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Asie du Sud - Bangladesh

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Assassinat du blogueur-écrivain Avijit Roy par un groupe islamiste

Assassinat du blogueur-écrivain Avijit Roy par un groupe islamiste

03/03/2015

Le 26 février dernier, vers 21 heures, le blogueur et écrivain américain d’origine bangladaise Avijit Roy a été assassiné à coups de machette par plusieurs individus non identifiés alors qu’il sortait d'un salon du livre près de l’université de Dacca.

Le fondateur du site d’information mukto-mona.com (‘Libre pensée’) semble ...

...  avoir été « exécuté » selon le même modus operandi que d’autres « blogueurs athées », assassinés avant lui par les islamistes.

Avijit Roy, âgé de 42 ans, a été frappé mortellement à plusieurs reprises par des individus armés de machettes qui l’attendaient sur le chemin du retour. Ses agresseurs se sont ensuite rapidement enfuis, laissant son épouse Rafida Ahmed Banna, grièvement blessée. L’écrivain est décédé peu après au Dhaka Medical College and Hospital.

Un autre blogueur, Rajib Haider, connu sous le pseudonyme de Thaba Baba, avait été tué, également à coups de machette, près de son domicile à Dacca le 15 février 2013. Le meurtre avait été rapidement revendiqué par le groupe radical Ansar al Islam sur sa page Facebook.

C’est toujours cette même organisation islamiste, mais sur son compte Twitter cette fois, qui vient de réclamer  la responsabilité de l’assassinat d’Avijit Roy, affirmant « avoir fait d’une pierre deux coups, en tuant un Américain » en même temps qu’un « blogueur blasphémateur».

L’écrivain, menacé de mort depuis des années par différentes factions islamistes, avait trouvé refuge aux Etats-Unis, où il continuait à écrire « contre l’extrémisme et l’obscurantisme » sévissant au Bangladesh, n’effectuant plus que quelques rares séjours dans son pays natal, à l’occasion d’événements particuliers comme lors du salon du livre de février dernier. Les militants des droits de l’homme accusent aujourd’hui le gouvernement du Bangladesh de n’avoir pas assuré la protection d’Avijit Roy, lequel avait été prévenu qu’il serait « assassiné lors de son prochain passage au Bangladesh ».

Jeudi 27 février 2015, par un communiqué de presse, Reporters Sans Frontières (RSF) a réclamé « des mesures sans précédent » au gouvernement bangladais afin de « protéger les blogueurs et de lutter contre l’impunité dont jouissent les auteurs de crimes contre les acteurs de l’information ».

L’organisation pour la défense de la liberté de la presse a également indiqué que les prochaines victimes des groupes islamistes pourraient être les blogueurs Asif Mohiuddin (cité sur la liste des personnes à abattre de la page Facebook d’Ansar al Islam et ayant déjà subi une tentative d’assassinat en janvier 2013), et Subrata Audhikary Shuvo, également menacé de mort de façon récurrente.

Si l’on en croit les posts diffusés par le groupe islamiste, ce dernier aurait déjà plusieurs autres meurtres à son actif, dont le professeur d’université Shafiul Islam, assassiné, toujours à coups de machette, en novembre dernier, ainsi que d’autres « apostats » accusés d’avoir « blasphémé contre l’islam ».

Quant aux blogueurs athées, ils sont particulièrement la cible des islamistes depuis l’instauration en 2011 des Tribunaux spéciaux destinés à juger plusieurs de leurs leaders. Les tensions et affrontements que ces procès ont engendrés dans le pays ont fait déjà plus de 300 morts.

Dès février 2013, peu après l’assassinat de Rajib Haider, et alors que tombaient les premières condamnations à mort de leurs leaders, les groupes islamistes avaient lancé une manifestation générale dans le pays réclamant l’exécution de tous les blogueurs athées et la promulgation d’une loi anti-blasphème, déclenchant de violents heurts avec les forces de l’ordre.

Cédant sous les menaces et les pressions des extrémistes, le gouvernement faisait arrêter et interroger une vingtaine de « blogueurs blasphémateurs », tandis que la censure s’abattait sur les ouvrages susceptibles d’« attenter aux sentiments religieux ».

C’est dans ce contexte tendu qu’il y a un tout juste un an, les livres d’Avijit Roy avaient été retirés de la vente du site Rokomari.com, considéré comme la plus importante librairie en ligne du Bangladesh.

Sur sa page Facebook, Farabi Shafiur Rahman, un membre du parti islamiste Jamaat-e-Islami, avait violemment accusé le directeur de Rokomari.com, Mahmudul Hasan Sohag, de « promouvoir l’athéisme » en proposant les ouvrages du « blogueur de la diaspora ». Le militant islamiste donnait ensuite l’adresse des bureaux de Rokomari.com, appelant ses « amis musulmans » à attaquer le libraire et lui faire « subir le même sort qu’Ahmed Rajib Haider ».

Depuis l’assassinat d’Avijit Roy, les ONG et organisations de défense des droits de l’homme dénoncent la « lâcheté d’un gouvernement » qui aurait pu éviter un meurtre annoncé. « Les autorités bangladaises ne doivent pas se tromper de cible, conclut avec fermeté Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Il est inacceptable de constater que l’appareil policier et judiciaire est si fortement mobilisé quand il s’agit de perquisitionner des médias, d’arrêter des journalistes, de censurer des informations ou d’enquêter sur des blogueurs, tandis que de nombreuses attaques contre ces derniers restent impunies. »

Le Bangladesh, qui occupe la 146e place sur 180 dans le classement mondial pour la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières, a vu encore sa situation se détériorer en 2014.

(eda/msb)