petite foule d’environ 500 personnes, des paroissiens de Bonpara dans leur très grande majorité, ont improvisé une manifestation spontanée dans une des principales rues de Bonpara pour demander justice. Selon le curé de Notre-Dame de Lourdes, le P. Bikash Rebeiro, qui s’est joint à la marche de protestation, le meurtre « semble avoir été prémédité, il a choqué par son caractère particulièrement brutal et les gens sur place ont peur car une telle action est inédite dans la région ». « Nous ne savons pas qui est derrière mais nous demandons à la police de traquer les assassins, de les arrêter et que la justice prononce à leur encontre une peine exemplaire », a ajouté le prêtre.

Selon SITE Intelligence Group, qui recense les revendications émises par les organisations terroristes islamistes, c’est l’organisation Etat islamique qui a revendiqué l’assassinat de Sunil Gomes. Toutefois, comme c’est quasiment systématiquement le cas pour les affaires similaires qui se sont produites ces derniers temps au Bangladesh, la police locale a démenti avoir connaissance d’une quelconque revendication. « A ce jour, nous n’avons aucun indice pour déterminer les auteurs de ce meurtre, mais nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’une attaque motivée par l’appartenance religieuse », a déclaré un responsable de la police locale aux agences de presse.

Les minorités religieuses prises pour cible

Dans un pays où les chrétiens représentent moins d'1% de la population, cet assassinat vient s’ajouter à une liste de plus en plus longue. Le 22 mars dernier, Hosssain Ali, un musulman converti au christianisme, avait été égorgé par trois hommes et l’action avait été revendiquée par l’Etat islamique « pour servir de leçon aux autres ». Le 18 novembre 2015, c’était un prêtre catholique, le P. Piero Parolari, missionnaire italien de 64 ans, qui était blessé par balles, à Dinajpur, dans le nord du pays. Le 5 octobre 2015, un pasteur protestant, Luke Sarkar, avait été grièvement blessé à l’arme blanche, une action semble-t-il menée par des militants du Jamaat-ul-Mujahedin Bangladesh, un groupe islamiste déclaré hors-la-loi par Dacca. Parallèlement, de nombreux prêtres catholiques, des pasteurs protestants ainsi que des membres d’ONG ou d’institutions caritatives chrétiennes ont reçu des menaces de mort.

Les autres minorités religieuses sont également visées. La semaine dernière, un marchand hindou a été tué à coups de machettes et de couteaux tandis qu’un médecin bouddhiste trouvait la mort dans les mêmes conditions. Auparavant, en octobre 2015, une attaque à la grenade avait fait un mort et des blessés lors d’un rassemblement de chiites à Huseni Dalan, un important sanctuaire chiite du Vieux Dacca. Le 5 décembre 2015, six personnes étaient blessées lors de l’explosion d’une bombe au temple hindou Kantajew Temple, situé dans le district de Dinajpur. Le 21 février dernier, une nouvelle attaque contre un temple hindou dans le nord du pays faisait un mort – le desservant du temple, mort égorgé – et deux blessés graves. Ce 14 mars enfin, Abdur Razzak, un sunnite devenu prédicateur chiite, a été tué à l’arme blanche à Kaliganj, dans le sud-ouest du pays.

A cette liste, il faudrait ajouter les assassinats de Cesare Tabella, ressortissant italien engagé dans l’aide au développement, tué le 28 septembre 2015 à Dacca, et d’un Japonais, tué par balles le 3 octobre dernier dans le district de Rangpur. En 2015 également, pas moins de six bloggeurs, éditeurs ou intellectuels se revendiquant libres penseurs ont été assassinés, à l’arme blanche le plus souvent.

Au total, pas moins de 28 personnes ont été tuées dans des attaques revendiquées soit par l’Etat islamique, soit par Al-Qaida, soit encore par des formations islamistes bangladaises. A chaque fois, les minorités religieuses et tous ceux qui ne sont pas perçus comme orthodoxes par les tenants d’un islam sunnite ultra majoritaire au Bangladesh sont pris pour cible. Le gouvernement en place, quant à lui, assure que ni l’Etat islamique ni Al-Qaida ne sont implantés dans le pays et que les responsables de ces violences sont liés au Jamaat-ul-Mujahideen, formation interdite dont six des principaux dirigeants ont été pendus en 2007 et dont cinq membres ont été tués lors d’échanges de tir avec la police depuis novembre dernier.

L’assassinat de Sunil Gomes intervient presque quinze ans jour pour jour après l’attentat à la bombe commis le 3 juin 2001 à Baniarchar, à 230 km au sud de Dacca. Ce jour-là, une bombe avait explosé dans une église catholique à l’heure de la messe, tuant dix personnes et en blessant une trentaine d’autres. Quinze ans plus tard, les responsables de cette attaque, la plus meurtrière qu’aie eu à déplorer la communauté chrétienne du pays, n’ont toujours pas été identifiés. L’attentat avait été commis alors que des groupes islamistes tels que le Harkat ul-Jihad et le Jamaat-ul-Mujahideen multipliaient les actions violentes contre des cibles politiques, judiciaires, culturelles et religieuses.

(eda/ra)